lundi 17 novembre 2014

Hêtres ou ne pas être ?

Greg des blocs
Hêtres à l'automne, Forêt de Fontainebleau, (C) 2014 Greg Clouzeau
Hêtres à l'automne, Forêt de Fontainebleau, (C) 2014 Greg Clouzeau
Et dire que certains naturalistes et forestiers voudraient voir les hêtres disparaître de la forêt domaniale de Fontainebleau ! Avec le bouleau, l'être est pourtant l'arbre le plus charmant de la forêt.


Photographié ici en bordure du sentier bleu Denecourt n°2, le Hêtre commun (Fagus sylvatica), est une espèce d'arbre à feuilles caduques, indigène d'Europe, appartenant à la famille des Fagaceae, tout comme le chêne et le châtaignier.

Mais c'est quoi le problème avec le hêtre ?










Il est l'une des principales essences constitutives des forêts tempérées caducifoliées d'Europe. C'est une essence bio-indicatrice d'un climat tempéré humide.

Des feuilles fossiles de hêtre datant de l'époque pliocène attribuées à Fagus sylvatica pliocenica, considéré comme la forme ancestrale du Hêtre commun, ont été trouvées çà et là en Europe. Fagus sylvatica se serait ainsi différencié depuis environ cinq millions d'années sous l'influence des refroidissements quaternaires. Ces mêmes refroidissements auraient d'abord fait disparaître du continent européen les hêtres apparentés à Fagus grandifolia, l'actuel hêtre nord-américain, puis auraient repoussé vers le sud-est Fagus orientalis, le Hêtre d'Orient, au caractère plus thermophile que Fagus sylvatica.


L'aire naturelle du Hêtre commun s'étend sur la plus grande partie de l'Europe. On trouve le hêtre au nord jusque dans les parties méridionales de la Suède. Au sud, ses stations les plus extrêmes se trouvent sur les pentes de l'Etna en Sicile. Au sud-est, il occupe quelques rares stations en Turquie asiatique. Enfin au nord-est, il est présent jusque dans la région russe de Kaliningrad et pénètre aussi en Ukraine au niveau des Carpates.

Les hêtraies couvrent environ 14 millions d'hectares de forêts en Europe. Le hêtre fait partie des essences dominantes de plusieurs pays européens : il constitue environ 9 % des forêts autrichiennes, 10 % des forêts françaises (3e essence feuillue après le chêne pédonculé et le chêne sessile), 14 % des forêts allemandes ou 19 % des forêts suisses. C'est donc un arbre de plaine et de basse à moyenne montagne.



Hêtre commun (Fagus sylvatica), en futaie au Printemps, Forêt de Fontainebleau
(C) 2012 Greg Clouzeau

Après la dernière glaciation, depuis un peu plus de 10 000 ans, le Hêtre commun a reconquis progressivement mais largement le centre de l'espace européen. Les études de localisation et de datation des pollens anciens et des fossiles, couplées à des études d'identification génétique des populations actuelles ont permis de montrer que cette reconquête s'était faite à partir de plusieurs foyers dispersés sur le continent et non pas, comme chez d'autres espèces, par la remontée d'un front méridional uniforme. Cette dynamique a contribué à brasser et à maintenir une diversité génétique élevée de l'espèce. L'apparition et le développement de l'agriculture et de l'élevage au Néolithique, qui couvre la même période, bien qu'ayant profondément affecté les écosystèmes naturels, n'ont semble-t-il pas entamé la diversité génétique et auraient plutôt favorisé l'expansion du Hêtre commun.


Les forestiers s'interrogent aujourd'hui sur l'impact que pourraient avoir les pratiques sylvicoles modernes sur le maintien de cette diversité, à l'heure où le réchauffement climatique pourrait sensiblement influer sur l'avenir des hêtraies. Le Hêtre, ou plutôt le « hestre », apparaît en tout cas nommément dans « l'ordonnance des eaux et forêts, du mois d'août 1669 » de Colbert, en tant qu'essence de futaie à préserver par dessus le taillis.

En raison du tempérament d'essence d'ombre du Hêtre, le forestier doit s'assurer d'avoir obtenu l'installation des nouvelles générations sous l'abri de leurs parents semenciers avant de pouvoir complètement récolter les vieux arbres parvenus à maturité économique. A Fontainebleau, ils ont conquis lentement mais sûrement la quasi totalité des vieilles Réserves Biologiques Intégrales où dominaient les chênes il y a moins de 300 ans ! Hélas, le bois de hêtres n'est pas très intéressant économiquement et les forestiers de Fontainebleau, soutenus par certains naturalistes dont l'ANVL aimeraient bien le voir disparaître, le considérant comme une essence secondaire et sub-montagnarde... Pourtant, nos hêtres semblent bien mieux résister aux changements climatiques de ces 200 dernières années et abritent de nombreuses espèces très spécifiques de champignons et d'insectes...

Le Hêtre commun est une espèce monoïque : un même arbre porte les deux sexes sur des fleurs différentes.