vendredi 25 mars 2016

J'ai croisé un T-Rex dans les Trois Pignons et repensé à l'homme fossile de Fontainebleau

Greg CLOUZEAU
Si dans les Trois Pignons, il existe bien un secteur baptisé Rocher du Diplodocus, soyons honnête, le plus haut des blocs du coin est bien loin d'évoquer ce gigantesque herbivore (sur Wikipédia) par son allure générale ! Il a certes la gueule grande ouverte mais quand même...

En revanche, lors d'une balade sur le sentier bleu n°16, j'ai été intrigué par ce crâne de jeune T-Rex (voir aussi sur Wiki) coincé entre les cailloux.


C'est ce genre de CréNatures qui parfois conduisent à quelques méprises dont la plus célèbre est celle de l'Homme fossile de Fontainebleau.

Tête de T-rex, Gorge aux Chats, Trois Pignons, (C) 2016 Greg Clouzeau
Tête de T-rex, Gorge aux Chats, Trois Pignons, (C) 2016 Greg Clouzeau


L'homme Fossile


Au mois de septembre 1823, le colonel Juncker et le Dr Ganot découvrirent dans la forêt une roche bizarre où l'on voyait comme l'empreinte en relief d'un homme couché sur un cheval. Un chimiste du nom de Barruel se trouva passer par là au moment où les deux investigateurs examinaient ce grès singulier. Barruel déclara aussitôt que c'était un homme fossile, et, en qualité de chimiste, il en donna pour preuve les traces de phosphate de chaux -par conséquent (!) d'os -décelées dans cette roche, et il publia en mai 1824 une "Notice sur le fossile humain trouvé près de Moret".


L'affaire pourrait s'arrêter là mais à cette époque, Science et Religion ne font pas bon ménage ! Prouver que l'homme est une création de la nature et qu'il a évolué c'est contraire à la Religion et aux croyance de la société !


On fit donc extraire cette fameuse roche de la forêt, et on la transporta dans une salle d'exposition, située à Paris.  Le monde savant était en ébullition ; des mémoires, notes, brochures et autres lettres, pour ou contre l'authenticité de cette empreinte, se multiplient entre juillet et novembre 1824. La question arrive devant l'Académie des Sciences.


Là, Cuvier présente une note d'étude de Payen, Chevalier et Julia Fontenelle, certifiant qu'il ne s'agit là que d'un "lusus naturae", donnant à cette roche une apparence d'homme ou de cheval, comme bien d'autres grès dans la forêt de Fontainebleau ressemblent à des hommes ou à des animaux.

La roche de l'Homme fossile, malgré une réponse de Barruel (à lire là), fut définitivement enterrée, au sens figuré comme au sens propre, dans une cave, à Rouen, et personne n'en entendit plus jamais parler.



Dans un ouvrage de 1849 (l'Eventail d'ivoire), Auguste Luchet en donne la preuve et l'explication, en 1849, affirme que "c'était tout bonnement l'ébauche à peine dégrossie d'un bas-relief équestre entrepris pour François 1er par Sylvio ( Connu aussi sous le nom de Sébastien de Bologne, architecte, sculpteur et peintre, qui a participé à la construction du château de Fontainebleau.) " ...

Donc à croire Luchet, ce n'était donc ni un « jeu de la Nature », ni un homme pétrifié comme le voulait Barruel et de tout cela, il n'en subsiste qu'une Route de l'homme fossile en forêt.


A lire pour en savoir plus


Notice géologique sur le prétendu fossile humain trouvé près de Moret, au lieu dit Le Long Rocher (Seine-et-Marne) par Mr. J. J. N. Huot


Oeuvres de F.-B. Hoffman: Critique: t. 1. Athéneé de Paris, Lettres ...p39