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lundi 26 septembre 2016

Rencontre avec René Paul Eustache

La semaine dernière, j'ai publié ici un court article sur le rassemblement Handi-escalade à Fontainebleau organisé par René Paul Eustache et l'américain Ronnie Dickson. J'avais déjà brièvement rencontré René Paul à la Canche aux Merciers en 2015 et sa détermination à franchir certains blocs du circuit bleu m'avait carrément halluciné. Moi qui me plains sans cesse de quelques douleurs tendineuses chroniques et d'une certaine surcharge pondérale, voici une belle leçon d'humilité. Ingénieur chimiste à Serquigny, marié et père de deux enfants, René-Paul Eustache est un grimpeur passionné comme les autres sauf,... qu'il est privé de sa main gauche.

Au-delà des difficultés rencontrées dans la pratique d'un sport aussi difficile que l'escalade, trouver la motivation pour progresser force l'admiration car cette pratique est forcément différente de celle des valides. L'handi-escalade n'est que balbutiante en France et les règlements des compétitions encore trop flous (malgré l'énorme travail de la fédé en 2015) pour permettre à René-Paul de trouver des compagnons de jeu. D'ailleurs, s'il n'était pas présent aux Mondiaux de Paris, c'est simplement que les quotas (5 personnes minimum et 4 nations) n'étaient pas remplis pour que l'épreuve ait lieu dans sa catégorie. Pour une personne manquante, le voilà privé, comme les trois autres grimpeurs amputés bras, de cette grande fête.

René Paul a longtemps cherché sur Internet des personnes dans son cas pour partager cette expérience. Peine perdue, il ne trouve pas en France de grimpeurs ou grimpeuses ayant un handicap équivalent. Difficile de se motiver et surtout de progresser sans alter-égo ! Finalement, c'est Jacky Godoffe, notre maestro bleausard, qui va l'y aider. Avec un tel coach, René Paul progresse en force et souplesse mais surtout, il dépasse ses limites psychologiques notamment celle de la peur de la chute, inévitable en bloc.


René Paul nous montre le fonctionnement de sa prothèse.
René Paul nous montre le fonctionnement de sa prothèse.
Lorsque je l'avais rencontré en 2015, il grimpait avec un manchon en caoutchouc (une grande chaussette souple) mais cela le limitait énormément dans le choix des prises et donc des blocs possibles. Alors, il y a un an, il s'est lance dans la fabrication d'une prothèse adaptée à son amputation et cherche aujourd'hui, avec des étudiants ingénieurs, à l'améliorer.

« J’ai plusieurs prothèses: une prothèse esthétique, une prothèse fonctionnelle pour bricoler, mon manchon... Il existe des systèmes disponibles dans le commerce et j’en ai testé plusieurs depuis une quinzaine d’années mais rien de bien adapté à ma pratique de l'escalade. Du coup, c’est moi qui ai conçu et fabriqué celle que j’utilise depuis moins d’un an. Elle est constituée de 3 crochets métalliques recouverts de gomme, pour assurer une meilleure adhérence. Cela me permet d'aborder de nouvelles voies, notamment dans les surplombs. Mais c'est loin d'être au point ! Primo, l'assemblage des crochets est trop long et fastidieux, secundo, je ne sais jamais quand elle va décrocher. Je cherche donc de nouvelles solutions (capteurs de pression, système de fixation, compensation de rotation pour dépasser son point d'ancrage ».

Donc, si vous avez des idées, n'hésitez pas à lui transmettre !

Je profite pour signaler que le petit groupe en visite la semaine dernière a perdu un gros crash pad pliant et épais (de type “ mondo ) Il a été oublié mercredi dernier dans les secteurs du cul du chien et du 91.1 ou à la Roche aux Sabots. Si vous l'avez trouvé ou entendu parler d’un crash pad abandonné merci de me faire signe. Il y a un scotch noir sur une des poignées.

samedi 24 septembre 2016

Rencontre Handi-Escalade à Fontainebleau

La semaine dernière, le monde de l'escalade était rassemblé à l'ancien Palais Omnisports de Bercy pour les Championnats du Monde. Un rendez-vous crucial pour notre milieu qui sera sport olympique en 2020 et pour les parisiens qui briguent l'organisation des JO en 2024. Au delà de la compétition, je suis toujours bluffé par la détermination et le niveau de performance des grimpeurs handicapés. Car oui, à l'image des autres disciplines sportives présentent aux J.O., l'escalade est pratiquée par des hommes et des femmes marqués par la vie et qui ont choisi de dépasser leur handicap.

En marge des mondiaux, le français René Paul Eustache (portrait à suivre), amputé d'un avant-bras à l'âge de 15 ans pour avoir bricolé un feu d'artifice,  a organisé avec un ami américain, Ronnie Dickson  un rassemblement informel d'une trentaine de grimpeurs handicapés venus des 4 coins de la planète pour leur faire découvrir notre magnifique forêt de Fontainebleau, destination incontournable dans le monde de l'escalade.

Un groupe convivial, loin des objectifs de compétition, composé de grimpeurs et grimpeuses solidaires entre eux malgré leur handicap, venus vivre une aventure d'échange et de découverte. Pas facile de se guider sur un bloc au simple toucher des prises ou aux bruits des grimpeurs servant de guide. Difficile de se hisser en haut d'un bloc quand votre corps ne vous permet pas de plier la jambe ou le bras pour faire un rétablissement. Et que dire de la chute ?! Voici donc quelques photos de ce groupe qui force le respect rencontré à Franchard Isatis.

Après notre rencontre, la petite troupe s'est rendue à la salle d'escalade Karma pour une séance de sensibilisation des valides qui pouvaient s'essayer à la grimpe d'une main ou les yeux bandés. Au passage, quelques uns de nos handi-grimpeurs vous ont ouverts de nouveaux blocs dans la salle avec l'aide de Jacky ! Merci à eux !


Ils étaient une trentaine de grimpeurs pas tout à fait comme les autres à visiter notre forêt pendant 4 jours
Ils étaient une trentaine de grimpeurs pas tout à fait comme les autres à visiter notre forêt pendant 4 jours


Grimper en bloc naturel avec une prothèse de jambe, ou c'est possible !
Grimper en bloc naturel avec une prothèse de jambe, ou c'est possible !
 
Grimper sur le circuit rouge en étant non voyant, oui c'est possible !



Le groupe :

Ronnie Dickson (US)
Graciela Dickson (US)
Andrew Chao (US)
James Scheri (US)
Kareemah Batts (US)
Maureen Beck (US)
Brian Beck (US)
Philip Kaminski (US)
Kristina Ericson (US)
Jasmine Raskas (US)
Shawn Sturges (US)
Adam Payne (US)
Jillian Bukoski (US)
Jennifer Gold (US)
Jake Sanchez +2 (US)
Colin Torpey (US)
Abbey Lefkove (US)
Bill Casson (US)
Stephanie Chen (US)
Kirsten Martin (de Suisse)
Kyle Douglas (de Suisse)
Koba Kobayashi (Japon)
Tamiko Kimoto (Japon)
Naoya Suzuki (Japon)
Pablo Blanco Barrios (Espagne)
Simone Salvagin (Italie )
Alessandro Biggi (Italie)
Melinda Vigh (Hongrie )
Maliha Khusrawy (France) Rene-Paul Eustache (France)
 

René-Paul, pourquoi ce rassemblement ?

"J’avais depuis longtemps en tête l’envie de rencontrer d’autres grimpeurs amputés bras, mais très vite l’idée d’un rassemblement ouvert à tous les grimpeurs handicapés, quel que soit leur niveau d’escalade, s’est imposée à moi.
Alors que nous sommes si peu nombreux et dispersés de part le monde, trop d’entre nous sont en effet aujourd’hui exclus des compétitions pour diverses raisons.
L’évènement de Bercy a été l’occasion rêvée de pouvoir rassembler des grimpeurs venus du monde entier. Je m’en suis ouvert à Ronnie Dickson qui avait le même souhait que moi.
Ce rassemblement au cœur de la forêt magique de Fontainebleau nous a tous motivés et galvanisés. Nous avons tous pu apprécier et applaudir nos exploits respectifs. Parfois nous nous sommes dépassés, et surtout nous nous sommes entraidés. De tous ces moments passés ensemble sont nés de vrais liens forts et solides, pareils aux blocs rocheux de la forêt.
Nous pensions partager entre handicapés et nous avons finalement vécu une expérience humaine et fraternelle inoubliable.
Tout cela a été rendu possible grâce aux bonne volontés des participants. Je remercie chaleureusement Pierre Boisson pour l’hébergement, Maliha (une collègue) qui a donné de son temps sans compter, et enfin Jacky Godoffe qui nous a donné une leçon d’ouverture de blocs à Karma, et nous accompagné en forêt."