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lundi 15 mai 2023

[FICHE ESPECE] Monsieur et Madame Martin Pêcheur s'accouplent au-dessus de l'eau près de Melun

Couple de Martin-pêcheur d'Europe

J’ai enfin pu photographier le Martin pêcheur d’Europe dans un petit ENS péri-urbain proche de Melun où j’avais repéré la présence de l’oiseau sans pouvoir le photographier. C'est en général à son cri perçant qu'on est averti de sa présence et le plus souvent, ce qu'on voit de l'oiseau, c'est une flèche bleue qui file à toute vitesse au ras de l'eau et malgré ses couleurs vives, il n'est pas facile non plus de le repérer dans la végétation. En revanche, quand on sait où il se trouve, il suffit d'attendre pour observer son activité car l’animal est territorial et fidèle à ses perchoirs. Profitant de quelques congés, j’ai donc ressorti mon vieux boitier Canon EOS 500 et un non moins vieux 75-300 mm (voir en bas de cet article à propos de la photographie animalière). Alors, je savais que les images ne seraient pas terribles mais comme j’ai eu la chance d’assister à la reproduction du couple, il y a quelques jours je les partage !


La flèche bleu...quand tu n'as pas
 le temps de faire la mise au point

La famille des martins pêcheurs, les Alcédinidés, est forte de 19 genres et 116 espèces, présente sur tous les continents. La taille des martins va de celle d'un moineau à celle d'une corneille. La majorité d'entre eux fréquentent bien sûr les milieux aquatiques et leurs abords et leur plumage est souvent vivement coloré. La très petite taille de leurs pattes aux doigts partiellement soudés leur interdit la marche au sol. Ils sont dotés d’un bec en  forme de dague typique des piscivores, redoutable pour la capture des proies. Tous sont en effet carnivores, et cavernicoles pour la reproduction. La majorité d'entre eux creusent leur nid avec leur bec dans un substrat meuble. Le nombre d’œufs est élevé (une dizaine). Étant donné leurs exigences écologiques, il n'est pas étonnant qu'un bon tiers d'entre eux soient classés dans les espèces ayant un problème de conservation. Ce n’est heureusement pas le cas du notre.

Le Martin-pêcheur d'Europe (Alcedo atthis) porte mal son nom car il est présent sur l'ensemble de l'Eurasie, de l'Atlantique au Pacifique. Seule la sous-espèce "ispida" n'occupe que l'Europe. Elle est absente d'Islande, rare dans le nord des Îles britanniques. Les populations des régions continentales du nord sont migratrices et celles de l'ouest vont hiverner autour du bassin méditerranéen et du Golfe persique alors que celles de l'est rejoignent les populations sédentaires du sud du continent asiatique. 

Le Martin-pêcheur d'Europe vit au bord de l'eau aussi bien stagnante que courante pourvu qu'elle soit triche en petits poissons et suffisamment claire pour qu'il puisse y pêcher efficacement. Il lui faut également de la végétation et des perchoirs sur lesquels il puisse se tenir à l'affût de ses proies, même si occasionnellement il peut pratiquer un vol stationnaire de repérage. Le milieu peut donc être naturel ou alors complètement artificiel. Ainsi, de nombreuses ballastières résultant de l'extraction de granulats, recolonisées par la végétation et empoissonnées, constituent de nouveaux territoires pour l'espèce.

L'espèce n'est pas menacée mais on peut quand même imaginer qu'avec une empreinte humaine toujours plus grande, la destruction des zones humides et l'artificialisation des berges, un certain nombre de populations seront localement en déclin sur le long terme.

En effet, c'est une espèce sensible aux conditions de son environnement. La pollution croissante des rivières associée à une pluviométrie déficitaire a un impact négatif sur la ressource en poissons, sa nourriture majoritaire. Par ailleurs, tous les aménagements qui affectent la naturalité des berges réduises le nombre de sites de nidification. Il y a fort à parier que les sécheresses à répétition dans le sud de la France par exemple auront rapidement un impact sur leur population.

Couple de Martin-pêcheur d'Europe près de Melun

Le Martin-pêcheur d'Europe est donc ce petit alcédinidé au plumage bleu et roux d'une quinzaine de centimètres. Le dimorphisme sexuel est faible donc distinguer la femelle n’est pas toujours évident. Heureusement, en période de reproduction, un indice ne trompe pas : le bec ! En effet, les adultes ont l'ensemble des parties supérieures bleues et d'un bleu particulièrement vif du manteau aux sus-caudales. Les scapulaires et les couvertures alaires sont plus sombres, nuancées de vert et ponctuées de bleu clair. Les parties inférieures sont d'un roux vif à l'exception de la gorge blanche à crème. En période nuptiale, le bec est entièrement noir chez le mâle adulte et noir avec la base de la mandibule inférieure orange chez la femelle adulte. Le juvénile est globalement plus terne, avec un bec noirâtre à pointe blanchâtre et des pattes rosâtres.

Monsieur Martin-pêcheur d'Europe (droite) répond aux appels de Madame (gauche) ENS près de Melun, Seine et Marne
Monsieur Martin-pêcheur d'Europe (droite) répond aux appels de Madame (gauche)
ENS près de Melun, Seine et Marne

Le cri habituel du Martin-pêcheur d'Europe, ou tout au moins celui qu'on entend le mieux et le plus fréquemment est un "siii" long et puissant. C'est par ce cri que l'oiseau s'annonce quand il survole la surface de l'eau. Mais son chant est une succession de sifflements stridents de fréquence un peu variable. Et un "tri tri tri tri tri..." aigu et vibré est utilisé pour repousser un intrus.

Pour la reproduction, le martin-pêcheur doit avoir à sa disposition des "fronts de taille" facilement accessibles, assez fréquents le long des eaux vives, dans lesquels il pourra creuser du bec le tunnel de nidification horizontal qu'il élargira à son extrémité pour accueillir le nid. Le substrat doit être favorable au creusement donc ni trop friable pour tenir dans le temps, ni trop caillouteux. Un mélange sablo-limoneux est donc idéal. 

Dans mon ENS de l'agglomération de Melun, une seule berge de la Seine semble présenter toutes les conditions favorable à la nidification cavernicole typique de l'espèce et deux trous attestent d'anciennes nidifications. Hélas, cette berge est très facilement accessible tant aux promeneurs qu'à leurs chiens alors qu'un simple grillage permettrait de protéger efficacement cet espace. Il faudrait aussi dégager deux mètres de la végétation envahissante pour permettre le creusement de nouveaux nids. Quand on connaît un site de nidification, les observations sont plutôt faciles mais nécessite de se fondre dans l'environnement, par exemple grâce à un filet de camouflage, car l'oiseau est farouche. Ici, il semble qu'à force d'être dérangé, le couple se soit installé ailleurs.

Si le long des cours d'eau, le martin-pêcheur trouve généralement le gite et le couvert, ce n'est pas toujours le cas pour les plans d'eau dont les berges sont plus douces. Il peut donc y avoir distanciation entre les zones de pêche et le site de nidification. En effet, notre martin-pêcheur est capable de trouver un site terrestre favorable à la nidification jusqu'à plusieurs centaines de mètres du plan d'eau et son territoire peut s'étendre sur près de 3,5 km.

Avec ses mouvements vifs et ses nombreux cris, on devine que l'oiseau est plutôt agressif avec ses congénères et prompt à défendre son territoire contre les intrus. Il faut, dire que dans les meilleurs secteurs, la densité de martin-pêcheurs peut atteindre 6 à 8 couples au km linéaire de cours d'eau ! 


Le nid est creusé dans la berge de la Seine où le substrat présente la bonne densité
Le nid est creusé dans la berge de la Seine où le substrat présente la bonne densité

Si les hivers sont assez doux, les populations deviennent sédentaires et restent toute l'année sur le même spot. Ce sont alors les jeunes de l'année qui assureront la dispersion de l'espèce et le brassage de la population. En revanche, pour les populations soumises à un climat continental à hivers froids, la migration est de rigueur. Les zones d'hivernage sont distinctes des zones de nidification et les trajets migratoires peuvent atteindre plusieurs milliers de km bien que l'espèce ne soit pas taillée pour les longs vols. À cette saison, ces martins-pêcheurs sont volontiers côtiers et fréquentent les littoraux rocheux, les estuaires, les lagunes, les ports, les mangroves, etc. Assuré par des ailes courtes et arrondies à grande fréquence de battements, le vol du Martin-pêcheur d'Europe est très rapide. Ce qui est étonnant avec des ailes pareilles, c'est que le martin-pêcheur puisse être migrateur. Du coup, sa migration ne peut être une migration d'altitude, il procède donc par courtes étapes.

Reproduction du couple de Martin-pêcheur d'Europe 
ENS près de Melun, Seine et Marne

Reproduction du couple de Martin-pêcheur d'Europe  ENS près de Melun, Seine et Marne

Le Martin pêche à l'affût. Posté sur une branche au-dessus de l'eau, lorsqu'un poisson est repéré, il quitte son perchoir et vient percuter le surface pour se saisir du poisson. L'essentiel de son menu est composé de petits poissons de toutes sortes, vairons, vandoises, rotengles et gardons, truitelles, etc, dès lors que leur taille n'excède pas 12 cm. Les poissons constituent au moins 60% du régime, le reste étant assuré par les amphibiens (petits anoures ou têtards) et quelques grosses bestioles aquatiques (dytiques, larves d'Odonates, crustacés, etc.) Il pratique parfois la pêche en vol stationnaire. et plonge le plus souvent d'un vol oblique et rapide en rabattant les ailes vers l'arrière au moment de l'impact avec la surface. Il refait surface presque instantanément s'appuyant dans l'eau d'un coup d'ailes puissant et regagne son perchoir. On peut aussi noter que la morphologie de ses ailes permet également au martin-pêcheur de nager brièvement sous l'eau. Si la proie est petite, elle est avalée directement tête la première. En revanche, une proie de grande taille est tenue du bec et assommée à grands coups portés contre le support puis avalée inerte. Après digestion, le martin-pêcheur rejette par la bouche la partie indigeste de ses proies (écailles, os) sous forme de petites pelotes de régurgitation blanches ou grises.


Une fois son affaire faite Monsieur Martin-pêcheur d'Europe (gauche) laisse Madame (droite)
ENS près de Melun, Seine et Marne


La période de reproduction varie suivant les localités. En Europe, elle est printanière et estivale (mars à juillet). L'espèce est en principe monogame et le couple élève souvent deux nichées successives. La nidification débute par des parades nuptiales qui comportent de bruyantes poursuites aériennes, les deux partenaires volant tantôt au ras de la surface de l'eau, tantôt au-dessus de la cime des arbres riverains, mais toujours dans des endroits dégagés. Ils paradent ensuite sur un perchoir, alternant accroupissements et étirements, basculements du corps de gauche à droite, le tout ponctué de cris divers sifflés et roulés. Les préliminaires peuvent durer de longues heures, voire plusieurs jours, jusqu'au choix par la femelle du site de nidification parmi tous ceux que le mâle lui propose. L'alliance est conclue lorsque la femelle accepte le poisson que lui offre le mâle. Ce dernier se tient devant elle, courbé en avant, cou tendu et ailes tombantes, le bec tenant le poisson présenté par la tête. À partir de ce moment le mâle nourrira sa partenaire de façon à ce qu'elle se consacre entièrement à la reproduction.

Comme je l'ai déjà indiqué, le Martin-pêcheur d'Europe est cavernicole et niche dans une loge située dans la berge. Si aucun terrier préexistant n'est disponible, le couple devra en creuser un avec le bec, les pattes servant à évacuer la terre ce qui lui demande 1 à 2 semaines de travail. Le plus souvent, le tunnel est creusé le plus haut possible dans la berge pour éviter les inondations et classiquement à moins de 50 cm du niveau du sol sus-jacent. Légèrement montant, il est de longueur très variable mais fait souvent plus d'un mètre de long pour un diamètre de 5 à 7 cm. Au bout du tunnel, la chambre de nidification mesure environ 10 cm de largeur et de hauteur pour 15cm de profondeur.

La femelle y pond en moyenne six ou sept œufs que les adultes vont couver à tour de rôle le jour, la femelle seule la nuit. L'incubation dure environ 3 semaines. Les poussins, nus et aveugles sont nourris de minuscules poissons et après une dizaine de jours, ils peuvent déjà avaler des poissons de plus de 3 cm. Mangeant environ leur poids de poissons chaque jour, les jeunes grandissent vite et sont aptes à quitter le nid à l'âge de 4 semaines environ. Ils restent groupés dans le voisinage du nid et effectuent leurs premiers plongeons quelques jours après leur sortie. Souvent à ce moment, la femelle est déjà investie dans une seconde reproduction et c'est le mâle qui assure l'éducation des jeunes. Comme le premier nid est souillé par les déjections des jeunes et les pelotes de régurgitation, c'est dans nouvelle cavité qu'à lieu la seconde couvaison. Il est donc impératif de préserver ces berges. Amis de Seine et Marne Environnement et du Département, si vous pouviez faire quelques travaux sur cette ENS, ce serait top et je suis à votre disposition si besoin.

Un deuxième nid est creusé dans la berge de la Seine à 1 m du premier




jeudi 11 mai 2023

[FICHE ESPECES] Bergeronnette des ruisseaux et bergeronnette grise dans les zones humides du Pays de Fontainebleau

Il est temps pour moi de reprendre un peu plus régulièrement mes publications sur mon blog tant pour l'escalade que pour les fiches espèces. Une fois n'est pas coutume, cette fiche sera consacrée à deux espèces d'oiseaux  ! En effet, je me suis peu investi ces dernières années dans l'animalier et l'ornithologie faute de temps et de matériel mais profitant de quelques congés pour explorer les rivières du Pays de Fontainebleau, j'ai fait quelques belles rencontres que je me devais de vous partager. Alors commençons pas les bergeronnettes.

Les Bergeronnettes


Les milieux humides au cœur de la forêt de Fontainebleau sont assez peu nombreux, fragiles et parfois éphémères. Pour autant, ils restent indispensables à certains oiseaux. En périphérie et jusqu'à la Seine, de nombreux rus, ruisseaux et rivières permettent à certaines espèces de s'épanouir dans le Pays de Fontainebleau. Ainsi, en suivant le Ru de la Mare aux Evées j'ai rencontré la très commune Bergeronnette grise (Motacilla alba) mais aussi l'étincelante Bergeronnette des ruisseaux (Motacilla Cinerea) !

Treize espèces de bergeronnettes constituent le genre Motacilla (ordre des Passeriformes) qui doit son appellation commune au diminutif de bergère parce qu'il se plaît au milieu des troupeaux. Les Motacillidés sont donc des passereaux de taille moyenne (11 à 24 cm), à longue queue et à longues pattes. Les Bergeronnettes se repèrent assez facilement sur une branche ou au sol car elle ont tendance à se déplacer avec des mouvements très saccadés. Elles piètent, c'est-à-dire qu'elles marchent, une patte devant l'autre, avec de brusques mouvements de la tête et de queue. Elles sont donc parfois appelées hochequeues.  Nos deux espèces du jour aiment tout particulièrement les zones humides où on peut assez souvent les voir courir à la poursuite d'insectes. Elles sont largement répandues sur la planète, y compris en altitude et ne sont donc pas menacées. 

Bergeronnette grise (Motacilla alba)

Bergeronnette grise (Motacilla alba), ENS Malécot, Pays de Fontainebleau
Bergeronnette grise (Motacilla alba), femelle, ENS Malécot, Pays de Fontainebleau


La Bergeronnette grise occupe une large gamme d'habitats ouverts, aussi bien secs que humides, mais se rencontre généralement non loin d'un point d'eau. La condition principale est que l'espace soit bien dégagé, avec un accès facile au sol où se passe l'essentiel de son activité. C'est pourquoi elle apprécie les milieux agricoles, les abords dégagés des plans d'eau, les pelouses urbaines, les terrains vagues industriels, etc. Avec sa silhouette fine, sa longue queue agitée et sa tête noire et blanche, la Bergeronnette grise attire rapidement l'attention dans les paysages dégagés qu'elle fréquente systématiquement, surtout qu'elle n'est pas vraiment farouche. Avant que l'Homme ne lui procure en abondance les anfractuosités nécessaires à la construction des nids, elle devait en trouver essentiellement le long des berges érodées, d'où probablement sa relation à l'eau.
La Bergeronnette grise est insectivore au sens large et se nourrit de toutes sortes de petits invertébrés dont la nature varie suivant l'endroit où elle se nourrit.

Bergeronnette grise (Motacilla alba), ENS Malécot, Pays de Fontainebleau
Bergeronnette grise (Motacilla alba), femelle, ENS Malécot, Pays de Fontainebleau

Les études ont montré que les diptères (mouches, etc.) étaient toujours majoritaires dans son régime car souvent naturellement abondants dans les sites qu'elle fréquente. Elle use de trois méthodes pour s'alimenter. Elle chasse tout en marchant, au sol que l'insecte soit sur terre ou sur la végétation flottante mais elle peut aussi fondre sur sa proie d'une accélération rapide. Enfin, elle peut capturer des insectes en plein vol. Avalées d'un seul coup, car ce sont en général des insectes de petite taille, les proies des Bergeronnettes, si elles sont trop grosse seront frappées sur une pierre ou au sol avant d'être consommées. Opportuniste, la Bergeronnette grise peut se nourrir dans les décharges, tas de compost, voir cadavres d'animaux qui attirent les mouches.

La saison de nidification de la Bergeronnette grise s'étale d'avril à juillet mais le calendrier varie suivant la latitude. Sous des cieux tempérés, les couples ont le temps de mener à bien deux nichées. Plusieurs mâles peuvent se quereller avec force gesticulations pour la même femelle, mais c'est cette dernière qui a le dernier mot. Puis surviennent les accouplements au bout de quelques jours de vie commune.
La nidification suivra sans délai. La Bergeronnette grise fait son nid dans une anfractuosité et ce dans des contextes très variés. Constitué d'éléments végétaux variés (brindilles, herbes, fibres diverses, radicelles, mousse), il est garni de poils, de laine et de plumes. La femelle pond cinq ou six œufs gris-bleu, tachetés de brun. L'incubation dure une quinzaine de jours, assurée majoritairement par la femelle. Les jeunes, couvés par la femelle durant les cinq premiers jours, sont nourris par les deux adultes. Ils quittent le nid au bout de deux semaines. Le couple se partage ensuite la fratrie qui sera encore sous sa dépendance une quinzaine de jours, mais la femelle peut entamer une seconde reproduction avant même que la première nichée soit émancipée.

Bergeronnette grise (Motacilla alba), ENS Malécot, Pays de Fontainebleau
Bergeronnette grise (Motacilla alba), femelle, ENS Malécot, Pays de Fontainebleau



Bergeronnette des ruisseaux (Motacilla Cinerea)


La Bergeronnette des ruisseaux est très dépendante de l'eau. En effet, c'est au bord de l'eau et même en eau peu profonde qu'elle cherche sa nourriture. Tous les cours d'eau sont susceptibles de l'héberger, mais elle a quand même une nette préférence pour les eaux agitées, où elle se nourrit sur l'écotone eau-terre en puisant dans les deux milieux. Insectivore, elle se nourrit principalement d'insectes à larves aquatiques mais capture aussi des gammares, crustacés amphipodes, et de petits mollusques. Pour cela, elle déambule en eau peu profonde.

Bergeronnette grise (Motacilla Cinerea), Ru de la Mare aux Evées, Pays de Fontainebleau
Bergeronnette des ruisseaux (Motacilla Cinerea), femelle, Ru de la Mare aux Evées, Pays de Fontainebleau

La Bergeronnette Cinerea est monogame et fortement territoriale. Le mâle défend vivement son territoire par son chant et le vol territorial associé du fait de la rareté de la ressource. Il se tient penché ailes et queue ouvertes et basses, exhibant les plumes jaunes ébouriffées de son croupion à titre de signal visuel. Le cri émis en vol est un "tjip" sonore et résonnant, souvent doublé en "tjitip", et l'oiseau n'en est pas avare. Le chant consiste en la répétition de notes aiguës, très sonores, souvent émises par séries de 3 à 5. La puissance et la fréquence de la voix permettent au chanteur d'être entendu malgré les bruits de chute ou d'écoulements d'eau.

Elle peut se trouver aussi bien en milieu ouvert qu'en forêt. On peut même la trouver en agglomération lorsqu'un cours d'eau traverse un parc et l'altitude importe peu puisque certaines ont été observées nichant à  à plus de 4 000 m dans l'Himalaya. Les oiseaux sédentaires occupent leur territoire toute l'année, mais sous climat continental à hivers froids, les bergeronnettes vont hiverner plus au sud au bord des eaux douces ou marines ainsi que dans tous les milieux inondés. Les oiseaux nichant en altitude descendent vers la plaine avant l'hiver. La saison de reproduction de la Bergeronnette des ruisseaux s'étend de mars à août. En Europe de l'Ouest, la nidification elle-même débute en avril et sera parfois suivi une seconde nichée. La femelle pond 3 à 7 œufs que les parents couvent durant 12 à 14 jours. Les petits sont nourrit au nid pendant 12 à 13 jours encore et les juvéniles s'émancipent 2 à 3 semaines après l'envol.

Bergeronnette grise (Motacilla Cinerea), Ru de la Mare aux Evées, Pays de Fontainebleau
Bergeronnette des ruisseaux (Motacilla Cinerea) femelle, Ru de la Mare aux Evées, Pays de Fontainebleau

Pour la nidification, elle a besoin d'un milieu rocheux où construire son nid. À l'origine, ce devait être assez systématiquement un pan rocheux naturel présentant des irrégularités comme des fissures, mais de nos jours, l'Homme lui fournit de nombreux sites de nidification artificiels (ponts, moulins, etc.). Le nid est le plus souvent caché à la vue par une touffe d'herbe, mais il suffit souvent de se placer sur un pont et d'observer le cours d'eau pour découvrir la Bergeronnette des ruisseaux d'autant que le jaune se détache assez bien sur son environnement et que la Bergeronnette des ruisseaux a toutes les caractéristiques comportementales du Hochequeue !

La Bergeronnette des ruisseaux présente un dimorphisme sexuel. Le mâle nuptial se reconnait tout de suite à sa bavette noire. La tête est gris-cendre. L'œil sombre possède deux arcs oculaires blancs dessus et dessous. Deux larges moustaches blanches bordent la bavette noire. En hiver, le mâle perd cette bavette et ressemble alors plus à une femelle, mais reste plus jaune dessous. La queue est très longue, noire au centre, avec 3 paires de rectrices externes blanches bien visibles au vol également. Les pattes sont rosâtres à brunâtres.
Bergeronnette grise (Motacilla Cinerea), Ru de la Mare aux Evées, Pays de Fontainebleau
Bergeronnette des ruisseaux (Motacilla Cinerea), mâle, Ru de la Mare aux Evées, Pays de Fontainebleau

La femelle nuptiale ressemble au mâle, mais n'a pas de bavette noire. En hiver, ses parties inférieures sont nettement moins jaunes, excepté au niveau des sous-caudales. Les flancs sont blanchâtres. Le juvénile ressemble à une femelle pâle. Le gris du dessus est légèrement nuancé d'olive. Le dessous est blanchâtre avec souvent la poitrine crème à saumon pâle. Critère spécifique, le jaune est confiné aux sous-caudales.
Bergeronnette grise (Motacilla Cinerea), Ru de la Mare aux Evées, Pays de Fontainebleau
Bergeronnette des ruisseaux (Motacilla Cinerea), femelle, Ru de la Mare aux Evées, Pays de Fontainebleau

On avance la possibilité de confusion entre la Bergeronnette des ruisseaux et la printanière. À mon avis, quand on voit bien les oiseaux, cela ne vaut que pour les juvéniles, et encore. Le manteau, le dos et une partie des couvertures sont gris chez notre Bergeronnette alors que la printanière est plus brune, avec un sourcil plus net, mais surtout est complètement dépourvue de jaune et avec une queue nettement plus courte.

Voilà pour cette reprise des Fiches Espèce et ce nouvel article Ornitho du Pays de Fontainebleau. Dites-moi si vous croisez ces charmantes Bergeronnettes près de chez-vous en commentaire !

La photographie animalière et ornithologique.


Un petit mot pour terminer cet article sur le matériel et le respect de la faune me semble nécessaire. Je ne suis pas photographe animalier ou naturaliste comme bon nombre de mes confrères et consœurs de la région. C'est à dire que je ne suis pas spécialement équipé pour ce type d'image, que je n'affûte pas et que je ne me réveille pas avant l'aurore pour traquer les bêtes - ils, elles, le font beaucoup mieux que moi !- Mes images sont donc prises au hasard de mes billebaudes. Pour autant, je prends toutes les précautions nécessaires pour ne pas déranger les animaux (j'évolue en silence et contre le vent) mais surtout je ne m'approche jamais des petits ou des nids. Si par hasard je vois une mère fuir un nid à cause de ma présence, je ne m'attarde pas sur place pour qu'elle puisse revenir très rapidement. En cette période de naissance, il est primordiale de respecter la tranquillité des animaux. En cas de rencontre avec un petit, ne le touchez pas ! Son isolement n'est pas synonyme d'abandon mais s'il vous prenez l'envie de le caresser, vous le condamneriez à une mort certaine. C'est aussi vrai pour de nombreux oiseaux qui, même tombés du nid, peuvent être élevés au sol par les parents. 

A 15 mètres avec un 100 mm plein format, une bergeronnette d'une dizaine de centimètres de dos
reste peu visible sur une image. Avec un gros recadrage, un tirage en 15 X 20 cm sera le
maximum possible pour ce type de photographie...



Matos photographique


Si vous aimez la nature et la photographie, vous avez sans doute déjà essayé au moins une fois de photographier un oiseau. Vous aurez alors compris que ce n’est pas la chose la plus facile à faire… Ils sont petits, rapides et fuyards ! Bref, on les entend beaucoup plus que l'on ne les voit. Donc, il faut, pour réussir ses images un appareil photographique un peu performant mais surtout, un téléobjectif d'au moins 200 mm. Et c'est un minimum. Notez que si  votre boîtier n’est pas un plein format mais un capteur APS-C, alors, bonne nouvelle, votre 200 devient un 300 mm (car il faut en moyenne multiplier par 1,5 pour obtenir l’équivalence de focale en 24x36mm par rapport au capteur). Dans l’idéal, il vous faudra un objectif lumineux, c'est à dire qui peut ouvrir à grande ouverture (le plus petit chiffre possible après le f). Par exemple dans mon cas, je peux utiliser mon 70-200mm et ouvrir mon diaphragme jusqu’à f/2.8, ce qui est une grande ouverture. Le problème, c’est que ce type d’objectifs coûte cher. Enfin, de manière générale, pour figer le vol d'un Martin pêcheur,  vous devrez pouvoir atteindre au minimum le 1/800 de secondes ce qui est faisable facilement avec ce type d'objectif même en cas de faible lumière mais devient plus problématique avec des cailloux ouvrant à partir de f5,6. Et ce d'autant que  nos micromouvements (mains, déclenchement, respiration...) sont amplifiés par les téléobjectifs s'ils ne sont pas stabilisés. Il faut donc des vitesses rapides pour obtenir des photos bien nettes et jamais inférieures à la focale (1/300 pour un 300 mm, etc.). 

Mais rassurez-vous, si vous ne pouvez pas vous offrir un tel cailloux pour le moment, ce n’est pas grave ! Toutes les images de cet article et des prochains ont été réalisé avec du vieux matériel dont les performances sont très limitées par rapport à ce qui se fait aujourd'hui.  En effet, j'ai un vieux zoom 100-300 mm f5,6 Canon d'entrée de gamme qui, monté sur un vieil EOS500, me dépanne. Les images manquent de netteté à 300 mm notamment au-delà de 30 mètres mais il fait le job si on reste à moins de 15 m de la cible ! Comme le boîtier est lui aussi très vieux, l'auto-focus et le moteur de l'objectif ont parfois bien du mal à faire une mise au point correcte et, avec un ouverture de 6,3 pour 800 ISO, la moindre vibration se ressent sur l'image. Comme il faisait souvent sombre ces derniers jours, j'ai souvent été un peu trop juste en vitesse.

Même à moins de 10, dans un sous bois sombre, une bergeronnette des ruisseaux nécessite un
matériel photographique un peu couteux ou au moins récent pour être exploitable



Les oiseaux sont des animaux sauvages, donc par essence ils sont méfiants et craintifs. Pire, ils ont une très bonne vue ! Il vous faudra donc vous déplacer de manière discrète et surtout lentement, pour ne pas effrayer l’animal qui vous observe. Parfois, il vous faudra carrément stopper tout mouvement pendant de longues minutes, afin que l’animal se rassure et vous oublie (un peu). J'ai traqué un couple de héron et un couple Martin pêcheur (images prochainement) mais ces oiseaux ont une vue extraordinaire et vous repèrent de très loin ! Anticipez vos réglages en faisant une ou deux images à vide pour vérifier l'exposition car il faudra de la réactivité pour ne pas rater une scène qui ne durera souvent que quelques secondes.

Bref, aujourd’hui, un amateur pourra très bien commencer la photographie animalière avec un boîtier à « petit » capteur (APS-C) de milieu de gamme autour des 1000 €, qui lui offrira des performances tout-à-fait honorables, comparées aux boîtiers « pro » d’il y a 10 ans. Il faudra juste beaucoup de patience pour approcher les oiseaux avec un 100 mm. 


mardi 8 février 2022

A la découverte de la plus belle mare sauvage de la forêt de Fontainebleau

Vous connaissez mon attachement pour les mares de la forêt et tout particulièrement pour les fragiles mares de platière et leur biodiversité exceptionnelle. Une récente balade en forêt nous a conduit à explorer plus à fond une platière éloignée des parking ce qui la préserve d'une trop forte fréquentation et où se cache ce qui est sans doute l'une des plus belles mare de Fontainebleau... La preuve !

Grande mare de platière quelque part en Forêt de Fontainebleau
Grande mare de platière quelque part en Forêt de Fontainebleau

D'ailleurs, comme pour les gravures rupestres, je vais cesser de donner les localisations des sites d'exception de notre forêt tant ils sont menacés par un tourisme urbain en pleine expansion, et peu respectueux de la nature et trop peu encadré.

Grande mare de platière quelque part en Forêt de Fontainebleau
Grande mare de platière quelque part en Forêt de Fontainebleau

Cette grande mare cachée dans les herbes abrite notamment de nombreuses stations de sphaignes. J'ai déjà évoqué leur rôle et leur importance dans cette article mais je rappellerai quand même que sur la trentaine de taxons décrits en Ile de France, six n'ont pas été revus depuis 2014.

Grande mare de platière quelque part en Forêt de Fontainebleau
Grande mare de platière quelque part en Forêt de Fontainebleau

Ainsi le tiers des espèces du territoire national et plus de 60% des taxons les franciliens se maintiennent encore aujourd'hui notamment sur la platière de Franchard. D'autre part la moitié des espèces actuellement présentes sont par ailleurs devenus rares à très rares en Ile-de-France. De ce fait, le massif de Fontainebleau apparaît bien comme l'un des principaux refuges pour ces populations dont la conservation nécessite que soit efficace la mise en œuvre des préconisations du plan de gestion des mares et du Docob (Document d'objectifs) Natura 2000.

Quelle est cette sphaigne observée sur une rive de cette mare ?
Quelle est cette sphaigne observée sur une rive de cette mare ?

Parmi les Sphaignes, celle de Magellan (Sphagnum magellanicum) déterminante pour les ZNIEFF n'est observable que dans notre forêt. Hélas, identifier les taxons des sphaignes reste une affaire de spécialistes et j'avoue volontiers ne pas être capable de distinguer formellement S. capillifolium de S. russowii ou S. rubellum de S. Magellanicum qui peuvent présenter cette belle couleur rubis.

Possible Sphaigne de Magellan mais est-ce bien le cas ?
Possible Sphaigne de Magellan mais est-ce bien le cas ?


mercredi 26 janvier 2022

[ALBUM] La Mare aux Couleuvreux se cache dans les hautes herbes de la savane bleausardes

Vous le savez sans doute, j'aime beaucoup l'ambiance autour de certaines mares de platière. Je leur ai consacré de nombreux articles, albums et pages. La très sauvage mare des Couleuvreux se cache dans les hautes herbes aux couleurs de savane sur la grande platière de la Haute Borne à la frontière entre la forêt domaniale de Fontainebleau et des Trois Pignons. 

Planqué dans les herbes, derrière un petit bloc de grès, ou perché sur une souche on s'attend à voir surgir lions, zèbres, girafes et autres animaux exotiques dans cette partie de l'Ile-de-France. Alors si vous n'y croisez qu'une biche, un sanglier, une salamandre, un triton ou une couleuvre, ne m'en voulez pas trop...

La "grande" Mare des Couleuvreux fait partie d'un ensemble de petites mares (j'ai déjà évoqué celle du Bouledogue) au niveau variable car elles ne doivent leur présence qu'à l'imperméabilité du sol des platières et aux précipitations qui les alimentent. A cet endroit, la colonisation des berges par une végétation buissonnante assure la préservation de ce riche et fragile biotope. Mais il existe aussi deux tourbières d'importance comme celle évoquée dans cet article l'an dernier... Non loin de là, la Platière des Couleuvreux a été nettoyée des trop nombreux pins qui commençaient à envahir la zone comme l'indique l'ONF dans cette note de communication.













vendredi 13 août 2021

Mare à Piat, Mare à Dagneau et les enseignements des mares de tourbière de Belle-Croix

J'ai déjà longuement évoqué l'importance des mares de Fontainebleau notamment dans cet article. Non loin des célèbres Mare à Piat et Mare à Dagneau, sur les hauteurs du Cuvier, saviez-vous qu'il se trouve un ensemble de mares de platière d'un très grand intérêt tant pour les naturalistes que les écologues et historiens ? L'occasion pour moi d'accompagner mes images de ces célèbres mares d'un article sur la sphaigne, les tourbières et leurs enseignements historiques sur Fontainebleau ! 

Sur les vieilles cartes qui décrivaient les sentiers bleus Denecourt, trois autres mares étaient indiquées et décrites dont la Mare Collinet et la Mare de Belle-Croix. Situées dans la Réserve Biologique, parcelle forestière 880, sur un tracé aujourd'hui abandonné, ces mares oubliées abritent quelques magnifiques secrets. Est-ce pour les protéger que toutes ces mares ont progressivement été effacées des topoguides touristiques et des cartes IGN ? Commençons donc notre balade par les mares les plus classiques.

La Mare à Piat

La mare à Piat est aujourd'hui célèbre pour les nénuphars blancs (nymphaea alba) qui l'envahissent chaque été. Située au bord de la Route de la Mare à Piat (en réalité un petit sentier) sur l'ancien Denecourt, elle jouxte une deuxième petite mare de platière beaucoup plus classique. Notez qu'autrefois, le paysage était très différent et que la Platière de Belle-Croix du temps de Denecourt était nettement moins boisée. Seul quelques très vieux chênes remarquables aujourd'hui disparus ombrageaient le paysage ! Baptisée du nom d'un forestier qui y aurait pris un bain forcé après une altercation avec  des paysans, je doute que cette mare fut peuplée de tels nénuphars au milieu du XIXe.
Mare à Piat, Forêt de Fontainebleau


Mare à Piat, Forêt de Fontainebleau
F O N T A I N E B L E A U

Mare à Piat, Forêt de Fontainebleau


Mare à Piat, Forêt de Fontainebleau


Mare à Piat, Forêt de Fontainebleau

Mare à Piat
Mare à Piat, Forêt de Fontainebleau


nénuphars blancs (nymphaea alba) Mare à Piat Fontainebleau


nénuphars blancs (nymphaea alba) Mare à Piat Fontainebleau


nénuphars blancs (nymphaea alba) Mare à Piat Fontainebleau


Petite mare voisine de la Mare à Piat

La Mare à Dagneau


A quelques dizaines de mètres de la Mare à Piat, les habitués ne manquent pas de rendre visite à la très belle et romantique Mare à Dagneau plantée au milieu des grandes herbes. Ambiance pays des fées et Dame du Lac garantie !
Mare à Dagneau, Forêt de Fontainebleau


Mare à Dagneau, Forêt de Fontainebleau


Mare à Dagneau, Forêt de Fontainebleau


En dehors de ces deux grandes mares, la platière de Belle-Croix est truffée de petites mares de platière plus ou moins pleines suivant les saisons. Parmi celle-ci, se cache, dans une dépression de la platière, cette étrange mare qui semble avoir été taillée par les carriers. Peut-être est-ce la Mare Collinet indiquée sur les vieilles cartes et indicateurs des Sylvains ? 
Mare Collinet, Forêt de Fontainebleau


Mare Collinet, Forêt de Fontainebleau


Mare Collinet, Forêt de Fontainebleau


Le grès porte les stries des différents niveaux de remplissage. Est-ce une mare de platière reposant donc sur une dalle de grès étanche ou une dépression creusée par l'homme et qui s'est étanchéifiée par la suite ? Je ne saurai le dire. Donc si quelqu'un en sait plus, je suis preneur... N'hésitez pas à laisser un commentaire en bas de l'article ou à me contacter par mail ou sur les réseaux...

Mare Collinet, Forêt de Fontainebleau
Est-ce la Mare Collinet signalé encore début 1900 sur les cartes et indicateurs ?


Toujours sur la platière, on trouve diverses zones humides et tourbières plus ou moins profondes. Mieux vaut éviter de les traverser, au risque d'y laisser plus qu'une chaussure ! En outre la très forte valeur biologique de ces habitats rares et spécifiques, est aussi très fragile et menacée. Parmi celle-ci se trouve la Mare australe de Belle Croix  où ont été pratiqué les prélèvements que je vais évoquer.

 
Mare australe de Belle Croix, Fontainebleau


Mare australe de Belle Croix, Forêt de Fontainebleau


Mare australe de Belle Croix, Forêt de Fontainebleau


Ces mares ont une importance patrimoniale et scientifique capitale car leur très lente évolution a suivi celle du climat et de la végétation associée. Il est donc possible en les analysant de connaître le passé. Des sondages ont donc été réalisés en 2005 et 2007 jusqu'à 3 mètres de profondeur retraçant au passage 10 000 ans de l'histoire de notre forêt et du climat dans la région. Ces enseignements sont notamment rendus possibles grâce à la présence des sphaignes, formatrices de la tourbe (j'y reviens un peu plus bas).

Mare australe de Belle Croix, Forêt de Fontainebleau
Dans la Mare australe de Belle Croix, Forêt de Fontainebleau ont distingue la sphaigne et
les touradons qui se sont formés en surface (relire l'article cité en introduction)

La sphaigne, vous le savez certainement, c'est une sorte de mousse et pour le néophyte, cela s'arrête souvent là ! D'ailleurs j'avoue volontiers que je serai bien incapable de distinguer les différentes espèces de Sphaigne. Si le genre Sphagnum regroupe de 1 510 à 3 500 espèces dans le monde (suivant les différentes nomenclatures botaniques), seule une trentaine de taxons sont présents en France. Mais franchement, ils sont difficiles à identifier sans l'aide d'un microscope !

Sphaigne (Sphagnum), Forêt de Fontainebleau, espèce non définie
Sphaigne (Sphagnum), Forêt de Fontainebleau, espèce non définie



La sphaigne se compose d'une tige principale avec des feuilles poussant directement sur cette tige et des rameaux formant comme des faisceaux, portant eux aussi des feuilles. Donc, on est en présence de deux types de feuilles et de deux types de cellules :
les cellules chlorophylliennes ou chlorocystes sont vivantes, bien vertes et de petite taille sont situées sur la partie haute,
les cellules hyalines ou hydrocystes sont mortes, plus grandes et ternes mais ces cellules continuent de stocker de l'eau grâce à des sortes de poches qui sont étanches même après la mort de la cellule.

Enfin, le capitule ou apex, situé tout en haut de la plante est constitué d'un bourgeon apical, qui va pousser continuellement mais lentement et refaire des feuilles en dessous. Poussant en touffe plus ou moins immergée, c'est donc souvent la seule partie visible de la plante ce qui rend sont identification délicate.  Les matières organiques mortes de la sphaigne (ou fossiles) accumulées forment donc progressivement une tourbière.

La principale caractéristique de la sphaigne est donc sa capacité à retenir de l'eau. Beaucoup d'eau ! Jusqu'à 26 fois leur poids sec selon l'espèce.
Les accumulations de sphaignes participent à la formation de la tourbière qui accumule 0,2 à 1 mm de tourbe par an. Cette lente croissance de la tourbe piège des témoins biologiques ou matériels des temps anciens. La palynologie (l’étude des pollens) et la paléopalynologie (celle des pollens « fossiles ») des tourbières permet de connaître très précisément les végétaux présents dans les temps anciens et le climat ! En général, 3 à 5 cm d’épaisseur correspondent à un siècle environ et certaines tourbières font jusqu'à 10 m d’épaisseur (en zone tropicale) ! 

Sphaigne (Sphagnum), Forêt de Fontainebleau, espèce non définie
Sphaigne (Sphagnum), Forêt de Fontainebleau, espèce non définie

Plusieurs espèces de sphaignes sont généralement trouvées dans une même tourbière. 24 sont décrites en IDF et 6 n'ont plus été observées depuis plusieurs années. Lorsqu'elles s'installent, elles forment des buttes où l’acidité du sol et l’oligotrophie augmentent progressivement la rétention d’eau. Au stade "ombrotrophe", la butte peut survivre juste avec l’eau pluviale. Parmi les espèces présentes à en Ile de France, la Sphaigne de Magellan (Sphagnum magellanicum) est une des espèces rares et uniquement présente ici, à Fontainebleau. Elle est déterminante pour la classement en ZNIEFF. Située quelques part sur les platières de Belle-Croix et Franchard, c'est dans ces tourbières qu'ont été  réalisés plusieurs sondage jusqu'à 3 m de profondeur pour mieux comprendre l’histoire et le climat de notre région comme évoqué plus haut et dont voici le schéma de coupe et ses enseignements d'après l'étude de Thiry et Liron (pour le détail de leur étude, téléchargez leur pdf).

Notez que la locution « before present » (BP) est utilisée en préhistoire, en paléontologie, en géologie et en climatologie pour désigner les âges exprimés en nombre d'années comptées vers le passé à partir de l'année 1950. Cette date a été fixée arbitrairement comme année de référence parce qu'elle correspond aux premiers essais de datation par le carbone 14 très légèrement postérieure aux premiers essais nucléaires qui ont perturbé la répartition d'isotopes utilisés en datation radiométrique.


schéma de coupe des carottages à Fontainebleau et ses enseignements sur le climat
 schéma de coupe des carottages à Fontainebleau et ses enseignements sur le climat
d'après l'étude de Thiry et Liron

Comme vous pouvez le voir sur le schéma, ces carottages ont également prouvé la présence de l'homme préhistorique à cet endroit de la forêt sans doute avant l'arrivée de la mare. Une présence qui doit probablement être rapprochée du site de gravures Mésolithiques du point de vue du Camp de Chailly situé à un peu plus de 2 km vers l'ouest où, en plus des gravures, il a été mis en évidence plusieurs foyers et un abondant matériel microlithique taillé.

Aujourd'hui les sphaignes sont menacées de disparition (tout comme le milieu dan lequel elles poussent). En effet, toutes les tourbières sont menacées par les drainages des zones humides. En outre, l'utilisation massive d'engrais chimiques dans les champs ont aussi nuit gravement au développement cellulaire des sphaignes. Elles ont pourtant un rôle cruciale tant pour la nature que pour certaines économies humaines (la tourbe a été utilisée comme combustible, matériel de construction mais aussi dans les produits hygiéniques). Les tourbières sont d'importants puits de stockage du carbone ; elles jouent un rôle de zone tampon diminuant à la fois le risque d'inondation en aval et de sécheresse estivale. L'évaporation et évapotranspiration des sphaignes rafraîchissent également fortement l'air.  Bien entendu, le biotope formé par ces accumulations humides de tourbe fournit aussi un habitat irremplaçable à un large éventail de plantes et d'animaux.