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vendredi 21 juin 2024

Le lézards des murailles se passe du consentement de madame

Profitant (comme nous) d'une de ces très rares belles et chaudes journées de ce printemps 2024, le lézard des muraille s'active à sa descendance ! Alors, peu lui importe la présence d'un photographe voyeur ou le consentement de Madame Lézard, il s'accouple rapidement et avec force sur un rocher brûlant de la forêt de Fontainebleau. Petite séance photographique.

Le Lézard des murailles (Podarcis muralis), le plus commun des cinq lézards de notre forêt est ovipare. Durant la saison de reproduction entre avril et juin, les mâles ont un comportement territorial nettement affirmé. Ils arborent un dessous de gorge plus vivement coloré, afin de séduire les femelles et d'éloigner leurs rivaux. Cette stratégie de parade nuptiale a aussi malheureusement pour inconvénient de les rendre plus visibles aux yeux de leurs éventuels prédateurs. Peu gêné par notre présence, ce mâle a profité du passage d'une femelle pour se reproduire



Il n'aura fallu que quelques minutes à ce lézard pour saisir la queue de sa partenaire puis pour l'attirer à soi et la contraindre au rapport.







Lors de l’accouplement, le mâle maintient la femelle en la mordant au niveau de l’abdomen et en la bloquant de ses grandes pattes. Certaines sources indiquent que cette fausse morsure lors de l'accouplement se produit à l’endroit où se trouve l’ovaire et aurait pour fonction de stimuler l'ovulation. Le lézard mâle produit  aussi  une substance adhésive sécrétée par une glande et suintant par les pores de ses cuisses pour se coller à la femelle. La fécondation est interne et se fait par pénétration car les mâles possèdent de véritables pénis.






Accouplement du lézard des murailles en forêt de Fontainebleau.


Une fois fécondées,  les femelle pondent trois  à dix œufs qu'elles abandonnent après les avoir enterrés dans un trou de 10 à 20 centimètres de profondeur ou bien sous une pierre. Pas de couvaison ! Les femelles pondent jusqu’à trois fois par saison en plaine, (une seule fois en montagne ou dans la zone la plus au nord de leur aire de répartition, plus froide). Les œufs n'ont pas de coquille, mais sont entourés d'une membrane qui ressemble à du parchemin. La chaleur de l'été les fait éclore au bout de quatre à onze semaines.

Comme la plupart des reptiles, les lézards ne manifestent pas de comportement parental. Les petits étant autonomes dès leur naissance, la sélection naturelle n'a pas favorisé chez le lézard l'apparition de cette parentalité, mais certaines sources, indiquent des traces de comportement de protection, par la femelle, du lieu de ponte et d'éclosion de ses œufs, voire pour ses petits peu après leur naissance. 
Dès la sortie de l’œuf, le jeune lézard chasse tout de suite de petits insectes pour se nourrir.

La mortalité est très forte notamment par prédation et moins de 10% des jeunes atteignent l’âge de trois ans. La maturité sexuelle est atteinte au bout d’un an (deux hivers).

mardi 7 mars 2023

Connaissez-vous les plus étranges gravures rupestres de Fontainebleau, celles du style HMM ?

J'ai déjà évoqué très longuement les gravures rupestres préhistoriques de la forêt de Fontainebleau et des Trois Pignons qui comptent parmi les plus nombreuses d'Europe mais aussi parmi les plus énigmatiques. Aux très classiques sillons et autres quadrillages, il faut ajouter depuis une dizaine d'années, un nouveau corpus de gravures encore plus ésotériques, celles très figuratives du style HMM. Un ensemble de plus d'une centaine de panneaux mystérieux, souvent très difficiles à observer, et qui n'a rien à envier aux pétroglyphes Anasazis ou Aborigènes. En effet, un important ensemble de gravures d'un style très particulier a été identifié fin 2014 par des prospections conduites principalement par Pierre Bouillot, Philippe Boyer, Patrick Kluska et Richard Lebon en forêt domaniale de Fontainebleau à l'occasion d'une révision de l'inventaire des sites rupestres réalisé par le GERSAR (Groupe d'études, de recherches et de sauvegarde de l'art rupestre). Comme les autres gravures rupestres de Fontainebleau, elles ont été réalisées pour la plupart à l'intérieur de petites cavités rocheuses mais s'en distinguent par un style unique. De nouvelles prospections effectuées en 2018 ont amené à la découverte de 27 autres compositions gravées.

Gravures rupestres de Fontainebleau de type Haut Mont Malmontagne
Gravures rupestres de Fontainebleau de type Haut Mont Malmontagne


Le style HMM se caractérise par des gravures très fines et peu profondes dont les éléments forment des compositions parfois très denses et soigneusement réalisées. Plus encore que les traditionnelles gravures rupestres de Fontainebleau, il convient d'insister sur le caractère non ostentatoire de ces gravures HMM, principalement réalisées dans des cavités exiguës. Elles sont donc souvent très peu visibles depuis l'extérieur. On y retrouve de nombreux signes géométriques, des représentations stylistiques humaines et animales et de nombreuses créatures fantastiques. Parmi les éléments les plus remarquables, on observe des svastikas, des croix présentant des pointes entre les branches, des triangles marqués d'une cupule au centre, des peignes opposés séparés par des cupules, des figures en forme de roue ou évoquant le soleil, des travois (système simple de transport avec des perches ancêtres des charrues) avec attelage, des représentations de cervidés, d'oiseaux, de serpents, de personnages à tête représentés par une cupule, des créatures féminines à tête en demi-lune et corps quadrillé et de créatures masculines à tête triangulaire dont certaines tenant un sistre… Plusieurs personnages sont munis d'un objet en forme de bâton sur lequel sont fixés des éléments qui font penser à un sceptre. Enfin, on notera aussi qu'aucun attribut guerrier indiscutable, tel qu'épée, poignard, lance ou bouclier, n'apparaît dans ce groupe.



Petite cavité gravée HMM
Gravures rupestres de Fontainebleau de type Haut Mont Malmontagne

Détail de la gravure HMM

et son relevé par le GERSAR

L'importance de la découverte a donc conduit à la création d'une équipe de recherche spécifique, constituée de membres du GERSAR, de la SARP (Société archéologique de la région de Puiseaux) et d' une partie du personnel du musée de Préhistoire d'Île-de-France à Nemours pour l'étude de ce groupe de gravures dont le style unique est baptisé « Haut Mont-Malmontagne » (HMM), en raison de la localisation des premières découvertes sur ces secteurs de la forêt.

L’unité du style de chaque panneau suggère que sa réalisation s’est faite en une seule fois et qu’elle est l’œuvre d’un seul graveur. A la différence des autres auvents gravés de la forêt, souvent réutilisés à travers les âges, les signes HMM sont généralement bien individualisés et ne se recouvrent pas, ce qui facilite grandement la lecture des unités graphiques. On peut même observer une certaine logique d'ensemble et de constitution de réseaux dans lesquels les éléments seraient interconnectés.
 
Cet ensemble de plus d'une centaine de panneaux montre donc une profonde originalité et on peut dire qu’il est sans équivalent connu à ce jour en Europe. Une datation des gravures à la fin de l’âge du bronze a été proposée en s’appuyant sur des similitudes avec des éléments datés mais c'est encore en discussion et leur présence dans certains secteurs ruinés par les carriers peut laisser courre à d'autres hypothèses. En tous cas, la présence de créatures serpentiformes, de signes à caractère solaire, astral, et féminin ne pourront qu’inspirer les mythologues pour d'autres interprétations dont les plus farfelues.

L’âge du bronze (-3 300 à - 1 200 av JC) est la période de la Protohistoire caractérisée par l'existence de la métallurgie du bronze, et succédant au Néolithique final. C'est donc potentiellement un des chaînons manquants entre les célèbres gravures Préhistoriques de la forêt de Fontainebleau et les vestiges Gallo-romains. En effet, un certain nombre de signes observables parmi les gravures HMM se retrouvent aussi sur des céramiques de la fin du Bronze final mises au jour dans des contrées plus méridionales, notamment dans les régions Drômoise, Centrale et Centre- Ouest de la France. Une représentation d'un sistre, un instrument de musique comportant des objets (coquilles, rondelles) qui s'entrechoquent quand on le secoue, dans une forme présentant une forte ressemblance avec le sistre en bronze mis au jour à Hochborn en Rhénanie-Palatinat, peut contribuer à renforcer cette proposition de datation. Toutefois, elles reste très sujette à caution ! 

Comment imaginer que les mêmes programmes iconographiques aient été suivis par des gens décorant des céramiques et d’autres œuvrant dans des anfractuosités rocheuses, qui plus est dans des zones géographiquement éloignées de plusieurs centaines de kilomètres ? Comme le rappelait Laurent Vallois du Gersar dans un article qu'il a publié sur le sujet, "cette hypothèse, qui est fondée essentiellement sur des analogies de répertoire entre les panneaux HMM et les céramiques décorées de la période envisagée, est exactement cela – une hypothèse – et elle n’a jamais été présentée autrement par moi et/ou mes collaborateurs. À l’heure actuelle, il est tout à fait prématuré de vouloir se prononcer pour ou contre sa validité, pour différentes raisons. Rappelons, notamment, que le phénomène HMM était inconnu au début de l’année 2014, or des abris gravés HMM contenant une iconographie remarquable ont encore été découverts très récemment (en avril 2018) : il est encore trop tôt pour considérer que l’on dispose d’un corpus stabilisé. Par ailleurs, des opérations de sondages ont été menées en 2016 27 et 2017, opérations qui demandent à être poursuivies. La réflexion sur l’attribution chronoculturelle des gravures HMM dépendra des résultats de ces sondages et de la prise en compte de corpus complets, tant céramique que rupestre". 



Relevé d'un beau panneau gravé
de style HMM à Fontainebleau 

Relevé d'un beau panneau gravé
de style HMM à Fontainebleau



D'après les premières recherches et interprétations, on peut constater "qu'aux figurations humaines at animales s'ajoutent fréquemment des représentations de créatures évoquant à la fois l'humain et l'animal mais qui n'apparaissent jamais sur les céramiques du Bronze final. Les hommes de l'âge du Bronze final ont pu se mettre en scène sur les deux types de support (roche et céramique) sous l'aspect de personnages à tête formés par une cupule. En revanche, les créatures fantastiques, qui apparaissent souvent en position dominante, pourraient correspondre à des divinités dont la représentation n'avait pas sa place sur les poteries. Les gravures de style HMM peuvent être exécutées comme des représentations symboliques de constructions mythologiques améliorées ou révisées par la population dans son ensemble ou quelques-uns de ses représentants. Ces symboles vraisemblablement liés à des mythes cosmogoniques pourraient, dans le cas de certaines compositions au moins, se reporter à ces récits dont la transmission orale aurait été accompagnée d'un rapport sur la pierre de signes évocateurs apparaissant sous la forme d'une représentation codifiée".
Relevé comparatif des anthropomorphes de style HMM à Fontainebleau
Source GERSAR 

L'interprétation de ces messages vieux de plus de 3 000 ans suscite aujourd'hui plus de questions qu'elle n'apporte de réponses. Comment décoder sans erreurs ces éléments souvent récurrents et interdépendants ? Par exemple, le fait que toutes les représentations de cervidés sont tournées à gauche, comme pour les quadrupèdes schématiques (indéterminables) est probablement significatif. Plusieurs cervidés ont une longue queue ramifiée, ce qui suggère une volonté de ne pas représenter des animaux réels mais probablement des créatures mythologiques. On peut aussi remarquer que ces animaux ont un dos courbé ou sinueux. Enfin, d'autres cervidés sont figurés en position ascensionnelle ce qui semble là encore évoquer un culte. On note par ailleurs de nombreuses association entre des bois de cervidés et des serpentiformes. Dans cette gravure, nous voyons le cervidé se tenir face à un signe serpentiforme vertical par exemple.

Ne peut-on voir ici les prémices du culte à Cernunnos, le dieu gaulois du renouveau et des cycles naturels ? Très largement représenté dans le monde celte, son adoration était très probablement antérieure aux Gaulois et nos gravures en seraient donc peut-être un témoignage.

D'ailleurs, l'observation des nombreux personnages, laisse souvent le sentiment d’être face à tout autre chose qu’à la mise en scène d’humains ordinaires. Les êtres qui sont représentés sur ces panneaux sont des créatures qui ne sont ne sont que partiellement anthropomorphes. De fait, si des représentants de l’humanité « normale » sont bien présents sur ces panneaux, c’est toujours sous la forme de figurations humaines très simples, de très petite taille renforçant l’infériorité de leur statut par rapport aux créatures surnaturelles qui peuplent les mêmes panneaux. 

Relevé comparatif des anthropomorphes de style HMM à Fontainebleau
Source GERSAR 



A ces éléments caractéristiques du style HMM s'ajoute une profusion de symboles géométriques dont l'utilisation ne doit sans doute rien au hasard. Parmi ceux-ci, l'étude attentive des triangles est une piste intéressante car il en existe plusieurs sortes. En effet, outre les triangles classiques, on note la présence de triangles ponctués et de triangles assimilés à un pubis.

Par exemple sur la gravure que je vous présente en photographie aujourd'hui, l’unique triangle ponctué semble faire partie d’un signe plus complexe de type « lancéolé », avec une double hampe et des recoupements perpendiculaires à cette hampe double. Nombre de ces triangles ponctués servent à figurer une partie anatomique bien précise de créatures à la morphologie pour le moins déconcertante. Il s’agit d’êtres à corps filiforme sinueux ou dont le tronc est une grille, qui ont en commun d’être privés de jambes mais terminés par une queue qui elle-même se termine par un triangle ponctué. 

Anthropomorphes HMM et utilisation des triangles ponctués et pubiens
Source : GERSAR



Quant aux triangles pubiens, il est déjà présent dans l’art rupestre de Fontainebleau depuis probablement le paléolithique malgré l’absence d’un véritable contexte gravé autour de ces figures, et en particulier de représentations animalières caractéristiques de l’art pariétal (voir mes images de la Bl'Origine dont le pubis est entouré de deux chevaux en vente ici). Les triangles pubiens du corpus HMM sont  souvent intégrées à des représentations de personnages féminins avec un corps en grille ou se trouvent dans l’environnement immédiat de l’un des personnages. Il est bien évident que l’usage qui est fait des triangles pubiens dans ces compositions HMM est très différent de ce que nous avons sur les panneaux classiques. 

Voilà pour cette présentation un peu rapide des gravures de Fontainebleau du style HMM. Si leur datation s'avère exacte, ces pétroglyphes constituent un patrimoine d'une très grande valeur archéologique à préserver à tout prix. Ces étranges gravures rupestres de la forêt de Fontainebleau témoigneraient-elles de rites préceltiques ou druidiques ? Merci au GERSAR et notamment à Alain, Oleg, Laurent ainsi qu'à Cécile pour les éléments qu'ils m'ont transmis pour la rédaction de cet article !

Comme toujours, je me refuse à livrer la moindre localisation de ces gravures ici ou sur les réseaux sociaux. En cas de découverte de telles gravures, merci d'en informer le GERSAR et de taire leur localisation.

Vous pouvez retrouver toutes mes images et articles sur le sujet en suivant le tag : Gravures rupestres

Bibliographie :

BÉNARD ALAIN (2017) – Les abris ornés des VH (Forêt domaniale de Fontainebleau). Art rupestre (bulletin du GERSAR no 71), pp. 3-10. 
LEBON RICHARD, SIMONIN DANIEL & VALOIS LAURENT (2017) - Un important corpus de gravures rupestres de style inhabituel récemment découvert dans le massif de Fontainebleau. Bulletin de l’APRAB n o 15, pp. 61-71. 
LEBON RICHARD, SIMONIN DANIEL & VALOIS LAURENT (2018) – Des dépôts de pierres gravées relevant du style Haut Mont-Malmontagne dans le massif de Fontainebleau. Bulletin de l’APRAB n o 16, pp. 64-76. 
VALOIS LAURENT (2015) – La question des triangles pubiens dans l’art rupestre de Fontainebleau (1e partie). Art rupestre (bulletin du GERSAR) no 67, pp. 15-38. 
VALOIS LAURENT (2016) - La question des triangles pubiens dans l’art rupestre de Fontainebleau (2e partie). Art rupestre (bulletin du GERSAR) no 68, pp. 11-39. 

Et les articles de VALOIS LAURENT publiés sur le sujet dans les bulletins du GERSAR n o 70, pp. 13-28 ; no 70, pp. 29-34 et no 72 de juin 2018

vendredi 13 août 2021

Mare à Piat, Mare à Dagneau et les enseignements des mares de tourbière de Belle-Croix

J'ai déjà longuement évoqué l'importance des mares de Fontainebleau notamment dans cet article. Non loin des célèbres Mare à Piat et Mare à Dagneau, sur les hauteurs du Cuvier, saviez-vous qu'il se trouve un ensemble de mares de platière d'un très grand intérêt tant pour les naturalistes que les écologues et historiens ? L'occasion pour moi d'accompagner mes images de ces célèbres mares d'un article sur la sphaigne, les tourbières et leurs enseignements historiques sur Fontainebleau ! 

Sur les vieilles cartes qui décrivaient les sentiers bleus Denecourt, trois autres mares étaient indiquées et décrites dont la Mare Collinet et la Mare de Belle-Croix. Situées dans la Réserve Biologique, parcelle forestière 880, sur un tracé aujourd'hui abandonné, ces mares oubliées abritent quelques magnifiques secrets. Est-ce pour les protéger que toutes ces mares ont progressivement été effacées des topoguides touristiques et des cartes IGN ? Commençons donc notre balade par les mares les plus classiques.

La Mare à Piat

La mare à Piat est aujourd'hui célèbre pour les nénuphars blancs (nymphaea alba) qui l'envahissent chaque été. Située au bord de la Route de la Mare à Piat (en réalité un petit sentier) sur l'ancien Denecourt, elle jouxte une deuxième petite mare de platière beaucoup plus classique. Notez qu'autrefois, le paysage était très différent et que la Platière de Belle-Croix du temps de Denecourt était nettement moins boisée. Seul quelques très vieux chênes remarquables aujourd'hui disparus ombrageaient le paysage ! Baptisée du nom d'un forestier qui y aurait pris un bain forcé après une altercation avec  des paysans, je doute que cette mare fut peuplée de tels nénuphars au milieu du XIXe.
Mare à Piat, Forêt de Fontainebleau


Mare à Piat, Forêt de Fontainebleau
F O N T A I N E B L E A U

Mare à Piat, Forêt de Fontainebleau


Mare à Piat, Forêt de Fontainebleau


Mare à Piat, Forêt de Fontainebleau

Mare à Piat
Mare à Piat, Forêt de Fontainebleau


nénuphars blancs (nymphaea alba) Mare à Piat Fontainebleau


nénuphars blancs (nymphaea alba) Mare à Piat Fontainebleau


nénuphars blancs (nymphaea alba) Mare à Piat Fontainebleau


Petite mare voisine de la Mare à Piat

La Mare à Dagneau


A quelques dizaines de mètres de la Mare à Piat, les habitués ne manquent pas de rendre visite à la très belle et romantique Mare à Dagneau plantée au milieu des grandes herbes. Ambiance pays des fées et Dame du Lac garantie !
Mare à Dagneau, Forêt de Fontainebleau


Mare à Dagneau, Forêt de Fontainebleau


Mare à Dagneau, Forêt de Fontainebleau


En dehors de ces deux grandes mares, la platière de Belle-Croix est truffée de petites mares de platière plus ou moins pleines suivant les saisons. Parmi celle-ci, se cache, dans une dépression de la platière, cette étrange mare qui semble avoir été taillée par les carriers. Peut-être est-ce la Mare Collinet indiquée sur les vieilles cartes et indicateurs des Sylvains ? 
Mare Collinet, Forêt de Fontainebleau


Mare Collinet, Forêt de Fontainebleau


Mare Collinet, Forêt de Fontainebleau


Le grès porte les stries des différents niveaux de remplissage. Est-ce une mare de platière reposant donc sur une dalle de grès étanche ou une dépression creusée par l'homme et qui s'est étanchéifiée par la suite ? Je ne saurai le dire. Donc si quelqu'un en sait plus, je suis preneur... N'hésitez pas à laisser un commentaire en bas de l'article ou à me contacter par mail ou sur les réseaux...

Mare Collinet, Forêt de Fontainebleau
Est-ce la Mare Collinet signalé encore début 1900 sur les cartes et indicateurs ?


Toujours sur la platière, on trouve diverses zones humides et tourbières plus ou moins profondes. Mieux vaut éviter de les traverser, au risque d'y laisser plus qu'une chaussure ! En outre la très forte valeur biologique de ces habitats rares et spécifiques, est aussi très fragile et menacée. Parmi celle-ci se trouve la Mare australe de Belle Croix  où ont été pratiqué les prélèvements que je vais évoquer.

 
Mare australe de Belle Croix, Fontainebleau


Mare australe de Belle Croix, Forêt de Fontainebleau


Mare australe de Belle Croix, Forêt de Fontainebleau


Ces mares ont une importance patrimoniale et scientifique capitale car leur très lente évolution a suivi celle du climat et de la végétation associée. Il est donc possible en les analysant de connaître le passé. Des sondages ont donc été réalisés en 2005 et 2007 jusqu'à 3 mètres de profondeur retraçant au passage 10 000 ans de l'histoire de notre forêt et du climat dans la région. Ces enseignements sont notamment rendus possibles grâce à la présence des sphaignes, formatrices de la tourbe (j'y reviens un peu plus bas).

Mare australe de Belle Croix, Forêt de Fontainebleau
Dans la Mare australe de Belle Croix, Forêt de Fontainebleau ont distingue la sphaigne et
les touradons qui se sont formés en surface (relire l'article cité en introduction)

La sphaigne, vous le savez certainement, c'est une sorte de mousse et pour le néophyte, cela s'arrête souvent là ! D'ailleurs j'avoue volontiers que je serai bien incapable de distinguer les différentes espèces de Sphaigne. Si le genre Sphagnum regroupe de 1 510 à 3 500 espèces dans le monde (suivant les différentes nomenclatures botaniques), seule une trentaine de taxons sont présents en France. Mais franchement, ils sont difficiles à identifier sans l'aide d'un microscope !

Sphaigne (Sphagnum), Forêt de Fontainebleau, espèce non définie
Sphaigne (Sphagnum), Forêt de Fontainebleau, espèce non définie



La sphaigne se compose d'une tige principale avec des feuilles poussant directement sur cette tige et des rameaux formant comme des faisceaux, portant eux aussi des feuilles. Donc, on est en présence de deux types de feuilles et de deux types de cellules :
• les cellules chlorophylliennes ou chlorocystes sont vivantes, bien vertes et de petite taille sont situées sur la partie haute,
• les cellules hyalines ou hydrocystes sont mortes, plus grandes et ternes mais ces cellules continuent de stocker de l'eau grâce à des sortes de poches qui sont étanches même après la mort de la cellule.

Enfin, le capitule ou apex, situé tout en haut de la plante est constitué d'un bourgeon apical, qui va pousser continuellement mais lentement et refaire des feuilles en dessous. Poussant en touffe plus ou moins immergée, c'est donc souvent la seule partie visible de la plante ce qui rend sont identification délicate.  Les matières organiques mortes de la sphaigne (ou fossiles) accumulées forment donc progressivement une tourbière.

La principale caractéristique de la sphaigne est donc sa capacité à retenir de l'eau. Beaucoup d'eau ! Jusqu'à 26 fois leur poids sec selon l'espèce.
Les accumulations de sphaignes participent à la formation de la tourbière qui accumule 0,2 à 1 mm de tourbe par an. Cette lente croissance de la tourbe piège des témoins biologiques ou matériels des temps anciens. La palynologie (l’étude des pollens) et la paléopalynologie (celle des pollens « fossiles ») des tourbières permet de connaître très précisément les végétaux présents dans les temps anciens et le climat ! En général, 3 à 5 cm d’épaisseur correspondent à un siècle environ et certaines tourbières font jusqu'à 10 m d’épaisseur (en zone tropicale) ! 

Sphaigne (Sphagnum), Forêt de Fontainebleau, espèce non définie
Sphaigne (Sphagnum), Forêt de Fontainebleau, espèce non définie

Plusieurs espèces de sphaignes sont généralement trouvées dans une même tourbière. 24 sont décrites en IDF et 6 n'ont plus été observées depuis plusieurs années. Lorsqu'elles s'installent, elles forment des buttes où l’acidité du sol et l’oligotrophie augmentent progressivement la rétention d’eau. Au stade "ombrotrophe", la butte peut survivre juste avec l’eau pluviale. Parmi les espèces présentes à en Ile de France, la Sphaigne de Magellan (Sphagnum magellanicum) est une des espèces rares et uniquement présente ici, à Fontainebleau. Elle est déterminante pour la classement en ZNIEFF. Située quelques part sur les platières de Belle-Croix et Franchard, c'est dans ces tourbières qu'ont été  réalisés plusieurs sondage jusqu'à 3 m de profondeur pour mieux comprendre l’histoire et le climat de notre région comme évoqué plus haut et dont voici le schéma de coupe et ses enseignements d'après l'étude de Thiry et Liron (pour le détail de leur étude, téléchargez leur pdf).

Notez que la locution « before present » (BP) est utilisée en préhistoire, en paléontologie, en géologie et en climatologie pour désigner les âges exprimés en nombre d'années comptées vers le passé à partir de l'année 1950. Cette date a été fixée arbitrairement comme année de référence parce qu'elle correspond aux premiers essais de datation par le carbone 14 très légèrement postérieure aux premiers essais nucléaires qui ont perturbé la répartition d'isotopes utilisés en datation radiométrique.


schéma de coupe des carottages à Fontainebleau et ses enseignements sur le climat
 schéma de coupe des carottages à Fontainebleau et ses enseignements sur le climat
d'après l'étude de Thiry et Liron

Comme vous pouvez le voir sur le schéma, ces carottages ont également prouvé la présence de l'homme préhistorique à cet endroit de la forêt sans doute avant l'arrivée de la mare. Une présence qui doit probablement être rapprochée du site de gravures Mésolithiques du point de vue du Camp de Chailly situé à un peu plus de 2 km vers l'ouest où, en plus des gravures, il a été mis en évidence plusieurs foyers et un abondant matériel microlithique taillé.

Aujourd'hui les sphaignes sont menacées de disparition (tout comme le milieu dan lequel elles poussent). En effet, toutes les tourbières sont menacées par les drainages des zones humides. En outre, l'utilisation massive d'engrais chimiques dans les champs ont aussi nuit gravement au développement cellulaire des sphaignes. Elles ont pourtant un rôle cruciale tant pour la nature que pour certaines économies humaines (la tourbe a été utilisée comme combustible, matériel de construction mais aussi dans les produits hygiéniques). Les tourbières sont d'importants puits de stockage du carbone ; elles jouent un rôle de zone tampon diminuant à la fois le risque d'inondation en aval et de sécheresse estivale. L'évaporation et évapotranspiration des sphaignes rafraîchissent également fortement l'air.  Bien entendu, le biotope formé par ces accumulations humides de tourbe fournit aussi un habitat irremplaçable à un large éventail de plantes et d'animaux.

lundi 4 janvier 2021

Des paréidolies au Petrimundo de la Protohistoire en Forêt de Fontainebleau

Crâne bellifontain, Forêt deFontainebleau
Crâne bellifontain

Sans le savoir (et surtout sans les voir), chaque week-end, des milliers de promeneurs passent devant ce qui pourrait être les vestiges d’une civilisation inconnue. Une civilisation qui maitrisait totalement la magie forestière. Vous le savez, notre forêt de Fontainebleau est l'une des plus grandes et plus belles forêts de France. Entre ses arbres, des milliers de rochers aux formes fantastiques lui confèrent une atmosphère féérique qui n'a rien à envier à la légendaire Brocéliande... Les mystères historiques et géologiques qui entourent notre forêt laissent encore de la place pour les théories les plus ésotériques et farfelues. J'ai déjà évoqué à de nombreuses reprises les mythiques créatures et autres esprits de la forêt auxquels je consacre de nombreuses séries d'images. Ces paréidolies sont, pour les plus "sensibles", l'émergence des énergies astrales des esprits "élémentaux" qui passaient pas là. Mais se peut-il que ces créNatures soient en réalité les restes de sculptures parfois géantes qui témoigneraient d'un monde perdu ? Retour sur un témoignage un peu délirant comme on peut en lire parfois quand on s'intéresse avec passion à cette forêt aux travers de mes dernières images des CréNatures de Bleau.











Je m'intéresse à la Nature en général, que ce soit du monde animal, végétal, ou minéral,… et je prends souvent des photographies un peu « particulières » de ces sculptures dans le grès. Je me suis souvent demandé s'il y avait un rapport entre les contes et les légendes du monde, les histoires de notre enfance qui nous parlaient de petits êtres invisibles tels les « lutins », les « gnomes », les «fées », « les elfes » et la réalité ! Qu’elle soit réelle ou mythique, partout, la forêt possède une forte valeur spirituelle et culturelle. "L’arbre de vie" n'est-il pas mentionné dans de nombreux mythes fondateurs de pays forestiers y compris ceux qui ont été déforestés depuis. Dans beaucoup de ces pays, la forêt reste sacrée et respectée par les habitants et les croyances populaires font que l'on voue encore des cultes aux esprits forestiers !  

Ces histoires sont si nombreuses sur la planète, que l'on peut sans doute s'interroger sur la réalité de ce qui les a fait naître. La tradition orale des peuples anciens leur ont donné des noms, des formes, des aspects, des qualités…et des pouvoirs qui d'une civilisation à l'autre se rapportent souvent aux mêmes thèmes et la forêt n'y échappe pas ! 

Faisaient-ils partie de leur imaginaire, ou bien les anciens avaient-ils un rapport plus proche avec la  nature des choses qui nous sont invisibles et au monde dit « magique »…? Les Anciens étaient-ils plus « ouverts » que nous pour percevoir d’autres mondes vibratoires... Pourquoi pas ! Après tout, cette proximité de la nature en faisait  « leur » monde habituel et ils le côtoyaient quotidiennement… 


Alors, je sais, vous allez encore me renvoyer à mes paréidolies ! 
Sans doute, mais... peut être que...

Une paréidolie (du grec ancien para-, « à côté de », et eidôlon, « apparence, forme ») est une sorte d’illusion d’optique. C'est cette étonnante capacité de notre cerveau à « donner du sens » là où il n'y en a pas à première vue, et dont les mécanismes sont encore mal connus. Elle consiste à associer un stimulus (ici visuel) ambigu à un élément clairement identifiable, comme une forme humaine ou animale. Les exemples dans notre vie courante sont légions comme ces formes familières perçues dans les nuages, les rochers, les paysages et les objets. La paréidolie est aussi la base du célèbre test de Rorschach où le sujet donne un sens à des tâches d’encres qui lui sont présentées en fonction de ses propres représentations mentales, donnant ainsi un aperçu de certaines de ses dynamiques psychiques.

Bien qu'elle puisse apparaître à la suite d'un dysfonctionnement du cerveau, la paréidolie est généralement causée par notre tendance naturelle à assimiler des perceptions nouvelles à celles déjà connues et répertoriées. Cette faculté est d'ailleurs peut-être un héritage de notre passé animal qui nous aurait conféré un "avantage évolutif" en nous dotant d'une hypersensibilité à détecter une présence mais pas nécessairement avec précision. Un avantage parce que dans un milieu hostile comme la nature, détecter un prédateur ou une proie est synonyme de survie. Mais aujourd'hui, cette sensibilité nous fait commettre des erreurs, presque toutes dans la même « direction ». Ces faux positifs qui nous font reconnaître une présence qui n'est pas là,  seraient certainement salvateur. Mieux vaut sursauter et prendre la fuite que de s'exposer au danger !












Mais voilà, ces perceptions (qui ne sont d'ailleurs peut être que des projections de notre esprit), ces sculptures naturelles, ces CréNatures comme j'aime à les appeler, sont trop nombreuses en forêt de Fontainebleau de l'avis de certains pour n'être que le fruit de l'érosion et de l'imaginaire ! Voilà comment certains visiteurs franchissent un pas dangereux vers la théorie du complot à la recherche des Anomalie Archéologiques et Historiques.


"Celui qui ne croit pas à l'intelligence de la nature et des choses, celui qui ne croit pas au langage des pierres, du bois et de l'eau, est un être-matière borné dans ses perceptions et ses sensations subtiles ; il est irrémédiablement condamné à l'épais et au dehors." 
Robert Charroux 

Cette citation est l'introduction d'un chapitre que Robert Charroux consacre à ce qu'il appelle le "Petrimundo", un monde pétrifié, très ancien, où la nature préfigure le monde vivant à travers une débauche de formes animales et humaines. Le Petrimundo c'est "le miracle des rochers zoomorphes et anthropomorphes de France, du Pérou, du Brésil et de Roumanie." 

"Plus que tous les autres, le site de Fontainebleau est un parc zoologique abritant une incroyable variété d'animaux. On y trouve, en pleine liberté, mais minéralisés en quelque sorte, des singes, des rhinocéros, des serpents volants, des oiseaux, des dinosaures, des crapauds, des félins, des agneaux, des ours, des hippopotames, des tortues, des cachalots, des otaries, des hiboux, des éléphants, etc. Et aussi un sphinx et des têtes humaines merveilleusement sculptées."

Charroux n'ignorait pas le phénomène de la paréidolie mais trouvait que le hasard, s'il existe, avait bon dos ! "Le hasard seul ne peut expliquer la profusion de formes animales qu'adoptent les rochers d'un certain lieu" répondait-il. 

« Deux hypothèses peuvent expliquer le petrimundo de Fontainebleau : caprice de la nature et travail des hommes de la préhistoire. Incontestablement, la seconde proposition doit être éliminée, car le rocher, de grès très dur, porte encore son écorce naturelle, du temps où elle (sic) se solidifia à l'air libre, il y a environ trente millions d'années. La première proposition, a priori, n'est pas satisfaisante.

Car le calcul des probabilités qui expliquerait les représentations zoomorphes les plus simples : otaries, serpents, tortues, n'autorise pas un caprice qui porterait sur l'enfantement de trois éléphants, avec leur trompe, leurs yeux, leur queue, leur corps et leurs pattes. Force est donc de revenir à la thèse de la volonté consciente de la Nature de procréer, c'est à dire de s'essayer à l'ébauche des formes futures de sa création la plus élaborée.

C'est l'explication la plus rationnelle, quelle que soit son apparence incroyable et miraculeuse. Le petrimundo de Fontainebleau est, à notre point de vue, la manifestation de l'intelligence de la matière. »

Ce crâne de Ptérosaure a t-il été moulé dans les grès par une antique civilisation ? 



Voilà qui est déjà intrigant mais certains vont encore plus loin ! Aucun éléphant n'a apriori évolué dans cette partie du monde, même à une époque lointaine. Mais que sait-on vraiment du passé de notre planète ? Nos ancêtres, dans les grottes, peignaient leur quotidien et les animaux qui les entouraient. Alors une mystérieuse civilisation n’a-t-elle pas tout simplement voulu, elle aussi, retranscrire les animaux de la vie quotidienne dans les grès de Fontainebleau ?  Des tailleurs de pierre, on va passer à la théorie des roches moullées très utilisée pour justifier les ajustement millimétriques des pierres des pyramides sud américaines ou égyptiennes ! Une civilisation disparue vivaient-elle à Fontainebleau en ayant le pouvoir de mouler les grès ?

Les plus étonnantes de ces sculptures forment un véritable bestiaire (voir mon bestiaire) mais dont certains secteurs sont si fournis qu'ils ont conduit plusieurs personnes à se torturer l'esprit. "Est-ce l'effet du hasard si ces rochers insolites sont groupés comme s'ils avaient appartenu à d'anciens centres rituels, notamment dans les gorges et le chaos d'Apremont ?" Et comme par hasard, ces lieux-là ne sont-ils pas les plus puissants en terme géobiologique ? Vous avez dit géobiologie ? Oui, là, on bascule dans le monde des pseudo-sciences et l'occultisme. Et Fontainebleau a ses fidèles ! Parmi eux, un certain Serge Hutin dont je ne résiste pas à vous livrer ici un long extrait de ses théories. Il est vrai que pour celui qui s'aventure dans ce monde étrange et sulfureux de l'occultisme, il est vite difficile de "raison garder". L'enthousiasme et la curiosité toujours inassouvie de Serge Hutin l'entraînait à côtoyer certaines limites qu'il lui arrivait parfois de franchir. 












"Il existe, répartis à travers le monde, de multiples témoignages rocheux que l'on verse au nombre des «fantaisies de la nature», et qu'il serait donc absurde d'attribuer à la quelconque volonté délibérée d'un ou plusieurs hommes. Sur les côtes françaises de la Manche se dresse un rocher appelé «chapeau de Napoléon» d'après sa forme si caractéristique, mais ce témoignage curieux de l'érosion marine existait plusieurs millions d'années avant la naissance de l'illustre Empereur ! 

Est-ce à dire que tout rocher ayant une forme précise et significative soit à ranger parmi ces innombrables jeux naturels de l'érosion ? On rencontre, en certains sites, répandus à travers le monde, des formations qui poseraient au contraire l'irritant problème d'une possible action délibérée de la main de l'homme. 

La question se poserait tout spécialement à propos de toute une série de formations rocheuses du vaste massif forestier de Fontainebleau. Bien connues, pour nombre d'entre elles, des randonneurs familiers du site, voire des simples promeneurs du dimanche, se réduiraient-elles vraiment toutes à de purs et simples jeux géologiques de la nature ? 

A propos de certaines, une réponse négative s'imposerait : il semble en effet s'agir manifestement non du séculaire effet naturel de l'érosion progressive des grès mais d'authentiques sculptures, bel et bien réalisées par une ou des mains humaines. L'exactitude des contours s'y avère vraiment trop précise pour que le jeu des forces naturelles suffise à l'expliquer. 

Et ce félin lové dans les landes des Trois Pignons ?



Il en est plusieurs exemples caractéristiques. Dans la zone forestière qui avoisine le village célèbre (si cher aux peintres) de Barbizon, on trouve un rocher de vaste dimension, à nul autre pareil, nommé d'après sa forme, «l'éléphant de Barbizon». 

Il serait impossible d'y voir l'effet du jeu automatique de l'érosion au fil des siècles. Il s'agit manifestement d'un rocher qui fut bel et bien sculpté - et par quelqu'un doté, pour l'époque primitive où il œuvrait, d'une habileté artistique hors du commun. Non seulement le contour du gros animal se trouve aisément reconnaissable, mais sa position prise, loin d'être stéréotypée, se trouve comme observée, prise sur le vif. Un sculpteur animalier réaliste moderne n'aurait pas fait mieux ! 

Personnellement, en dehors de celui de Barbizon et du Rocher homonyme de Larchant, ma préférence va à celui du Général...dans les Trois Pignons.

Autre témoignage significatif : le gros rocher en forme d'ours (l'animal se reconnaît d'emblée) situé juste au centre du fond des gorges de Franchard. Et il y a ce détail étrange : l'ours y est figuré la tête tournée vers le ciel - et pas n'importe où, puisque le regard de l'animal se dirige vers le nord, indiqué par l'Étoile polaire dans la constellation de la Grande Ourse. 

Ce n'est pas tout : à de nombreuses reprises, on trouve dans le massif de Fontainebleau un rocher figurant (là encore, avec une exactitude figurative vraiment remarquable) une tortue géante avec sa carapace. (voir mes images de la Tortue luth de Fontainebleau) Il existe aussi plusieurs rochers qui reproduisent, eux, une otarie avec un réalisme tout aussi saisissant, excluant donc d'éventuelles fantaisies de la nature. 





Chose curieuse, l'hypothèse même que certains des rochers de la forêt de Fontainebleau aient ainsi été sculptés de la main de l'homme (et, n'hésitons pas à le dire, par de véritables artistes de leur lointaine époque), fait tout de suite hausser les épaules de la majorité des archéologues professionnels. Ne s'agirait-il pas tout bonnement - nous serinent-ils - des effets, pouvant prendre une allure volontiers déconcertante avouons-le, de l'érosion naturelle s'exerçant au long des millénaires sur les formations rocheuses en grès ? 

Quant aux rares roches qui, comme le fameux éléphant de Barbizon ou les tortues de Franchard, semblent manifester la main de l'homme, il s'agirait, disent les sceptiques, de réalisations toutes modernes, sculptées à leurs moments perdus par un ou deux amoureux de randonnées solitaires en forêt. 

Cela aurait pu commencer avec les grands sylvains Denecourt et Colinet (ces deux éminents gardes forestiers qui, au fil des ans, réalisèrent au siècle dernier la première exploration méthodique du massif forestier - mais ces deux hommes, aux multiples qualités,... ne savaient pas sculpter), pour se poursuivre par les divertissements ultérieurs de quelque promeneur artiste. La preuve en serait - poursuivent les sceptiques - la présence dans ces quelques authentiques rochers sculptés d'espèces animales (l'éléphant, l'otarie, les tortues géantes) totalement absentes de la région même aux époques lointaines. Mais j'ajouterais tout de suite : qu'en fut-il autrefois ?

A mon avis, les rochers sculptés de la sylve bellifontaine furent bel et bien réalisés à une époque que je situerais dans ce qu'on nomme la protohistoire (car, plus haut dans le temps, l'usure se serait fait lourdement sentir où la faune comprenait une série d'espèces animales disparues depuis (dont l'éléphant et les ours). Sans doute même faudrait-il admettre la survivance (d'où la présence de quelques otaries) d'un assez vaste résidu aquatique laissé par la mer, qui avait longtemps occupé le site. Un point important pour l'étude de ces rochers manifestement sculptés de la main de l'homme (avec la possibilité d'avoir su accentuer les contours suggérés à l'origine par une formation matérielle), serait de ne pas les considérer comme des jalons isolés mais comme ayant fait partie d'un ensemble, fort complexe, d'itinéraires initiatiques à parcourir, jalonnant une série d'épreuves à subir par des rites ressortissant tout à la fois de la magie et des croyances religieuses primitives.

Ces rites se trouvaient, selon toute vraisemblance, accomplis de nuit, à la seule clarté des étoiles et de la lune. Avec un foyer rituel spécialement disposé en des points précis du parcours. Il a du exister dans la forêt plusieurs de ces parcours initiatiques. L'un, qui se déroulait dans les gorges de Franchard, devait se terminer par la vision subite - éclairée par la lumière polarisée de la lune - de l'ours géant au regard dirigé vers l'étoile polaire.


La Tortue du Rocher Châtillon


Un autre devait culminer dans la grotte la plus vaste de la forêt : la caverne d'Augas, qui devait jouer à l'époque protohistorique le rôle d'un véritable temple.
Depuis de nombreuses années, la caverne d'Augas s'est hélas trouvée presque complètement ensablée (effet du ruissellement des eaux). Cela vaudrait sans doute la peine d'y pratiquer des fouilles. Je me souviens, tout enfant (en 1936), alors que la caverne d'Augas, alors fort accessible parce que très partiellement ensablée, comportait deux grands rochers sculptés (dont l'un, si je me souviens bien, avait la forme d'un crocodile), que le gardien nous éclairait - vision hallucinante - de sa petite lampe.

[...]Quant aux gorges de Franchard, le site a tout pour avoir été utilisé pour un long parcours initiatique nocturne : lent cheminement circulaire au sommet, jalonné par quelques passages un peu difficiles et de petites grottes ; puis l'itinéraire amenait lentement les récipiendaires vers le bas, pour leur faire atteindre la sculpture centrale : ce grand rocher en forme d'ours, au regard dirigé vers l'étoile polaire.

Évidemment, il est facile aux géologues de nous faire remarquer avec raison que les chaos de grès bellifontains existaient déjà par l'effet d'une formation toute naturelle, avant l'apparition de populations humaines dans les sites en question - ceux de Franchard comme les autres. Pourtant, si ces sites existaient auparavant, ils furent modifiés en vue, par la suite, de leur utilisation pour la célébration de mystères rituels.
[...]
Malgré les haussements d'épaules des archéologues obstinément sceptiques, de nombreux clichés photographiques - nous pensons à ceux réunis par Edith Gérin et aussi par Marc Schweizer, - des curiosités qui peuplent le si vaste massif forestier de Fontainebleau apportent la réponse (définitive selon nous) à l'obsédante question : oui ou non, certains des rochers de Fontainebleau, voire bon nombre d'entre eux, attesteraient-ils une intervention délibérée de la main de l'homme ? En tenant évidemment compte que dans certains cas, les sculpteurs anonymes du lointain passé aient pris pour point de départ des formes suggérées par une quelconque fantaisie de la nature.

Il ne serait pas sans intérêt de signaler la découverte faite au début des années 60 par un vieil ami : le grand poète vénézuélien, et archéologue amateur Robert Ganzo. Découverte, dans la partie du massif forestier située sur le territoire de Milly-la-Forêt, d'une grotte de très faibles dimensions (il nous la fit visiter), mais présentant l'originalité d'avoir toutes ses parois recouvertes d'une écriture dont les caractères évoqueraient tout de suite l'idée d'une forme primitive de l'alphabet cunéiforme du Moyen-Orient. (L'auteur fait-il référence à certaines cavités ornées de gravures rupestres inconnues ? Sur les gravures, je vous invite plutôt par commencer à relire mon article sur cette page. )

Voyez l'ouvrage (malheureusement épuisé) de Robert Ganzo : L'histoire avant Sumer. Un black-out archéologique à peu près total se trouva hélas établi d'emblée sur ladite découverte, pourtant indéniable. Pourquoi donc ? Parce qu'elle allait à contre-courant d'une idée consacrée : celle de l'origine moyen-orientale de l'écriture cunéiforme. Que fallait-il donc conclure de la découverte d'une forme primitive de celle-ci sur le futur territoire de la Gaule ? [...]

Chose curieuse, la forêt de Fontainebleau, au si riche folklore légendaire, n'a pas utilisé - semble-t-il - les rochers et cavernes pour l'alimenter. Signalons pourtant une bien curieuse tradition, mais rapportée non par un auteur français, mais par une Anglaise, Enid Eaton (qui lui a consacré tout un livre). Selon elle, il existerait sous le massif forestier de Fontainebleau une immense cité souterraine d'époque antédiluvienne - et où, chose tout aussi étrange, se trouverait caché le trône du souverain secret de la France. Car, suivant cet auteur, l'ancienne France aurait toujours eu, en parallèle, deux souverains : celui qui occupe l'Histoire connue, et un monarque secret, veillant, lui, sur la destinée occulte de notre nation. Plus exactement, ce souverain disposerait, toujours suivant le même auteur - d'un second trône dissimulé dans les profondeurs de l'île de Tombelaine (qui fait face au Mont Saint-Michel). Laissons-lui l'entière responsabilité de ses affirmations ! [...]

Chose curieuse, aucune œuvre majeure (fantastique ou de science-fiction) ne semble s'être inspirée des secrets de la forêt de Fontainebleau. Lieu mystérieux, énigmatique entre tous, pourtant...

(Serge Hutin et Science & Magie, 1991)


L'œil veille sur les esprits de la forêt de Fontainebleau