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lundi 11 mars 2024

[FICHE ESPECE] Connaissez vous la Scille à deux feuilles, l'étoile bleue de Fontainebleau ?

Début mars, l'arrivée du printemps se caractérise par la sortie des premières fleurs dans les sous-bois et parmi ces fleurs, la petite et discrète étoile bleue de la Scille à deux feuilles (Scilla bifolia)  se fait rare en forêt de Fontainebleau. C'est finalement en dehors de la domaniale, que j'ai trouvé la plus belle station du Pays de Fontainebleau avec plusieurs dizaines de pieds. Il faut dire que la plante pousse dans des sous-bois frais, plutôt ombragés et humides, sur un sol généralement riche et argileux où elle fleurit de mars à avril. Si elle est assez commune dans le centre et l'est de la France, jusqu'à 1 500 m d'altitude, elle est peu présente en Ile-de-France où elle fait partie des espèces déterminantes des ZNIEFF et presque nul dans l'Ouest et la région méditerranéenne. Donc, une fois encore, on observe mais on ne cueille pas !

Scille à deux feuilles (Scilla bifolia), Pays de Fontainebleau
Scille à deux feuilles (Scilla bifolia), Pays de Fontainebleau



Comme son nom l’indique, cette scille ne possède que deux feuilles ou très rarement trois. Sa tige est très fine, de couleur vert brun rougissant et ramifiée vers le haut. Les fleurs sont peu nombreuses et atteignent rarement le nombre maximum de huit par plante. Il y a donc très peu de confusion possible à cette époque de l'année. D'ailleurs, à l'endroit où j'ai pris ces images, il pousse actuellement des plants d'ail des ours et des ornithogales (qui donneront plus tard des fleurs blanches) ainsi que des anémones Sylvie et bientôt des jacinthes des bois.

Caractéristiques :

- Plante vivace de 10-25 cm, glabre, à bulbe petit, ovoïde, blanchâtre 
- tige grêle, dressée 
- 2 feuilles embrassant la tige jusqu'au milieu et presque aussi longues qu'elle, dressées et étalées,  lancéolées, concaves et obtuses au sommet, lisses 
- fleurs bleues, parfois roses ou blanches, 3-8 en grappe étalée en corymbe lâche 
- pédicelles dressés, nus, les inférieurs 3-4 fois plus longs que la fleur 
- filets lancéolés, d'un tiers plus courts que le périanthe, longs de 6-8 mm
- anthères bleuâtres 
- capsule globuleuse trigone, obtuse 
- loges à 5-6 graines munies à la base d'un renflement.

Scille à deux feuilles (Scilla bifolia), Pays de Fontainebleau
Scille à deux feuilles (Scilla bifolia), Pays de Fontainebleau




Plante de la famille des Liliaceae selon la classification classique. La classification phylogénétique APG II (2003) la place toutefois dans la famille des Hyacinthaceae ; la classification phylogénétique APG III (2009) la classe dans la famille des Asparagaceae

L'UICN en France la classifie en LC Préoccupation mineure avec un risque de disparition de métropole faible. Depuis 2011, elle est inscrite sur la liste rouge régionale de la flore vasculaire d'Île-de-France. (Natureparif, MNHN, CBNBP, Paris. 80 pp). 














mercredi 29 juin 2022

[ESPECE] Epipactis des marais le plus beau représentant du genre !

Epipactis palustris, Epipactis des marais, Fontainebleau
Epipactis palustris
est sans doute le plus bel épipactis visibles dans le Pays de Fontainebleau. En effet, ses délicates fleurs blanches ne sont pas rappeler certaines orchidées horticoles. Comme son nom le laisse supposer, l'épipactis des marais pousse dans des lieux humides, en pleine lumière, ainsi que dans des sous-bois clairs et humides et jusqu'à 1 500 m d'altitude. 

Bien que rare, il est présent dans de nombreux départements de France métropolitaine, mais l'espèce est en régression du fait de la destruction de son habitat, en particulier la diminution des zones humides. Elle est donc classée NT : Quasi menacée mais ne bénéficie d’aucune protection particulière ce qui fait qu’on la trouve parfois chez des revendeurs ! Les zones propices à sa rencontre en forêt de Fontainebleau et dans le sud de la région Ile-de-France sont donc assez limitées.

Epipactis palustris, Epipactis des marais, Fontainebleau
Epipactis palustris, Epipactis des marais, Fontainebleau



Les jeunes pousses d’Epipactis sont visibles dès le début du printemps tandis que la floraison s’étale de la fin du printemps jusqu’à l’été (juin, juillet). Suite à la floraison, le feuillage fane puis disparaît complètement en hiver. Durant cette saison, les Epipactis persistent sous forme de rhizomes. Ces orchidées sont très résistantes au froid et peuvent localement former des colonies importantes. En Île-de-France, il fleurit de fin juin à début juillet. Ses pollinisateurs sont des coléoptères (Rhagonycha fulva), des œdémères (Oedemera nobilis), des diptères (Sphaerophoria scripta, Chloromyia formosa) ou des hyménoptères – (fourmis, abeilles, guêpes, bourdons) qui se cachent souvent derrière la fleur lorsque le photographe approche... 
Epipactis palustris, Epipactis des marais, Fontainebleau
Epipactis palustris, Epipactis des marais, Fontainebleau

L'épipactis des marais possède une tige (20 à 60 cm) verte teinté de pourpre et couverte de poils au niveau des fleurs. Les feuilles sont ovales à lancéolées, réunies au bas de la tige, pliées et dirigées vers le haut. Les bractées sont étroites et courtes. Les fleurs sont grandes (12 à 18 mm), assez nombreuses, généralement horizontales à légèrement pendues. Les sépales sont verts veinés de pourpre et les pétales sont de couleur générale blanche et carmin à la base contrastant avec le labelle blanc. Le labelle est formé de deux parties distinctes, bien séparées par un étranglement : l'hypochile en forme de coupe contient peu de nectar, il est blanc veiné de rouge violacé ; l'épichile en forme de gouttière est blanc avec des crêtes jaunes près de l'étranglement. L'ovaire duveteux est attaché à la tige par un long pédicelle.

Epipactis palustris, Epipactis des marais, Fontainebleau
Epipactis palustris, Epipactis des marais, Fontainebleau



mardi 14 juin 2022

[ESPECE] A quoi ressemble l'Épipactis rouge sombre, cette petite orchidée sauvage présente à Fontainebleau ?

Épipactide rouge sombre, Épipactis rouge sombre, Épipactis brun rouge, Épipactis pourpre noirâtre, ou encore Helléborine rouge sont autant de noms pour désigner la même petite orchidée sauvage l'Epipactis atrorubens

J'ai déjà évoqué ce genre sur le blog avec la découverte en 2020 de l'une des plus rares en forêt de Fontainebleau, l'Epipactis microphylla Il est temps de parler de sa sœur aux fleurs colorées.

Epipactis artorubens, Forêt de Fontainebleau
Epipactis atrorubens, Forêt de Fontainebleau


Le genre Epipactis est assez peu représenté en France et le nombre d'espèces dans le Pays de Fontainebleau est assez limité avec seulement 4 à 5 espèces. Ce sont des plantes à rhizomes, dont certaines sont très inféodées à leur biotope (forêt, marais…). 

Notre Atrorubens quand elle fleurit mesure de 15 à 50 cm de haut. Ses feuilles sont ovales, lancéolées et ses toutes petites fleurs d'un magnifique rouge sombre au très léger parfum de vanille s'agitent au bout d'une tige plus ou moins longue de début juin à mi-juillet dans la région... C'est une plante assez commune des sols squelettiques, des éboulis ou des sols sableux sur substrat calcaire et secs. Héliophile, on peut la rencontrer sur des dunes, des pelouses ou bois clairs, du niveau de la mer jusqu'à 2 400 m d'altitude environ.







Sa tige est légèrement velue, ses feuilles sont alternées et engainantes. L’épichile des fleurs (partie extérieure du labelle) est pourvu de boursouflures très développées et rugueuses, ce qui constitue le principal critère d’identification même s'il y a peu de risques de confusion, d'autant que cette espèce est assez peu variable. Les rosettes des feuilles sont aussi très caractéristiques de l'espèce et apparaissent au début du mois d'avril avec feuilles vertes nervurées et bordées de pourpre. Elle peut être localement abondante mais devient rare sur la partie ouest de la France. 

Epipactis artorubens, Forêt de Fontainebleau
Epipactis atrorubens, Forêt de Fontainebleau




vendredi 3 juin 2022

Dammarie Les Lys autorise la destruction d’une centaine orchidées sauvages pour la construction d’un Burger King !

Vous le savez, je suis assez fan des orchidées sauvages. Comme je l'ai déjà écrit ici plusieurs fois, sur les 160 espèces observables en France métropolitaine, seule une trentaine sont présentes dans le sud de l’Ile-de-France dont certaines sont très menacées. La récente découverte de 4 panneaux de permis de construire à Dammarie les Lys (77) m'amène donc à pousser un appel à l'aide et un coup de gueule !

Lors de la rédaction de mon guide photographique sur l’identification des orchidées, j’ai pu observer la présence d'au moins 3 espèces en pleine ville sur le territoire de la commune :

- l'orchis bouc (Himantoglossum hircinum)

- l'orchis Pyramidal (Anacamptis pyramidalis)

- l'Ophrys abeille (Ophrys apifera)


Anacamptis pyramidalis
Anacamptis pyramidalis


Himantoglossum hircinum
Himantoglossum hircinum


Ophrys apifera
Ophrys apifera


L'orchis bouc est présente sur divers talus et friches de la ville en petites colonies d'un à dix pieds. Ils  sont hélas régulièrement tondus par les services d'entretien de la voirie mais sa présence ne semble pas menacée.

En revanche, l'orchis Pyramidal et l'Ophrys apifera ne sont, à ma connaissance, visibles qu'en un seul secteur de la commune. En effet, Dammarie a la chance d’abriter l'une des plus belles stations  de Seine-et-Marne pour l'observation de ces trois espèces en un seul lieu : les pelouses humides des abords du rondpoint de la Justice (Chamlys). Sur celle qui fait face à Roc Eclerc, la floraison des trois espèces débute en mai et s'étale jusqu'à la fin juin. Plus trente pieds d'apifera y côtoient une soixantaine de Pyramidal et une dizaine d'orchis bouc ! La pelouse face à l'avenue de la liberté n'abrite que quelques pieds d'Orchis bouc. Enfin, le petit triangle face à l'allée du maraîcher abrite lui plus d'une trentaine de pied de cette même orchis.

Rond point de la Justice à Dammarie les Lys (77), les deux zones en rouge abritent plus d'une centaine d'orchidées sauvages qui seront sacrifiées pour un parking à droite, un BK à gauche... 

Hélas, déjà menacé par leur fauchage régulier en pleine période de floraison, le site fait maintenant l'objet de plusieurs permis de construire. L'un concerne un parking, l'autre un restaurant Burger King. Je ne doute pas de l'intérêt économique de ces projets pour la ville (qui compte déjà plusieurs de ces fastfood sans compter ceux des communes voisines) mais ils vont détruire le seul endroit de la commune où deux de ces orchidées peuvent être vues et l'un des sites les plus importants du Département hors ENS.

Alors, certes au regard de la Loi, ces petites plantes ne sont pas suffisamment menacées pour justifier l’arrêt du projet. En 2021 elles sont classées "Espèce de préoccupation mineure (LC)" par l'UICN. Mais Anacamptis et Apifera sont tout de même considérés comme étant des espèces déterminantes des Znieff (Zone naturelle d'intérêt écologique faunistique et floristique). 

Apifera (à gauche) et pyramidal


Pyramidal et O. Bouc


Pyramidal au pied du panneau


Localement ces espèces peuvent se raréfier. Par exemple, Apifera est considérée Quasi menacée (NT), proche du seuil des espèces menacées ou qui pourrait être menacée si des mesures de conservation spécifiques n'étaient pas prises, dans la région Haute-Normandie et Vulnérable (VU) en Picardie et Nord-Pas-de-Calais. En France, elle est protégée en Franche-Comté, Limousin, Nord-Pas-de-Calais et Meurthe-et-Moselle.

Mais quand même ! La ville sacrifie ici une bonne partie de sa biodiversité sur l’hôtel de la malbouffe ! Et ce d’autant plus que ces espaces sont aussi le refuge d’une importante faune aquatique présente dans les deux bassins qu'ils abritent.



Ce sont d’ailleurs ces bassins de drainage et de rétention des eaux qui auraient pu empêcher le projet de voir le jour car la loi protège depuis 1992 l’ensemble des zones humides (Art 211-1 et 2146-1 du Code de l’environnement). Hélas, il semble que le Conseil Municipal n’ait pas considéré ces zones comme essentiel à la biodiversité de la commune. Visiblement, Dammarie préfère fleurir artificiellement ses trottoirs de plantes horticoles que de protéger l’environnement.

 

O. Pyramidal


O. Bouc sur le futur parking


O. Pyramidal


Par ailleurs, les espaces qui bordent le rond-point sont indispensables au drainage de la chaussée les jours de pluie. Déjà très glissante et sujette aux inondations en cas d’orage, la bétonisation de ces pelouses risque fort d’augmenter la dangerosité de la chaussée de ce rondpoint déjà accidentogène. 

Le délai légal pour s'opposer aux permis est hélas dépassé et le Conseil Communautaire du 7 mars dernier n'a pas ne s'y est pas opposé ! Je sollicite votre aide pour faire imposer, à défaut d'empêcher ces constructions, des mesures permettant d’assurer la protection des automobilistes, des zones humides et, pour tenter de sauver ces rares orchidées sauvages. 

Les orchidées sont très fragiles et il est presque impossible de tenter une transplantation sur d’autres pelouses calcaires de la commune. Toutefois, certains orchidophiles passionnés semblent avoir obtenus de bons résultats (voir cet article de France Orchidées). Je propose donc que des mesures conservatoires soient prises immédiatement (avant fin juillet) pour prélever un maximum de pieds d'orchidées avec leur terre (10 cm autour et 20 cm de profondeur au moins) et de les installer sur d'autres pelouses calcaires et talus de Dammarie-les-Lys. 

À l'heure où la sauvegarde de l'environnement est devenue une urgence climatique, je ne doute pas que vous ferez le nécessaire. N’hésitez pas à interpeller vos élus locaux et régionaux, les candidats aux législatives, la préfecture, le Département, etc.

mardi 10 mai 2022

[ESPECE] Ophrys araignée ou petite araignée, les deux sont menacées par le réchauffement climatique

Critères de détermination de l'Ophrys araignée (O. Sphegodes ou aranifera) Pays de Fontainebleau
Ouvrir un guide et tenter l'identification d'une ophrys sur une seule photographie ou se plonger dans Internet où il y a tellement d'articles et photos contradictoires, c'est le cauchemar garanti ! Accrochez-vous bien car les variations sont telles et les hybridations si nombreuses qu'un doute subsistera souvent. Il faut donc parfois se faire une raison : il existe au sein des Ophrys de très nombreuses variations et qui ont été en plus, parfois décrites comme des espèces locales. En fait, le plus souvent ce ne sont que des sous espèces ! C'est le cas des Ophrys araignée et petite araignée... Comme c'est la période de floraison de nos orchidées sauvage dans le sud Ile-de-France (77 et 91), il est temps de vous présenter l'Ophrys araignée dont je viens de mettre à jour la description dans mon guide PDF à télécharger ! L'occasion aussi de vous parler d'une étude scientifique sur l'incidence du réchauffement climatique sur la reproduction de ces fragiles petites fleurs et de remercier Christine pour leur localisation.

L'Ophrys petite araignée (Ophrys araneola) par exemple dite aussi Ophrys litigieux (Ophrys litigiosa) ou Ophrys verdissante (Ophrys virescens) est une petite orchidée sauvage qui est désormais considérée comme une sous espèce de l'Ophrys araignée (O. sphegodes). La petite se nomme donc désormais scientifiquement : Ophrys sphegodes subsp. araneola. Cette fleur a longtemps été considérée comme une espèce à part entière mais qui hélas, ne se distinguait de sa grande sœur, que par une difficile et incertaine comparaison.

Les différences sont minimes et d'ordre morphologique (fleurs plus petites, sépales plus ou moins grands par rapport au labelle, couleurs des pétales et sépales), d'ordre géographique mais aussi donc calendaire (floraison plus ou moins précoce). 

Araneola est donc réputé plus précoce en date de floraison (début mars) qu'Aranifera début avril (dans les régions où on peut trouver les deux) mais les deux cohabitent souvent sur la même pelouse et, suivant la période de visite, il y avait plus de l'une ou de l'autre. Les fleurs de la petite araignée, comme son nom le laisse supposer, sont un peu plus petites (de quelques millimètres sur un labelle qui dépasse rarement un centimètre (la taille d'un ongle) c'est difficile à estimer. Généralement ce labelle semble "minuscule" car entouré par de longs pétales et sépales. Il est souvent plus rond et margé de jaune mais sans gibbosité (alors qu'Aranifera est plus allongé et aussi margé de jaune mais cette partie étant repliée vers l'arrière la plupart du temps, cela ne saute pas aux yeux). 

Bref, mieux vaut parler d'Ophrys araignée donc Sphegodes ou aranifera que de se risquer à la sous-espèces finalement assez rare dans notre région. D'ailleurs, pour revenir à ce que je disais en introduction, vouloir identifier une espèce à travers les photographies laisse souvent un doute. Mieux vaut ne pas se fier au dessin de la macule. C'est pourquoi, sur les photographies de mes guides et fiches espèces, j'indique clairement les critères de détermination. 

Critères de détermination de l'Ophrys araignée (O. Sphegodes ou aranifera) Pays de Fontainebleau
Critères de détermination de l'Ophrys araignée (O. Sphegodes ou aranifera) Pays de Fontainebleau


Ophrys araignée et petite araignée se caractérisent par des feuilles vert-bleu à aspect réticulé en rosette basale (comme les autre Ophrys), par une inflorescence de 4 à 10 petites fleurs sur des tiges de 10 à 30 cm. La fleur comporte deux petits pétales latéraux plus étroits à bords ondulés-crénelés de couleur verdâtre à brunâtre. Les trois sépales verts forment une structure protégeant le « gynostème ». Le labelle est brun rougeâtre pratiquement entier, à pilosité marginale claire et bordure généralement jaune (parfois orange) et il porte des marques grises ou bleutées voir violettes en forme de ‘H’ ou X au centre de la partie supérieure du labelle, ce qui le fait ressembler à l’abdomen d’une araignée. De chaque côté du champ basal, il y a deux petites boules luisantes, dont l’aspect globuleux et la couleur leur donnent l’aspect d’yeux, c’est pourquoi, on les appelle les « pseudo-yeux ». 

C’est grâce à cette morphologie spécifique du labelle et aux substances attractives émises, que la pollinisation se fait par l’abeille Andrena nigroaenea

C'est une plante de pleine lumière poussant sur un substrat calcaire dans les pelouses, garrigues, et bois clairs. Elle est plutôt précoce en Seine et Marne avec une floraison début avril, voir mi-mars sur certaines pentes dans la variante petite araignée. Les fleurs fanant très rapidement après la fécondation ce qui amène souvent à penser à tort que certains pieds sont hypochromes. On le voit bien quand il ne reste que la fleur sommitale pour comparer.

Ophrys araignée (O. Sphegodes ou aranifera) Pays de Fontainebleau
Critères de détermination de l'Ophrys araignée (O. Sphegodes ou aranifera) Pays de Fontainebleau


Critères de détermination de l'Ophrys araignée (O. Sphegodes ou aranifera) Pays de Fontainebleau


Critères de détermination de l'Ophrys araignée (O. Sphegodes ou aranifera) Pays de Fontainebleau


Des plantes menacées par le réchauffement climatique !

Le professeur Michaël Hutchings de l’université du Sussex (Grande-Bretagne) affirme avoir prouvé que le réchauffement climatique perturbe bien les interdépendances entre la plante et son polinisateur. Ses travaux publiés dans Botanical journal of the Linnean society démontrent en effet que les relations entre l’ophrys araignée, Ophrys sphegodes, et son pollinisateur associé, l’hyménoptère Andrena nigroaenea, se dérèglent à mesure que les températures printanières montent. La démonstration court sur les trois derniers siècles, période où la température moyenne mondiale n'a crû que de 1°C.

Le succès de la reproduction de l’ophrys araignée repose sur un timing précis. Outre son appendice velouté et son labelle, qui imite à la perfection l’abdomen d’une femelle d’Andrena nigroaenea, la fleur. diffuse également des substances chimiques similaires aux phéromones pour attirer les mâles. Ceux-ci émergent quelques jours après la floraison et avant les femelles. Pour sa pollinisation, l’orchidée sauvage profite donc d’une petite période où elle n’est pas concurrencée pour attiser la visite des hyménoptères bernés par une pseudo-copulation. Mais la plante et son pollinisateur ne réagissent pas de la même façon à la hausse des températures.

Ophrys araignée (O. Sphegodes ou aranifera) Pays de Fontainebleau

Critères de détermination de l'Ophrys araignée (O. Sphegodes ou aranifera) Pays de Fontainebleau


Critères de détermination de l'Ophrys araignée (O. Sphegodes ou aranifera) Pays de Fontainebleau


Critères de détermination de l'Ophrys araignée (O. Sphegodes ou aranifera) Pays de Fontainebleau


Ce que l’équipe de Michaël Hutchings a découvert, c’est qu’avec la hausse des températures, ces trois étapes se produisent plus tôt dans l’année mais pas à la même vitesse. Pour 1°C supplémentaire, le pic d’émergence des insectes mâles se déroule 9,2 jours plus tôt, celui des femelles 15,6 jours tandis que les fleurs ne glissent que de 6,4 jours. Lorsque le printemps est chaud, l’intervalle de temps entre l’émergence des insectes mâles et femelles diminue fortement, mais plus grave, la sortie de l’hibernation du pollinisateur s’opère avant que l’orchidée ait eu le temps de fleurir. La fleur se retrouve donc en compétition avec les femelles. Et les insectes mâles préfèrent évidemment s’accoupler avec les membres de leur espèce plutôt que d’opérer une pseudo-copulation avec une fleur.

Pour mesurer ces évolutions, les chercheurs se sont appuyés sur les observations de terrain de la démographie des orchidées effectuées depuis le milieu des années 1970. Ils ont ensuite pu remonter jusqu’en 1848 pour calculer la date de floraison des ophrys grâce aux herbiers du Royal Botanic Gardens Kew et du British Museum de Londres tandis que les collections entomologiques du Natural History Museum et de l’université d’Oxford ont permis d’établir les dates annuelles des émergences des insectes depuis 1893. Grâce aux mesures de températures effectuées depuis 1659, les chercheurs ont pu estimer les dates d’émergence des insectes sur trois siècles. On sait ainsi désormais qu’entre 1659 et 1710, la sortie d'hibernation des insectes femelles ne précède la floraison des ophrys que dans 40 % des années. Entre 1961 et 2014, ce sont 80 % des printemps qui se révèlent défavorables à la reproduction de la fleur !

Très documentée, cette étude fournit une preuve indiscutable que la hausse des températures fausse des relations entre espèces essentielles pour leurs survies. Les écosystèmes sont ainsi remplis d’interactions entre espèces végétales et animales et entre animaux entre eux. Ainsi, la date de naissance des oisillons de la plupart des espèces d’oiseaux coïncide avec le pic de prolifération des insectes dont ils se nourrissent. La hausse des températures bouleverse ces équilibres, provoquant des effets que les écologues tentent d’évaluer. Bref, il est urgent d'agir...


jeudi 10 juin 2021

Mon nouveau guide pour identifier les orchidées sauvages du sud francilien

Depuis quelques années je publie assez régulièrement mes photographies des orchidées sauvages du Pays de Fontainebleau et du sud francilien. L'an dernier, j'avais mis en ligne un petit guide d'identification des Orchis et Ophrys. Fort de son succès, il était grand temps de le mettre à jour. La nouvelle édition prend donc la forme d'un fichier pdf de 48 pages à télécharger.

Couverture du Guide Identifier les orchidées sauvages d'Ile-de-France
Couverture du Guide Identifier les orchidées sauvages d'Ile-de-France

J'ai passé beaucoup de temps à faire les illustrations, c'est à dire à indiquer sur mes photographies, les principaux critères à observer pour identifier les orchidées que vous pouvez rencontrer dans vos randonnées ou en ville quand on pratique le fauchage tardif, en ville !

Ce nouveau guide présente donc 17 espèces des orchidées les plus remarquables et visibles plus 1 intrus parmi la trentaine d'espèces présentes en Ile-de-France (sur 160 en France). Je ne présente pas les hybrides et lusus pour ne pas vous embrouiller mais j'aurai grand plaisir à discuter de vos observations.

Identifier les orchidées sauvages d'Ile-de-France
Identifier les orchidées sauvages d'Ile-de-France

Mais voilà, vu le travail que cela représente, je vous propose le téléchargement de ce fichier pour 4,99€ ! Et à ce prix là, je vous offre même la mise à jour de l'édition suivante. Je vous présente le guide plus en détail sur cette page sur les orchidées sauvages en plus de celle de l'album photographique. 



lundi 8 juin 2020

[ESPECE] L'Epipactis Microphylla, la petite orchidée rare à Fontainebleau

Et oui, c'est encore d'orchidée sauvage qu'il est question aujourd'hui ! Après les Orchis, Ophrys et autres merveilles à observer dans le Pays de Fontainebleau, il est temps d'évoquer le genre Epipactis avec la plus petite et moins commune de ces Orchidées, l'Epipactis microphylla ou Helleborine microphylla. Microphylla, c'est pour "petite feuille"… Le genre Epipactis est représenté sur l’ensemble de la planète mais le nombre d’espèces présentes en France et dans la forêt de Fontainebleau est assez limité. Ce sont des plantes à rhizomes, dont certaines espèces sont très inféodées à leur biotope (forêt, marais…). Parmi celles-ci, Epipactis microphylla, est sans doute l'une des plus des plus discrètes mais heureusement facile à identifier. Je commence donc mes observations du genre, par l'un des plus rares et difficiles à trouver au point qu'elle fut considéré comme disparu depuis 10 ans… Encore merci à Cécile pour son aide !!!


l'Epipactis microphylla Forêt de Fontainebleau
l'Epipactis microphylla Forêt de Fontainebleau




Il s'agit d'une orchidée grêle, haute de 20 à 40 cm, munie d'une inflorescence laxiflore composée de 4 à 15 petites fleurs pendantes, peu ouvertes et odorantes (le parfum est proche du chèvrefeuille). La tige pubescente, vert-grisâtre porte 3 à 9 petites feuilles étroitement lancéolées et disposées en spirale. Les fleurs, de couleur gris-verdâtre teinté de pourpre, comportent un épichile triangulaire plus long que large à la pointe rabattue et aux bords crénelés dont la base est pourvue de deux bourrelets crépus. Le labelle des fleurs possède un hypochile brun rougeâtre. Le pédicelle et l’ovaire, de teinte vert lavé de violet, sont courts et très pubescents. Les feuilles sont assez étroites. Les pollinies ne sont pas fonctionnelles (friables) et le viscidium (partie collante) est absent.

l'Epipactis microphylla Forêt de Fontainebleau
l'Epipactis microphylla Forêt de Fontainebleau


Cette espèce autogame est relativement rare et disséminée. Elle affectionne les milieux ombragés sur substrat calcaire (sous-bois, lisière de forêts, hêtraies, chênaies). Son aire de répartition euro-caucasienne s'étend de la péninsule ibérique jusqu'à la mer caspienne. Elle fleurit de mai à juillet ce qui est plutôt précoce pour le genre.

l'Epipactis microphylla Forêt de Fontainebleau
l'Epipactis microphylla Forêt de Fontainebleau



Dans la forêt de Fontainebleau et ses environs, on trouve donc, suivant le milieu plusieurs représentant du genre Epipactis dont :
· Epipactis des marais – Epipactis palustris
l'Epipactis des zones humides et marais très atypique par la forme de son labelle articulé. (Il pousse dans les zones humides en pleine lumière).
· Epipactis rouge sombre – Epipactis atrorubens
L’Epipactis rouge sombre pousse plutôt en pleine lumière ou en lisière sur des talus sableux plutôt dénudés et dont la coloration très rouge le rend très facile à reconnaître.
· Epipactis à larges feuilles – Epipactis helleborine
Le plus répandu des Epipactis qui trouve ses conditions de vie les boisements humides (les peupleraies notamment mais aussi les boisements alluviaux naturels). Ses larges feuilles disposées en spirale le long de la tige sont un des critères de détermination, mais le groupe se divise en plusieurs espèces assez proches. Notons que la sous-espèce minor est encore mal connue mais qu’il s’agit d’une forme chétive d’Epipactis à larges feuilles qui pousse sur sol très humide en hiver, mais séchant l’été.
. Epipactis purpurata (Epipactis pourpré) : très rare dans le sud de l’Ile de France mais présent dans la région de Meaux, tige et départ des fleurs coloration violette, espèce tardive fin juillet à août.

Et enfin, notre Epipactis microphylla, qui pousse dans les pelouses et les bois clairs. Ses fleurs sont très peu ouvertes et pendent comme des cloches, disposées en épi unilatéral.  La confusion n'est possible qu'avec la version à grandes feuilles, beaucoup plus répandue et dont les fleurs sont plus ouvertes et très nombreuses. Mais comme son nom l'indique, ses feuilles sont larges et non engainantes à la base.


Comme toutes les orchidées sauvages elles sont rares et ne doivent s'observer qu'avec les yeux ! Elles sont protégées en Ile de France et dans de nombreux départements. Petites images à cliquer pour les voir en grand !

l'Epipactis microphylla Forêt de Fontainebleau
l'Epipactis microphylla Forêt de Fontainebleau











Et si pour vous le genre Epipactis reste flou, c'est beau quand même !


l'Epipactis microphylla Forêt de Fontainebleau
l'Epipactis microphylla Forêt de Fontainebleau