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    En effet, depuis le lancement du portail d’information écoresponsable sur les sites naturels de loisirs sportifs de pleine nature (www.tl2b.com), vous êtes de plus en plus nombreux à me demander des informations précises sur ce patrimoine naturel et historique de Fontainebleau. C’est donc ici que je posterai, en plus des photographies, mes articles vous incitant à partir à leur découverte.
    Pour vous faciliter le tris des articles, ils s'accompagnent de nombreux mots clés. Les grimpeurs peuvent ainsi trouver facilement des blocs par leur cotation, les secteurs, les circuits ou le nom des grimpeurs photographiés. Je vous invite aussi à découvrir mes travaux plus artistiques comme par exemple mes portraits des CréNatures, mes 50 nuances de grès et 50 nuances de green. Une de ces photographies serait sans doute idéale pour la décoration de votre salon, bureau ou gîte. Contactez-moi ici ou sur mon site photo www.gregclouzeau.fr

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mardi 18 février 2020

Prendre la route dans l'immensité de la forêt de Fontainebleau

Il y a peu d'endroits dans la forêt de Fontainebleau où je me sens totalement dominé par les grands arbres. En effet, les futaies de la forêt de Fontainebleau sont souvent peu profondes et le regard ne peut pas porter loin. Bref, on ne perçoit pas vraiment l'immensité de cette forêt. Paradoxalement, c'est sur cette vieille route goudronnée au cœur du massif que je me suis senti vraiment très petit !
Route de la Reine, Forêt de Fontainebleau
Route de la Reine, Forêt de Fontainebleau

La Route de la Reine fait partie de ces nombreuses routes goudronnées aujourd'hui fermées à la circulation des véhicules à moteur pour le plus grand bonheur de la forêt et des amateurs de balades faciles. C'est aussi une des plus anciennes et était déjà macadamisée en 1875 ! C'est surtout une des plus belle ligne droite de Bleau sur un peu plus de 2 km. Idéal pour initier les enfants au vélo ou pousser un fauteuil roulant. Vous êtes ici au cœur de la plus grande réserve biologique intégrale de la forêt et les grands chênes multi centenaires qui bordent la route ont poussé haut pour trouver un peu de lumière.

Parmi les autres routes goudronnées de la forêt de Fontainebleau fermée à la circulation, pour ces balades faciles, je vous recommande non loin de celle-ci, la Route Tournante des Hauteurs de la Solle qui domine l'hippodrome et multiplie les virages, ou la Route de la Reine Amélie (en montée ou en descente) et sa prolongation par la Route du Calvaire. Dans les Trois Pignons, la Route Forestière de la Haute Borne traverse des lieux assez exceptionnels.

Route du Calvaire, Forêt de Fontainebleau
Route du Calvaire, Forêt de Fontainebleau


Il y a bien entendu d'autres routes goudronnées fermées à la circulation qui peuvent être intéressantes pour une balade sur terrain stabilisé comme la Route de Chailly à Samois (environs du Rocher Canon), la Route de la Tour Denecourt (pentue), La Route Sully (Apremont, pentue) ou encore la Route de la Béhoudière par exemple.
 

Route du Calvaire, Forêt de Fontainebleau
Route du Calvaire, Forêt de Fontainebleau




lundi 17 février 2020

Petite sortie en Vallée Chaude dans les Trois Pignons

Il y a quelques temps déjà, je vous parlais de cette magnifique vallée secrète des Trois Pignons que survole pourtant chaque automobiliste en route vers le sud de la France par l'A6 : la bien nommée Vallée chaude. En voici quelques images en noir et blanc cette fois. Notez qu'un apiculteur a eut la bonne idée d'y installer ces ruches et que l'ONF y a couper les pins qui commençaient à s'immiscer dans le paysage pour éviter l'enrésinement de ce biotope ouvert si particulier.


Vallée chaude, Trois Pignons

Vallée chaude, Trois Pignons

Vallée chaude, Trois Pignons

V  A  L  L  E  E       C  H  A  U  D  E

Vallée chaude, Trois Pignons, Fontainebleau
Vallée chaude, Trois Pignons, Fontainebleau

Vallée chaude, Trois Pignons, Fontainebleau
Vallée chaude, Trois Pignons, Fontainebleau

mercredi 5 février 2020

[ARTICLE] Avez-vous vu ces magnifiques champignons lignivores dans la forêt de Fontainebleau ?

J’ai une affection toute particulière pour les champignons lignivores, c’est-à-dire ceux qui s’attaquent au bois. En effet, on leur prête rarement attention et pourtant ils sont souvent si beaux. A vrai dire, en forêt, rares sont ceux qui s’intéressent au bois mort. D’ailleurs, dans nos futaies aménagées et gérées parfois manu militari, le bois mort ne court pas les parcelles... Mais en sortant un peu des sentiers battus, lors d’une visite dans une Réserve Biologique par exemple, on peut se délecter de la beauté d’un vieux tronc moussu porteur de champignons ! Certes, quand on y pense, c’est un spectacle un peu morbide. En effet, ces magnifiques polypores agissent souvent comme une meute dévorant silencieusement et dans l’indifférence quasi générale un cadavre. De cette énorme branche tombée au sol, il ne restera plus rien dans quelques années. La beauté irisée des colonies de tramètes versicolores sont là pour nous rappeler que  la mort fait aussi la vie ! Partez à la découverte de cette armée discrète de fossoyeurs des bois au travers d'une dizaine d'espèces et d'un programme d'inventaire participatif.

Les Trametes versicolores, très communes, sont sans doute les plus belles moisissures de la forêt de Fontainebleau
Les Trametes versicolores, très communes, sont sans doute les plus belles moisissures de la forêt de Fontainebleau 


Les champignons ne sont pas des plantes mais constituent un règne à part : les Fungi. Ils ne possèdent ni fleur, ni feuille, ni racine, ni chlorophylle. Le règne des Fungi, aussi appelé Mycota ou Mycètes constitue un taxon regroupant des organismes eucaryotes appelés plus communément champignons. Ce règne constitue un large groupe diversifié, depuis des organismes unicellulaires (levures) ou pluricellulaires (moisissures) microscopiques, invisibles à l'œil nu, jusqu'aux « champignons supérieurs ». Ce que nous appelons communément « champignon » n’est en fait que la partie visible et souvent reproductrice de l’organisme... Le reste est un ensemble de filaments souterrain pouvant atteindre des longueurs incroyables : le « mycélium ». Invisible, il peut néanmoins se manifester sous la forme d’une « moisissure ». Si nous nous intéressons aux champignons dits supérieurs, les visibles, ils sont classés en deux grands groupes : les Basidiomycètes et les Ascomycètes. Le premier groupe rassemble la majorité des champignons qui nous intéressent, exception faites des morilles et truffes qui se situent dans le second groupe. De tous les champignons, les polypores notamment ceux dont la partie visible en soucoupe est accrochée aux arbres, sont parmi les plus connus des champignons lignicoles. Cette famille compte plus de 300 espèces et suite à des changements de classification le genre Polyporus, n'en contient qu'une quarantaine stricto sensus. Dans la pratique, on appelle aussi plus généralement « polypores » la plupart des champignons lignicoles de l'ordre des Aphyllophorales et Polyporales dont l'hyménium présente de multiples pores. Nombre d'entre eux faisaient partie de l'ancien genre Polyporus avant qu'il n'ait été éclaté entre plusieurs nouveaux genres que l'on retrouve aussi bien dans les polyporacées que dans les coriolacées par exemple.

Les stérées comptent également par leurs belles couleurs fauves parmi les plus beaux champignons mangeurs de bois
Les stérées comptent également par leurs belles couleurs fauves parmi les plus beaux champignons mangeurs de bois
Il existe aussi des champignons « symbiotiques » vivant en étroite association avec les racines des plantes. Réunis, ils forment une « mycorhize » qui permet des échanges nutritifs bénéfiques aux deux organismes. La plante fournit des sucres (glucides) au champignon qui en retour produit des sels minéraux indispensables au bon développement du végétal. De très nombreuse plantes dépendent de cette symbiose pour survivre.

Mais ce qui est fascinant avec la plus part des champignons, c’est que n’ayant pas de chlorophylle pour produire l’énergie nécessaire à leur croissance et à la transformation du gaz carbonique de l’air, ils vont puiser des composés organiques déjà élaborés par d’autres !
Mais il y a une multitude de formes de champignons étranges liés à la décomposition du bois et des matières organiques. C'est le cas par exemple des Calvaires (Ramaria), étrange sculpture verticale aux allures de coraux.
Ramaria stricta,  Clavaire droite, Clavaire dressée est l'un des plus communs du genre Ramaria en forêt de Fontainebleau
Ramaria strictaClavaire droite, Clavaire dressée est l'un des plus communs du genre Ramaria en forêt de Fontainebleau
Les champignons « saprophytes » se sont spécialisés dans la dégradation de matière organique morte. Ils jouent donc un rôle très important dans le cycle de décomposition de la matière, puisqu’ils se nourrissent de bois mort, de cadavres d’animaux et participent ainsi à la formation de l’humus. Les champignons sont les premiers acteurs de la décomposition du bois quand ils n’ont pas participé à son assassinat. Si certains sont bien visibles, d’autres agissent secrètement, sous l’écorce, et lancent la première attaque pour faciliter le travail de la deuxième vague d’assaut, celle des animaux xylophages ! Ils sont aussi une source importantes de nourriture pour de nombreuses espèces animales.
Cette souche n'est pas perdue pour tout le monde et ses réserves de nutriment font le bonheur d'un champignon...
Cette souche n'est pas perdue pour tout le monde et ses réserves de nutriment font le bonheur d'un champignon...

Comment les champignons réussissent-ils à décomposer des bois aussi durs et gros qu’une poutre de chêne ?

Pour le comprendre, il faut d’abord s’intéresser à la composition du bois et structure d’un tronc. Commençons par les différentes parties du tronc. La partie visible, c’est bien entendu, l’écorce, carapace plus ou moins résistante. C’est sous cette écorce que se trouve la partie dite « vivante » de l’arbre : l’aubier. En fait, seules les cellules du parenchyme de l’aubier restent vivantes et
C’est donc à la faveur d’une blessure de l’arbre (branches cassées ou coupées) que les mycéliums des champignons vont pouvoir s’insinuer dans le cœur d’un arbre encore en pleine vie. L’arbre va se défendre, parfois pendant des siècles mais à sa mort, toutes les cellules sont rapidement investies par des champignons.

Amadouvier, RBI de La Solle, Fontainebleau
L'amadouvier est sans doute le Polypore le utilisé par l'homme depuis la Préhistoire. On en trouve de très beaux spécimens
sur les hêtres des Réserves Biologiques de la Forêt de Fontainebleau 
Ce qui en fait la spécificité du bois, c’est la composition de ces cellules formées à base de cellulose, des hémicelluloses et la lignine.
La cellulose, c’est une très longues chaînes de molécules de glucose associées entre elles en microfibrilles, elles-mêmes regroupées en fibres. Ce tissage serré et complexe fait toute la résistance du bois. Elle représente à elle seule en moyenne 40 à 60% de la masse du bois sec. Les hémicelluloses sont constituées de chaînes bien plus courtes et surtout ramifiées en tous. Elles représentent 25 à 40% de la masse du bois des feuillus et 25 à 30% de celle du bois des conifères. Enfin, la lignine, cette molécule complexe formée d’éléments aromatiques procure au bois une résistance exceptionnelle à la décomposition du fait de sa structure en 3D et des liens complexes qu’elle tisse avec les deux autres. A l’inverse des précédentes, elle est plus représentée dans le bois des conifères (25-35%) que dans celui des feuillus (18-25%).
A peine assassiné par le bucheron, ce tronc de hêtre est déjà colonisé par les champignons, Bas Cuvier, Fontainebleau
A peine assassiné par le bucheron, ce tronc de hêtre est déjà colonisé par les champignons, Bas Cuvier, Fontainebleau
A cela, il faut ajouter la très complexe construction des cellules du bois. Chaque cellule du bois possède comme toute cellule végétale une paroi primaire faite de cellulose, d’hémicellulose et de pectine, premier ensemble protecteur. Elle se double vers l’intérieur d’une paroi secondaire très élaborée en trois couches successives de lignine, formant une barrière redoutable contre toute intrusion. Entre les deux, une couche formée d’hémicellulose et de cellulose disposées selon une architecture très sophistiquée. L’intérieur des cellules vivantes contient le cytoplasme. Mais quand la cellule meurt, ce contenu liquide disparaît et laisse un espace vide microscopique qui sera la porte d’entrée des filaments de la plupart des champignons qui vont pouvoir débuter leur digestion du bois depuis de l’intérieur !
De tous les champignons qui poussent sur les troncs de hêtres, ces délicats parachutes blancs sont sans doute les plus beaux
De tous les champignons qui poussent sur les troncs de hêtres, ces délicats parachutes blancs sont sans doute les plus beaux
Rocher Canon, Forêt de Fontainebleau


Comme il existe une remarquable diversité de champignons lignivores plus ou moins spécifiques aux différentes essences d’arbres, il existe différentes stratégies d’attaque. Les champignons lignicoles apparaissent donc à différents stades de la vie de l’arbre et en différents endroits. Leur attaque se fait selon trois grandes modalités qui génèrent chacune une transformation typique affectant la couleur et la consistance du bois.

Les 3 pourritures…

 



La pourriture brune ou rouge résulte de l’attaque de champignons qui ne possèdent pas d’enzymes capables de dégrader la lignine ; leurs filaments arrivent seulement à dégrader la cellulose et les hémicelluloses : la lignine s’accumule et donne au bois cette teinte brune typique. La rupture des chaînes de cellulose de la paroi moyenne des cellules leur fait perdre leur rigidité et entraîne un éclatement du bois en travers donnant des petits morceaux cubiques (d’où l’autre surnom de pourriture cubique). Comme le champignon entre à l’intérieur des cellules, il se heurte à la paroi interne riche en lignine qu’il ne sait pas dégrader ; par la sécrétion d’acide oxalique et des transporteurs de fer, il réussit à atteindre la couche moyenne et à la démolir en partie et à faire passer les morceaux vers l’intérieur où il se trouve ; ensuite, il peut les dégrader tranquillement ! Cette forme de pourriture concerne surtout les conifères mais on la retrouve chez des feuillus avec le polypore soufré sur les chênes ou le polypore des bouleaux (voir la chronique sur cette espèce).
Le bois devenu très léger (la cellulose a été digérée) devient brun foncé (lignite) et se fendille en petits cubes.

On distingue du fait des variations de couleurs, les trois parties de l'arbre et derrière l'écorce le mycélium blanc qui donne naissance aux champignons
On distingue du fait des variations de couleurs, les trois parties de l'arbre et derrière l'écorce le mycélium blanc qui donne naissance aux champignons

La pourriture molle est en quelque sorte une variante de la précédente (lignine épargnée) mais elle a lieu dans des contextes très humides et surtout les filaments des champignons responsables ne rentrent pas dans les cellules mais s’insinuent entre elles : autrement dit, ils attaquent par l’extérieur pour atteindre la cellulose convoitée et l’attaque se fait au contact du filament et non pas « à distance ». Le bois ainsi décomposé prend une structure spongieuse molle typique tant qu’il reste humide.
La pourriture blanche correspond à la forme la plus aboutie : les champignons responsables dégradent les trois grands composés cités précédemment : soit la lignine est dégradée en même temps que les deux autres, soit ils la dégradent d’abord et s’attaquent ensuite aux deux autres. Le bois prend une teinte très pâle et décolorée (d’où ce surnom de pourriture blanche) et montre souvent une multitude de petites poches (comme des alvéoles de ruche) décolorées qui finissent par se vider, donnant un aspect tacheté au bois pourri. Cette pourriture touche surtout les feuillus et provient de champignons tels que les ganodermes, les pleurotes, certains phellins, les amadouviers, la coriole versicolore… On l’appelle encore pourriture fibreuse à cause de la consistance que prend le bois pourri

Digestion lente d'une branche de hêtre par une colonie de stérées en Forêt de Fontainebleau
Digestion lente d'une branche de hêtre par une colonie de stérées en Forêt de Fontainebleau

Le bois ainsi dégradé va rapidement devenir accessible à nombre d’autres organismes dont une foule d’arthropodes qui vont trouver soit une source de nourriture en consommant les débris ou le bois en partie digéré, soit un abri pour se cacher ou se reproduire. Mais d’autres champignons vont aussi exploiter ce nouveau milieu au fur et à mesure de sa décomposition. Ils viennent exploiter les molécules simples (dont du glucose) issues de la dégradation de la cellulose et des hémicelluloses : on les qualifie de mangeurs de sucres secondaires. On les connaît très mal car à ce stade il devient difficile de distinguer qui fait quoi quand le cadavre commence à tomber en ruine ! Divers champignons banals comme des agarics pourraient y participer mais aussi, de manière plus surprenante, des mycorhizes, ces champignons associés à des racines d’arbres.

Cette colonie de Schizophylles communes (Schizophyllum vulgare) s'attaque à une racine pourtant bien vivante. Rocher du Télégraphe, Trois Pignons, fontainebleau
Cette colonie de Schizophylles communes (Schizophyllum vulgare) s'attaque à une racine pourtant bien vivante.
Rocher du Télégraphe, Trois Pignons, fontainebleau
D’autres champignons peuvent aussi venir s’attaquer aux .. champignons lignivores en les parasitant ou en participant à la décomposition des vieilles fructifications ou carpophores. Tout ceci se fait conjointement avec toute une extraordinaire biodiversité d’animaux plus ou moins spécialisés qui se succèdent au fil des transformations du bois.

Ce magnifique champignon est maintenant lui aussi une source de nourriture pour de nombreux coléoptères et gastéropodes
Ce magnifique Hydne corail Hericium coralloïdes, est maintenant lui aussi une source de nourriture pour de nombreux coléoptères et gastéropodes

Les champignons dont nous venons de parler s’attaquent donc au bois proprement dit et à ses trois grands composés principaux ou à leurs dérivés. Mais le bois renferme d’autres composés beaucoup plus simples et très nutritifs : les sucres transportés par la sève et élaborés par la photosynthèse au niveau des feuilles. Sauf que ces produits alléchants circulent dans des vaisseaux bien immunisés contre les attaques des champignons et protégées notamment par l’écorce. Pourtant, dans certaines circonstances, des champignons peuvent accéder à cette source de nourriture par contre facile à assimiler ! D’abord au niveau de blessures sièges d’écoulements de sève sous forme d’exsudats : des champignons « invisibles » s’y installent sous des formes végétatives et colonisent ce milieu riche. D’autres, bien plus redoutables, entrent dans l’aubier de l’arbre en s’associant par exemple avec des insectes xylophages. C’est le cas de champignons tels que celui responsable de la graphiose de l’orme dont les spores sont transportées par des minuscules coléoptères, des scolytes qui creusent des galeries juste sous l’écorce pour y déposer leurs œufs ; les spores germent et le mycélium se répand dans les galeries, les filaments prélevant les sucres dans la sève élaborée qui circule. Les scolytes se nourrissent de ce tapis de mycélium qu’ils broutent. L’arbre infecté voit rapidement ses vaisseaux obstrués ce qui provoque sa mort à court terme. Ce sont donc des champignons parasites tueurs et non plus des décomposeurs de bois mort ! Sous l’écorce d’un orme mort, les nombreuses galeries de scolytes, minuscules coléoptères, creusées dans la partie vivante du bois

Colonie de tramètes sur un tronc de bouleau
Colonie de tramètes sur un tronc de bouleau
Voici quelques photographies complémentaires à celles déjà diffusées sur mon blog avec un petit récapitulatif des champignons que vous pouvez observer en forêt de Fontainebleau et des Trois Pignons.

1° Le Polypore soufré Laetiporus sulphureus


Ce magnifique Polypore ne peut être confondu ! Pouvant atteindre jusqu’à 50 cm de largeur, le Polypore soufré possède plusieurs chapeaux qui se superposent les uns sur les autres en forme d’éventail. Sa face supérieure est de couleur jaune rosé à jaune orangé, avec une marge ondulée. Sa face inférieure est de couleur jaune soufre, d’où son nom. Sa chair de couleur blanche et charnue à l’état frais peut atteindre 5 cm d'épaisseur. Les pores, situés sous le chapeau émettent souvent des gouttelettes de sudation. Il dégage une odeur forte et piquante caractéristique. On peut le trouver partout en France dans les forêts de feuillus ou mixtes de plaine et moyenne montagne. Il parasite l'arbre souvent suite à une blessure mais ne dédaigne pas les souches.
Le Polypore soufré est utilisé pour faire une teinture jaune destinée à teindre les tissus.
Classe des Agaricomycetes / Ordre des Polyporales / Famille des Polyporaceae

Le Polypore soufré Laetiporus sulphureus
Le Polypore soufré Laetiporus sulphureus

2° L'Hydne corail Hericium coralloïdes





Ce champignon assez rare se développe sur les souches d’arbres morts. C’est l’une des espèces les plus remarquables de la forêt de Fontainebleau. Ces nombreuses ramifications lui donnent l’aspect d’un corail. Il s’agit en fait d’un ensemble d’aiguillons fragiles situé sous le chapeau. Il existe plusieurs espèces d'hydnes tout aussi belles comme l'Hydne Rameux et l'Hydne bouclée.
L'Hydne corail Hericium coralloïdes, Forêt de Fontainebleau

3°  La « Langue de bœuf », Fistuline Hépatique  Fistulina hepatica



Voilà un champignon commun et facilement identifiable. Couleur rouge sang, revêtement gélatineux, chair molle, généralement de grande taille … on comprend vite d’où ce champignon tire son nom ! Comestible s'il est jeune, certains lui trouvent un petit goût acidulé. On le retrouve sur les souches et les troncs, notamment sur les chênes et châtaigniers. J'avais présenté cette belle espèce comestible dans cet article

La « Langue de bœuf », Fistuline Hépatique  Fistulina hepatica
La « Langue de bœuf », Fistuline Hépatique  Fistulina hepatica


4° L'Amadouvier Fomes fomentarius



L’Amadouvier se reconnaît à sa console en forme de sabot de cheval et qui peut atteindre les 40 cm de large. Celui-ci est bossu au sommet, gravé de sillons concentriques formant entre eux des bourrelets plus amples au début, puis plus étroits avec l’âge. Sa couleur va du blanc cassé au gris en passant par le brun-rouge. La marge (bord du chapeau), épaisse, forme un bourrelet qui peu sécrèter de grosses gouttes très limpides au printemps. Les pores sont très fins de couleur blanche, puis crème et enfin roussissant avec l’âge. C’est une espèce pérenne, c’est-à-dire qu’elle reste en place plusieurs années, et reprend sa croissance au début du printemps. Il paraît que les jeunes amadouviers dégagent une odeur de banane.
Il est présent sur tout le territoire métropolitain, dans les bois de plaine et moyenne montagne notamment dans les hêtraies. c'est pour ça qu'on l'observe facilement dans les plus vieilles réserves biologiques de Fontainebleau où le hêtre est bien implanté. Il parasite principalement le tronc et les branches du hêtre mais aussi parfois d’autres feuillus (bouleau, aulne, peuplier, saule, marronnier, platane) et de manière exceptionnelle sur les résineux.
Sa plus grosse particularité  est d'être très inflammable. Sa chair servait à la préparation de l’amadou, une substance végétale qui une fois préparée, à la propriété de prendre facilement feu et de brûler lentement. L’amadou servait autrefois à la fabrication de mèches à briquets. Une faculté utilisée dès la Préhistoire où il est utilisé comme substance inflammable et fait office de charbon.
Classe des Agaricomycetes / Ordre des Polyporales / Famille des Polyporaceae


Amadouvier sur tronc de bouleau, Rocher Canon, Fontainebleau
Amadouvier sur tronc de bouleau, Rocher Canon, Fontainebleau


Amadouvier sur tronc de hêtre, Rocher Canon, Fontainebleau
Amadouvier sur tronc de hêtre, Rocher Canon, Fontainebleau


5° Le Polypore éponge ou Phéole de Schweinitz (Phaeolus schweinitzii ou "Polyporus schweinitzii")


C'est lui aussi  un champignon de la famille des Polyporacées. Le chapeau velouté est plat ou déprimé en forme d'entonnoir. Il mesure jusqu'à 30 cm de diamètre. Généralement brun-roux avec une marge jaune orangé, il peut être plus clair. Les tubes sont décurrents et forment un réseau en labyrinthe jaune-verdâtres à brunâtre. La chair spongieuse et gorgée d'eau, est de couleur jaune à ocre, puis brunâtre. Commun, le Polypore éponge se rencontre du printemps à l'automne, sur les troncs et sur les racines de conifères, notamment de pins sylvestre en forêt de Fontainebleau. Dans sa forme jeune, il m'avait surpris et j'avais publié quelques images étrange de cette "Chébakia" bleausarde sans savoir sur quel Polypore j'étais tombé !



Phéole de Schweinitz Phaeolus schweinitzii , Bas Cuvier, Fontainebleau
Phéole de Schweinitz Phaeolus schweinitzii , Bas Cuvier, Fontainebleau

Phéole de Schweinitz Phaeolus schweinitzii , Rocher du Potala, Trois Pignons, Fontainebleau

6° Polypore du bouleau Piptoporus betulinus



Parmi les nombreuses espèces de polypore, celui du bouleau reste un des plus faciles à identifier au premier coup d’œil à ses carpophores (un autre mot savant pour parler des « fructifications » du polypore, c'est à dire le chapeau) en forme en sabot de cheval brun marron clair, rattaché au support par une sorte de « pied » court et trapu qui part sur le chapeau. Ce chapeau de 5 à 30 cm de large pour 2 à 6 cm d'épaisseur, présente un repli qui forme une bordure lisse encadrant la surface fertile blanc crème située en dessous (c'est l’hyménium formé de pores). Comme l’indiquent très bien ses noms commun et scientifique (betulinus), il vit exclusivement sur les troncs des bouleaux (Betula) en majorité sur les troncs morts ou sénescents, qu’il colonise à la faveur de blessures ou de branches mortes...

Il dégage une odeur aigrelette et à une saveur acidulée. C’est une espèce annuelle mais elle peut rester en place plusieurs années.
Ce champignon était jadis employé dans l’industrie horlogère comme agent polissant ! Ötzi, l’homme néolithique de l’âge du cuivre (5 000 avant J.C.), retrouvé momifié dans les glaces des alpes, avait sur lui un morceau de Polypore du bouleau passé dans une lanière de cuir. Il aurait pu être utilisé comme médicament (il a des propriétés antibiotiques) ou pour allumer des feux.



Jeune Polypore du bouleau Piptoporus betulinus à Franchard, Fontainebleau
Jeune Polypore du bouleau Piptoporus betulinus à Franchard, Fontainebleau

Polypore du bouleau Piptoporus betulinus dans les Trois Pignons, Fontainebleau
Polypore du bouleau Piptoporus betulinus dans les Trois Pignons, Fontainebleau

Polypore du bouleau Piptoporus betulinus dans les Trois Pignons, Fontainebleau
Polypore du bouleau Piptoporus betulinus dans les Trois Pignons, Fontainebleau




7° Polypore marginé Fomitopsis pinicola

J'ai déjà consacré un article à ce magnifique polypore lorsqu'il "transpire". En forme de sabot de cheval ou en console, le chapeau du Polypore marginé fait entre 3 et 10 cm de large. Le dessus ressemble à une croûte vernissée à l'aspect de résine qui démarre en noir à partir du point d’attache. Cette face supérieure du champignon est constituée par l’addition de couches successives d’abord jaunâtre, puis plus ou moins brune marron et sa marge (le bord) est quant à elle plus claire que le reste du chapeau. Lorsque le champignon est en croissance, l’hyménium suinte des gouttelettes translucides. Les pores, entre 3 et 4 par mm, sont arrondis et de couleur jaune crème. On trouve cette espèce tout au long de l’année, en France où il est présent dans tous les types de forêts, de la plaine jusqu’à la moyenne montagne et toute l'année notamment sur les tronc de conifères mais aussi de feuillus. 


Polypore marginé Fomitopsis pinicola sur tronc de bouleau, Trois Pignons, Fontainebleau
Polypore marginé Fomitopsis pinicola sur tronc de bouleau, Trois Pignons, Fontainebleau

Polypore marginé Fomitopsis pinicola en pleine croissance sur tronc de bouleau, Rer du Potala, Trois Pignons, Fontainebleau
Polypore marginé Fomitopsis pinicola en pleine croissance sur tronc de bouleau,
Rer du Potala, Trois Pignons, Fontainebleau











8° Polypore versicolore ou Tramète versicolore (Trametes versicolor )

Polypore versicolore ou Tramète versicolore, Forêt de Fontainebleau
Polypore versicolore ou Tramète versicolore, Forêt de Fontainebleau
Comme  je l'indiquais en introduction, ces rosaces colorées sont sans doute un des champignons le plus commun et le plus visible lorsqu'il reste du bois mort dans les futaies. Saprophyte annuel, on trouvera ce polypore toute l'année et sur tous types de bois : souches, billots, branches à terre..., surtout sur feuillus, plus rarement sur résineux. Il peut y rester plusieurs années et se décolore petit à petit ou verdit quand les algues le recouvrent. La beauté de sa livrée aux couleurs chatoyantes, ses subtiles courbes, le trait régulier de ses zones concentriques et son fin duvet tel du velours, font de ce polypore un champignon plutôt simple à identifier. De 3 à 10 com de diamètre, toujours très mince, et rarement solitaire, ses formes et ses couleurs varient : éventail, en forme de rein, parfois en entonnoir non fermé, imbriqués et disposés en pétales de roses, en forme d'yeux, il est très photogénique !

Son chapeau est velouté, multicolore, zonés de couleurs allant du crème au noirâtre en passant par toutes les nuances du brun avec une marge fine, lobée, ondulée, blanc-jaune ;
Règne : Fungi,  Division : Basidiomycota,  S/Division : Agaricomycotina,  Classe : Agaricomycètes,
Ordre : Polyporales, Famille : Polyporaceae, Genre : Trametes
Polypore versicolore ou Tramète versicolore, Forêt de Fontainebleau
Polypore versicolore ou Tramète versicolore, Forêt de Fontainebleau


9° Le Stérée subtomenteux Stereum subtomentosum et Le Stérée remarquable, Stereum insignitum


Un stérée, c'est ce champignon roux qui s'accroche aux branches en décomposition et qui se confond parfois avec les feuilles mortes. Sur la mousse verte, ses couleurs chaudes contrastent merveilleusement bien ! On peut le voir toute l'année sur les bois morts au sol notamment sur les branches et troncs de hêtre. L'espèce réputée thermophile mais aujourd'hui, elle est bien présente au nord de la Seine dès l'instant que le bois est humide. Le chapeau, très mince même à l'insertion, est en forme de coquille. En demi-cercle (dimidié) ou en éventail (flabellé), le chapeau peut atteindre les 10 cm de long. Son revêtement est légèrement feutré surtout vers le substrat à son point d'attache. Il est étroitement zoné (traits fins) et présente une alternance de tons orangés, roux, rougeâtres, brun rouge. Comme le polypore, les parties les plus anciennes se couvrent parfois d'algues et apparaissent verdâtres.

La partie hyméniale est totalement lisse (caractère particulier aux genre Stereum) c'est à dire sans tubes, plis ou aiguillons), légèrement ridée radialement, brun jaunâtre, plus jaune vif quand fortement frottée.

Confusions : possible avec le stérée remarquable (Stereum insignitum)  dont l'aire de répartition est plutôt méridionale

Règne : Fungi, Division : Basidiomycota, S/Div. : Agaricomycotina, Classe : Agaricomycètes, Ordre : Russulales, Famille : Stereaceae, Genre : Stereum




10° Les champignons aux formes étranges



Outre ces neufs espèces facilement identifiables et assez communes, vous pouvez observer de très nombreux champignons aux formes étranges de corail, oreille, moisissure, crottes, gélatine… C'est le cas des calvaires (Famille : clavicoronacées) comme le Ramaria strictaClavaire droite, ou Clavaire dressée l'un des plus communs du genre Ramaria illustré plus haut ou de l'Hydne corail Hericium coralloïdes, présenté en 2° mais aussi des Pézize, ces espèces de petites coupes gélatineuses de couleur rouge, orange ou bleu ! Parmi ces dernières, la Pézize orange ou écarlate sont sans doute les plus connues mais c'est la Pézize vert-de-gris Chlorociboria aeruginescens de Classe des Leotiomycetes / Ordre des Helotiales / Famille des Helotiaceae que je vous invite à chercher dans les bois. En effet, vous avez sans doute déjà vu en forêt des morceaux de bois pourri dont la chair est bleu ! C'est à cause de ce champignon de couleur bleu-vert vif  en forme de coupe lisse de 2 à 10 mm.
Présent sur tout le territoire métropolitain dans les forêts de feuillus ou forêts mixtes, de la plaine jusqu’à la moyenne montagne, ce champignons comme plusieurs mentionnés plus haut fait partie d'une vaste enquête de science participative qu'avait présenté la Tribune libre de Bleau. Pour chaque champignon à trouver sur le terrain, vous disposerez d'une fiche mission comme celle-ci N°: 35 (pdf) En plus d'être ludique, c'est utile !

Pézize écarlate (Peziza coccinea  ou Sarcoscypha coccinea ou Plectania coccinea )
Pézize écarlate (Peziza coccinea  ou Sarcoscypha coccinea ou Plectania coccinea )


Pour vous aider dans l'identification des champignons, voici deux autres sites bien sympathiques :
http://mycorance.free.fr/valchamp/champig2.htm et https://champyves.pagesperso-orange.fr/home/par_image/toutes_consoles.htm

jeudi 30 janvier 2020

Voyage dans les eaux noires des mares vertes de la Solle

C'est sur les hauteurs de la Solle, à quelques centaines de mètres de la nationale 7 (D607) que se cachent dans la Réserve Biologique Intégrale (RBI) quelques unes des mares de platière aux allures de marais tropicaux ! Troncs moussus et eaux noires sont au programme même en hiver...
Avec les pluies incessantes de ces derniers mois, elles se sont bien rechargées et reprennent vie. Pour en savoir plus sur l'importance et l'histoire des mares de Fontainebleau, je vous invite à relire cet article que je leur avais consacré.