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mardi 7 mars 2023

Connaissez-vous les plus étranges gravures rupestres de Fontainebleau, celles du style HMM ?

J'ai déjà évoqué très longuement les gravures rupestres préhistoriques de la forêt de Fontainebleau et des Trois Pignons qui comptent parmi les plus nombreuses d'Europe mais aussi parmi les plus énigmatiques. Aux très classiques sillons et autres quadrillages, il faut ajouter depuis une dizaine d'années, un nouveau corpus de gravures encore plus ésotériques, celles très figuratives du style HMM. Un ensemble de plus d'une centaine de panneaux mystérieux, souvent très difficiles à observer, et qui n'a rien à envier aux pétroglyphes Anasazis ou Aborigènes. En effet, un important ensemble de gravures d'un style très particulier a été identifié fin 2014 par des prospections conduites principalement par Pierre Bouillot, Philippe Boyer, Patrick Kluska et Richard Lebon en forêt domaniale de Fontainebleau à l'occasion d'une révision de l'inventaire des sites rupestres réalisé par le GERSAR (Groupe d'études, de recherches et de sauvegarde de l'art rupestre). Comme les autres gravures rupestres de Fontainebleau, elles ont été réalisées pour la plupart à l'intérieur de petites cavités rocheuses mais s'en distinguent par un style unique. De nouvelles prospections effectuées en 2018 ont amené à la découverte de 27 autres compositions gravées.

Gravures rupestres de Fontainebleau de type Haut Mont Malmontagne
Gravures rupestres de Fontainebleau de type Haut Mont Malmontagne


Le style HMM se caractérise par des gravures très fines et peu profondes dont les éléments forment des compositions parfois très denses et soigneusement réalisées. Plus encore que les traditionnelles gravures rupestres de Fontainebleau, il convient d'insister sur le caractère non ostentatoire de ces gravures HMM, principalement réalisées dans des cavités exiguës. Elles sont donc souvent très peu visibles depuis l'extérieur. On y retrouve de nombreux signes géométriques, des représentations stylistiques humaines et animales et de nombreuses créatures fantastiques. Parmi les éléments les plus remarquables, on observe des svastikas, des croix présentant des pointes entre les branches, des triangles marqués d'une cupule au centre, des peignes opposés séparés par des cupules, des figures en forme de roue ou évoquant le soleil, des travois (système simple de transport avec des perches ancêtres des charrues) avec attelage, des représentations de cervidés, d'oiseaux, de serpents, de personnages à tête représentés par une cupule, des créatures féminines à tête en demi-lune et corps quadrillé et de créatures masculines à tête triangulaire dont certaines tenant un sistre… Plusieurs personnages sont munis d'un objet en forme de bâton sur lequel sont fixés des éléments qui font penser à un sceptre. Enfin, on notera aussi qu'aucun attribut guerrier indiscutable, tel qu'épée, poignard, lance ou bouclier, n'apparaît dans ce groupe.



Petite cavité gravée HMM
Gravures rupestres de Fontainebleau de type Haut Mont Malmontagne

Détail de la gravure HMM

et son relevé par le GERSAR

L'importance de la découverte a donc conduit à la création d'une équipe de recherche spécifique, constituée de membres du GERSAR, de la SARP (Société archéologique de la région de Puiseaux) et d' une partie du personnel du musée de Préhistoire d'Île-de-France à Nemours pour l'étude de ce groupe de gravures dont le style unique est baptisé « Haut Mont-Malmontagne » (HMM), en raison de la localisation des premières découvertes sur ces secteurs de la forêt.

L’unité du style de chaque panneau suggère que sa réalisation s’est faite en une seule fois et qu’elle est l’œuvre d’un seul graveur. A la différence des autres auvents gravés de la forêt, souvent réutilisés à travers les âges, les signes HMM sont généralement bien individualisés et ne se recouvrent pas, ce qui facilite grandement la lecture des unités graphiques. On peut même observer une certaine logique d'ensemble et de constitution de réseaux dans lesquels les éléments seraient interconnectés.
 
Cet ensemble de plus d'une centaine de panneaux montre donc une profonde originalité et on peut dire qu’il est sans équivalent connu à ce jour en Europe. Une datation des gravures à la fin de l’âge du bronze a été proposée en s’appuyant sur des similitudes avec des éléments datés mais c'est encore en discussion et leur présence dans certains secteurs ruinés par les carriers peut laisser courre à d'autres hypothèses. En tous cas, la présence de créatures serpentiformes, de signes à caractère solaire, astral, et féminin ne pourront qu’inspirer les mythologues pour d'autres interprétations dont les plus farfelues.

L’âge du bronze (-3 300 à - 1 200 av JC) est la période de la Protohistoire caractérisée par l'existence de la métallurgie du bronze, et succédant au Néolithique final. C'est donc potentiellement un des chaînons manquants entre les célèbres gravures Préhistoriques de la forêt de Fontainebleau et les vestiges Gallo-romains. En effet, un certain nombre de signes observables parmi les gravures HMM se retrouvent aussi sur des céramiques de la fin du Bronze final mises au jour dans des contrées plus méridionales, notamment dans les régions Drômoise, Centrale et Centre- Ouest de la France. Une représentation d'un sistre, un instrument de musique comportant des objets (coquilles, rondelles) qui s'entrechoquent quand on le secoue, dans une forme présentant une forte ressemblance avec le sistre en bronze mis au jour à Hochborn en Rhénanie-Palatinat, peut contribuer à renforcer cette proposition de datation. Toutefois, elles reste très sujette à caution ! 

Comment imaginer que les mêmes programmes iconographiques aient été suivis par des gens décorant des céramiques et d’autres œuvrant dans des anfractuosités rocheuses, qui plus est dans des zones géographiquement éloignées de plusieurs centaines de kilomètres ? Comme le rappelait Laurent Vallois du Gersar dans un article qu'il a publié sur le sujet, "cette hypothèse, qui est fondée essentiellement sur des analogies de répertoire entre les panneaux HMM et les céramiques décorées de la période envisagée, est exactement cela – une hypothèse – et elle n’a jamais été présentée autrement par moi et/ou mes collaborateurs. À l’heure actuelle, il est tout à fait prématuré de vouloir se prononcer pour ou contre sa validité, pour différentes raisons. Rappelons, notamment, que le phénomène HMM était inconnu au début de l’année 2014, or des abris gravés HMM contenant une iconographie remarquable ont encore été découverts très récemment (en avril 2018) : il est encore trop tôt pour considérer que l’on dispose d’un corpus stabilisé. Par ailleurs, des opérations de sondages ont été menées en 2016 27 et 2017, opérations qui demandent à être poursuivies. La réflexion sur l’attribution chronoculturelle des gravures HMM dépendra des résultats de ces sondages et de la prise en compte de corpus complets, tant céramique que rupestre"



Relevé d'un beau panneau gravé
de style HMM à Fontainebleau 

Relevé d'un beau panneau gravé
de style HMM à Fontainebleau



D'après les premières recherches et interprétations, on peut constater "qu'aux figurations humaines at animales s'ajoutent fréquemment des représentations de créatures évoquant à la fois l'humain et l'animal mais qui n'apparaissent jamais sur les céramiques du Bronze final. Les hommes de l'âge du Bronze final ont pu se mettre en scène sur les deux types de support (roche et céramique) sous l'aspect de personnages à tête formés par une cupule. En revanche, les créatures fantastiques, qui apparaissent souvent en position dominante, pourraient correspondre à des divinités dont la représentation n'avait pas sa place sur les poteries. Les gravures de style HMM peuvent être exécutées comme des représentations symboliques de constructions mythologiques améliorées ou révisées par la population dans son ensemble ou quelques-uns de ses représentants. Ces symboles vraisemblablement liés à des mythes cosmogoniques pourraient, dans le cas de certaines compositions au moins, se reporter à ces récits dont la transmission orale aurait été accompagnée d'un rapport sur la pierre de signes évocateurs apparaissant sous la forme d'une représentation codifiée".
Relevé comparatif des anthropomorphes de style HMM à Fontainebleau
Source GERSAR 

L'interprétation de ces messages vieux de plus de 3 000 ans suscite aujourd'hui plus de questions qu'elle n'apporte de réponses. Comment décoder sans erreurs ces éléments souvent récurrents et interdépendants ? Par exemple, le fait que toutes les représentations de cervidés sont tournées à gauche, comme pour les quadrupèdes schématiques (indéterminables) est probablement significatif. Plusieurs cervidés ont une longue queue ramifiée, ce qui suggère une volonté de ne pas représenter des animaux réels mais probablement des créatures mythologiques. On peut aussi remarquer que ces animaux ont un dos courbé ou sinueux. Enfin, d'autres cervidés sont figurés en position ascensionnelle ce qui semble là encore évoquer un culte. On note par ailleurs de nombreuses association entre des bois de cervidés et des serpentiformes. Dans cette gravure, nous voyons le cervidé se tenir face à un signe serpentiforme vertical par exemple.

Ne peut-on voir ici les prémices du culte à Cernunnos, le dieu gaulois du renouveau et des cycles naturels ? Très largement représenté dans le monde celte, son adoration était très probablement antérieure aux Gaulois et nos gravures en seraient donc peut-être un témoignage.

D'ailleurs, l'observation des nombreux personnages, laisse souvent le sentiment d’être face à tout autre chose qu’à la mise en scène d’humains ordinaires. Les êtres qui sont représentés sur ces panneaux sont des créatures qui ne sont ne sont que partiellement anthropomorphes. De fait, si des représentants de l’humanité « normale » sont bien présents sur ces panneaux, c’est toujours sous la forme de figurations humaines très simples, de très petite taille renforçant l’infériorité de leur statut par rapport aux créatures surnaturelles qui peuplent les mêmes panneaux. 

Relevé comparatif des anthropomorphes de style HMM à Fontainebleau
Source GERSAR 



A ces éléments caractéristiques du style HMM s'ajoute une profusion de symboles géométriques dont l'utilisation ne doit sans doute rien au hasard. Parmi ceux-ci, l'étude attentive des triangles est une piste intéressante car il en existe plusieurs sortes. En effet, outre les triangles classiques, on note la présence de triangles ponctués et de triangles assimilés à un pubis.

Par exemple sur la gravure que je vous présente en photographie aujourd'hui, l’unique triangle ponctué semble faire partie d’un signe plus complexe de type « lancéolé », avec une double hampe et des recoupements perpendiculaires à cette hampe double. Nombre de ces triangles ponctués servent à figurer une partie anatomique bien précise de créatures à la morphologie pour le moins déconcertante. Il s’agit d’êtres à corps filiforme sinueux ou dont le tronc est une grille, qui ont en commun d’être privés de jambes mais terminés par une queue qui elle-même se termine par un triangle ponctué. 

Anthropomorphes HMM et utilisation des triangles ponctués et pubiens
Source : GERSAR



Quant aux triangles pubiens, il est déjà présent dans l’art rupestre de Fontainebleau depuis probablement le paléolithique malgré l’absence d’un véritable contexte gravé autour de ces figures, et en particulier de représentations animalières caractéristiques de l’art pariétal (voir mes images de la Bl'Origine dont le pubis est entouré de deux chevaux en vente ici). Les triangles pubiens du corpus HMM sont  souvent intégrées à des représentations de personnages féminins avec un corps en grille ou se trouvent dans l’environnement immédiat de l’un des personnages. Il est bien évident que l’usage qui est fait des triangles pubiens dans ces compositions HMM est très différent de ce que nous avons sur les panneaux classiques. 

Voilà pour cette présentation un peu rapide des gravures de Fontainebleau du style HMM. Si leur datation s'avère exacte, ces pétroglyphes constituent un patrimoine d'une très grande valeur archéologique à préserver à tout prix. Ces étranges gravures rupestres de la forêt de Fontainebleau témoigneraient-elles de rites préceltiques ou druidiques ? Merci au GERSAR et notamment à Alain, Oleg, Laurent ainsi qu'à Cécile pour les éléments qu'ils m'ont transmis pour la rédaction de cet article !

Comme toujours, je me refuse à livrer la moindre localisation de ces gravures ici ou sur les réseaux sociaux. En cas de découverte de telles gravures, merci d'en informer le GERSAR et de taire leur localisation.

Vous pouvez retrouver toutes mes images et articles sur le sujet en suivant le tag : Gravures rupestres

Bibliographie :

BÉNARD ALAIN (2017) – Les abris ornés des VH (Forêt domaniale de Fontainebleau). Art rupestre (bulletin du GERSAR no 71), pp. 3-10. 
LEBON RICHARD, SIMONIN DANIEL & VALOIS LAURENT (2017) - Un important corpus de gravures rupestres de style inhabituel récemment découvert dans le massif de Fontainebleau. Bulletin de l’APRAB n o 15, pp. 61-71. 
LEBON RICHARD, SIMONIN DANIEL & VALOIS LAURENT (2018) – Des dépôts de pierres gravées relevant du style Haut Mont-Malmontagne dans le massif de Fontainebleau. Bulletin de l’APRAB n o 16, pp. 64-76. 
VALOIS LAURENT (2015) – La question des triangles pubiens dans l’art rupestre de Fontainebleau (1e partie). Art rupestre (bulletin du GERSAR) no 67, pp. 15-38. 
VALOIS LAURENT (2016) - La question des triangles pubiens dans l’art rupestre de Fontainebleau (2e partie). Art rupestre (bulletin du GERSAR) no 68, pp. 11-39. 

Et les articles de VALOIS LAURENT publiés sur le sujet dans les bulletins du GERSAR n o 70, pp. 13-28 ; no 70, pp. 29-34 et no 72 de juin 2018

mercredi 15 septembre 2021

[EXPO] Découvrez la BL'ORIGINE DU MONDE à Fontainebleau les 18 et 19 septembre

J'ai l'immense honneur et plaisir de vous convier à une brève exposition à la Maison des Compagnons à Fontainebleau dans le cadre de nos "Estivales". Comme c'est aussi les Journées Européennes du Patrimoine (JEP), une petite équipe d'artistes et photographes de notre collectif Artmotsphère IDF a pris pour thème le Patrimoine Naturel et Historique de Fontainebleau pour les week-end du 18-19 et 25-26 septembre.

J'y serai donc présent aux côtés de mes amis Aurélien Petit ( qui fera une conférence sur la "photographie animalière" le 18 à 16 h ) de Yannick Dagneau ( qui animera la même conférence mais  le 19 à 16 h ), de Philippe Levivier et de Caroline Labbé.

J'y exposerai sur le thème des Bl'Origines du monde à Fontainebleau ! Vous le savez très certainement (sinon, je vous invite à lire ceci), le Pays de Fontainebleau abrite l'un des plus grands sites d'observation de l'art pariétal préhistorique en Europe avec plus de 2000 cavités rocheuses gravées. Mais comme bien souvent à Fontainebleau, nos ancêtres n'ont rien fait comme leurs contemporains ! En effet, ils ont laissé très peu de témoignages figuratifs de la faune de l'époque. Toutefois, l'un d'entre eux, classé par les monuments historiques, fait cohabiter deux chevaux à un jeu de fissures retravaillées pour représenter un sexe féminin : L'origine de Bleau 

Plus loin, dans la forêt, d'autres signes laissent eux aussi à penser qu'un culte était rendu à la femme ou à une déesse Mère. Mais le plus surprenant finalement ce sont les flancs de certaines cavités, couverts de centaines de lignes énigmatiques qui font l'objet d'interprétation parfois les plus farfelues... Nous aurons très certainement l'occasion d'en discuter ensemble puisque je vous invite à une petite causerie sur ce thème le samedi 18 à 11 h.  

Les week-end suivants, vous retrouverez d'autres artistes locaux et leur programme est disponible sur le blog du collectif : Photo-Bleau

En cette période très difficile pour la culture et les artistes, nous vous attendons nombreux dans le respect des gestes barrières. 

Conformément à la réglementation actuelle, le passe sanitaire est hélas exigé dans les lieux de culture quel que  soit leur taille.

En attendant, vous pouvez retrouver une sélection de mes tirages des Bl'Origines ici


dimanche 11 mars 2018

Ces étranges gravures moyenageuses des Trois Pignons

Tout dans la forêt de Fontainebleau me passionne. Sa géologie fantastique, l'évolution de ses paysages, la faune et la flore qui s'y développent, les loisirs qui s'y pratiquent et bien évidemment, les trésors archéologiques et patrimoniaux qu'elle renferme. Parmi eux se trouvent les très mystérieuses gravures rupestres dont l'étude soulève souvent bien plus de questions qu'elle n'apporte de réponses. J'ai consacré une longue page aux gravures préhistoriques dont je vous présentais quelques très beaux exemples ici. Hier, profitant du retour du soleil et de nouvelles indications, (merci Robert !) je suis parti à la recherche d'un très mystérieux auvent gravé sans doute au Moyen Age dans les Trois Pignons. En effet, outre son étrange configuration, celui-ci abrite sur son plafond de très nombreuses gravures atypiques et uniques à Fontainebleau !
 
Première curiosité, sa configuration.
Cet abris n'a été découvert qu'en 2004... Il faut dire qu'il est particulièrement bien caché et que bien peu de gens songeraient à y entrer. Il faut même ramper pour s'y installer... Présenté comme un bivouac ou un abris de carrier à cause d'un muret circulaire assez grossier en pierres sèches, sa hauteur ne dépasse pas les 90 cm. Difficile donc d'imaginer une quelconque utilisation à cette construction dans cette configuration. A t-il été comblé ? Je ne pense pas car le mur ne semble pas s'enfoncer plus profondément. Une cache de matériel ?
 
Deuxième étrangeté, il ne présente aucune trace de dégradation (tant mieux) ou occupation entre le moyen âge et aujourd'hui ce qui est très exceptionnel ! Par ailleurs, il présente une série de dessins d'une rare homogénéité dans la thématique et la facture (trait continu). A priori, ce sont là les œuvres d'une seule personne quoique certains animaux soient mieux réussis que d'autres.
 
Enfin, troisième mystère, l'analyse des dessins ! Voici un extrait de ce qu'en a publié le GERSAR précisant que si certains éléments peuvent dater du XIIIe siècle, cela ne peut être extrapolé à l'ensemble du site.
 
"Le plafond est couvert d'un important décor de gravures linéaires, comprenant de nombreuses représentations d'humains et d'animaux intervenant dans des scènes de thème cynégétique (nda : chasse) : deux personnages soufflent dans des cors de chasse, un autre semble disposer d'un faucon apprivoisé... tous sont accompagnés de chiens lancés à la poursuite de cervidés et lagomorphes (nda : lièvre) en fuite. On remarque également un volatile de type faisan ou perdrix, et un très curieux personnage vu de face avec de grandes oreilles dressées."
"Hormis les scènes de chasse, on a aussi une scène de combat, ou plutôt de fin de combat, avec un chevalier piétinant un personnage de grande taille. La représentation de chevalier présente certains détails d'habillement et d'équipement guerrier pouvant être datés du XIIIe siècle."
 
Bon personnellement, j'ai pas encore tout trouvé (notamment les différents oiseaux) et certaines de mes interprétations seraient un peu différentes.

Par exemple, le curieux personnage aux grandes oreilles ne pourrait-il pas être un ours se faisant attaquer ? S'agit-il d'un "barbare" vêtu d'une peau de bête ? 

Voici donc mes quelques photographies de ce remarquable plafond... Et vous, vous y voyez quoi ?

 
La partie gauche est dédiée à la chasse
 
 
La partie gauche est dédiée à la chasse
 
 
Lièvre poursuivit par un chien
 
L'homme aux grandes oreilles
 
Cervidé poursuivit par un chien
 
Proie ou chasseur ?
 

Chevalier gauche
 
 
chevalier droite
 
 
photo 1-3
Voici quelques unes de mes interprétations et observations

Le sonneur de cor ?
 
L'attaque de l'ours
 
Le chevalier
 
Le casqué
 

dimanche 31 décembre 2017

Mémoire dans la pierre

J'ai déjà évoqué longuement l'importance des gravures rupestres préhistoriques de la Forêt de Fontainebleau et des Trois Pignons dans ce blog et sur la TL²B. Plus exactement, j'ai évoqué leur existence, publié quelques informations sur les très rares peintures rupestres de Fontainebleau, longuement épilogué sur la difficulté de préserver ces trésors archéologiques des imbécilités mais jamais je ne vous ai présenté des images des plus rares comme la Déesse Mère visible dans les Trois Pignons. Et pourtant quelle mystérieuse Dame que celle-ci. Profitant donc des conditions exécrables de ces derniers jours de l'année 2017, je suis allé lui rendre visite ainsi qu'à quelques grottes cachées dans notre belle forêt.
 
Je ne vais pas réécrire ici l'histoire de ces gravures. Je leur ai déjà consacré une page et vous pouvez y trouver un lien vers le guide d'initiation à l'art rupestre de Fontainebleau. Mais rappelons quand même quelques éléments pour vous situer dans le temps.
 
Les périodes qui vont nous intéresser le plus pour les gravures rupestres de Fontainebleau sont le Mésolithique et le Néolithique. Les derniers chasseurs, pêcheurs, cueilleurs nomades vivent au Mésolithique (de 9 500 à 5 100 avant J.-C.).  A partir de 10 000 avant J.-C., un réchauffement climatique (Holocène) s’opère, les forêts se développent à la place des steppes herbacées (les bouleaux puis les pins, noisetiers, ormes, chênes colonisent les plaines) et des espèces non grégaires comme les cerfs, les chevreuils et les sangliers prolifèrent. Ces changements environnementaux coïncident avec une mutation dans les techniques de chasse. On voit notamment une intensification de l'utilisation de l'arc, bien adapté à une végétation plus dense. Cette technique de chasse, apparue vraisemblablement il y a 12 000 ans, a nécessité la confection d'armatures microlithiques, caractéristiques des industries mésolithiques.
 
Le Néolithique (de 5 100 à 2 300 avant J.-C.) marque l'entrée de la Protohistoire qui est une période de très grands changements pour l’histoire des hommes : l’agriculture, l’élevage, la poterie, le tissage et le polissage de la pierre apparaissent avec les premiers villages sédentaires. A cette époque, l'homme se fixe progressivement en périphérie de la forêt de Fontainebleau et des Trois Pignons. S'il vivent en périphérie de la forêt pour profiter des rivières, les hommes ont certainement été impressionnés par les chaos rocheux que nous connaissons !
 
Profonds sillons dans le grès de Fontainebleau, mésolithique, Trois Pignons
En Europe, on connaît actuellement trois grands sites mésolithiques. Les premiers se situent au Nord, en Scandinavie où les populations qui vivaient dans les actuels Danemark, Suède, Norvège, pays Baltes et Russie ont laissé, dans des abris sous roche, des peintures et gravures rupestres, illustrant principalement des scènes de guerre, de chasse et de cueillette.
Au Sud, la deuxième zone riche en vestiges du mésolithique se situe en Espagne, où l’on parle d’« art rupestre du Levant », car situé du côté du Bassin méditerranéen et des Pyrénées. Ils recèlent de nombreuses peintures représentant des personnages stylisés ainsi que des scènes de chasse, danse, lutte et travaux agricoles. Mais des céramiques qui semblent dater de 4 000 ans av. J.-C. peuvent laisser à penser que ces sites font partie du néolithique. Un débat agite actuellement archéologues et préhistoriens à ce sujet.


Grotte aux gravures des Grands Avaux (Essonne)
Grotte aux gravures des Grands Avaux (Essonne)
 
 
Enfin, en France, l’art mésolithique est présent dans le sud de l’Île-de-France, ainsi que dans le massif gréseux du Tardenois, dans la région de Château-Thierry (Aisne). A Fontainebleau, ou plus de 1500 cavités rocheuses abritent des gravures rupestres ce qui en fait le second site après celui de la vallée des Merveilles et du mont Bégo (Alpes-Maritimes) qui, lui, date du néolithique/âge du bronze.

Mais à Bleau, à priori, rien de spectaculaire...sauf à s'attarder longuement et à prospecter l'ensemble des grottes gravées. En effet, vos premières rencontre avec cet art rupestre se limitera sans doute à une profusion de traits plus ou moins nombreux et profonds. Un art très répétitif.  « Il s’agit principalement de rainurages en forme de grilles, de quadrillages évoquant des tablettes de chocolat ou des grilles de prison, bref d’un art rupestre à base de lignes droites, non figuratif, répétitif, codifié que, faute d’éléments indicateurs, on ne peut dater que d’après le style, en l’occurrence celui de l’époque mésolithique m'expliquait un jour Alain Bénard, chercheur et président du GERSAR. D'après lui, l’artiste de l’époque ne pouvait tracer que des lignes droites pour des raisons techniques : il ne possédait que des lames en grès – appelées gravoirs –, plus rarement en silex, à peine plus solide que le grès qu’il entaillait. Il pouvait néanmoins profiter des courbures de la paroi et créer, des formes à trois dimensions.
 

Grotte Vuibert, Trois Pignons, Fontainebleau
 
Grotte Vuibert, Trois Pignons, Fontainebleau
 
 
 
 
 
 
 
 
Toutefois, certains hommes se sont risqués à graver d'autres représentations dans la pierre. Ici, une cavité abrite un cheval de l’époque paléolithique (entre – 15 000 et – 12 000)  tandis que d'autres cachent de rares représentations de cervidés.
 
Cervidé gravé, Grotte Thaurant, Trois Pignons

Cheval gravé, Trois Pignons, Classé Monument Historique
Cheval gravé, Trois Pignons, Classé Monument Historique

Là, superposés aux quadrillages typiques du mésolithique, surgissent un cavalier tracé à l’époque médiévale, ainsi qu’une « triple enceinte », trois carrés encastrés à l’instar de poupées russes, symbole chrétien du XIIe au XIVe siècle. On peut aussi observer de rares figures anthropomorphes, bras écartés, parfois dotés de trois doigts à chaque main. « Cette tridactylie pourrait être un marqueur culturel du VIIIe millénaire », avance prudemment Alain Bénard.
 
Hominidé tridactyle, Trois Pignons, Fontainebleau
Ces abris ornés n’étaient pas habités, mais étaient cachés et servaient probablement de lieux de rites ou de culte. Découvrant ces parois abritées, des humains s’y sont faufilés et y ont dessiné des gravures dans les parties les plus tendres mais aussi les plus fragiles de la roche. C'est d'ailleurs la pérennité de ces cultes païens  qui conduisirent bien plus tard les chrétiens à sanctifier bon nombre de ces sites en les affublant de nom de Saint et de multiples croix.
 
Gravures rupestres des Trois Pignons, Fontainebleau, Grotte Thaurant
Donc parmi la profusion de gravures, répétées jusqu'à la banalisation, je reste fasciné par la Déesse Mère ! Un vocable moderne qui fait référence à divers cultes qui auraient été rendus à une « mère universelle » du paléolithique. Un culte primitif de la fertilité qui aurait été universellement partagé et, dans lequel la représentation de la femme tenait une grande place et revêtait une dimension sacrée traduisant par une vénération pour la Terre. Certes les rotondités gréseuses de notre belle forêt offrent un large éventail de vénus callipyges aux grimpeurs qui prennent un plaisir certain à les caresser. Mais c'est dans la roche gravée, au milieu des quadrillages, sillons, marelles, séries parallèles, cupules, et autres rouelles que nos ancêtres chasseurs-cueilleurs sont venus là il y a plus de 5000 ans pour graver, au sommet d'un pignon, caché dans une niche à presque deux mètres du sol, la Déesse Mère.
 
La Déesse Mère des Trois Pignons, Grotte Vuibert
 
La Déesse Mère des Trois Pignons, Grotte Vuibert
 
 
Elle n'apparaît pas tout de suite à celles et ceux qui trouvent sa cachette et sa schématisation restera sans doute bien mystérieuse aux profanes. Et pourtant, elle présente un visage bien connu. Celui de la Dame de Saint Sernin sur Rance, l'une des 120 statues menhirs de la Méditerranée.
 
Et comme si cette étrange ressemblance ne suffisait pas, Jean-Louis Albert, spécialiste de l'Afrique, rapportait dans ses carnets de voyage, des photographies de gravures rupestres très anciennes faites au Gabon dans les sites du Parc National de La LOPÉ (ville de Ayem) ou de Kaya-Kaya, près de Franceville dont celle-ci. Surprenant non ?
 
Déesse gravée au Gabon, photo de Jean Louis Albert
 
 
Bref, il y a dans notre forêt 1000, 1500 ou 2000 géodes gravées.  Mais ornés de quoi ? Que signifie cette profusion de signes ? Et quel besoin a encore l'homme moderne, celui du XXIe siècle, après ses ancêtres du XXe, du XIXe et jusqu'à -10 000 ans, de graver dans la roche un signe, son nom, une date... ?
 
Les graveurs projetaient-ils leur propre existence dans la gravure de ces géodes ? Cette gravure par usure de la pierre, par  érosion, n'est-elle pas un acte symbolique de dématérialisation ? Car finalement, par ces droites et autres signes, l'être humain a marqué, signé, identifié son existence en s'appropriant l’espace. Si les raisons des gravures rupestres de Fontainebleau ne sont pas expliquées par les archéologues, elles démontrent peut être une chose : à la fin du mésolithique, l’art pariétal jusque là figuratif a évolué vers l’abstraction, prémices d'une écriture à venir…
 
Détérioration des gravures préhistoriques d'un auvent
mai 2018, Trois Pignons
Mais ne vous méprenez pas, gravé dans la pierre, votre nom, dans trois ou cinq mille ans, n'aura sans aucun doute plus aucune signification pour les lecteurs futurs. En tous cas, pas plus que ces traits ancestraux aujourd'hui bien mystérieux !

Alors, s'il vous plait, observez ces gravures préhistoriques avec respect et n'y ajoutez pas votre épitaphe.

 
 


Pour en savoir encore plus :

- offrez-vous le très beau livre illustré de photographies noir et blanc d’Emmanuel Breteau
Mémoire rupestre. Les roches gravées du massif de Fontainebleau, Éditions Xavier Barral, 140 p.
- visitez le Musée départemental de la préhistoire d’Île-de-France à Nemours (Seine-et-Marne), 
- lisez Symboles et mystères. L’art rupestre du sud de l’Île-de-France, Éditions Errance, 2014.
 
Jetez un œil au site des fouilles des tombes d'Auneau au sud-ouest de notre Pays de Fontainebleau et à ce dossier de Futura Sciences et laissez-vous guider par cette vidéo sur les gravures de Fontainebleau

jeudi 31 mars 2016

Tutoyer la préhistoire en grimpant, oui mais avec respect !


A la faveur d'une giboulée, vous serez sans doute tenté de trouver refuge dans un des nombreux abris sous roche de la forêt de Fontainebleau. Si ce n'est pas toujours facile dans certains sites, les grès du Cirque de Larchant offrent de très belles cavités, parfois très spatieuses et que certains grimpeurs connaissent bien pour les possibilités d'escalade surplombante qu'elles offrent. Mais attention, nombre d'entre elles cachent aussi de précieux témoignages du passé. Apprenez à les identifier et surtout, respectez-les. Pas de tags, pas de nouvelles gravures, pas de feu...





Pourquoi évoquer spécifiquement Larchant ?



Ce cirque à la formation géologique particulière de par la présence du marais, de petites sources et de vastes forêts sur les plateaux a attiré les hommes préhistoriques, qui bénéficiaient, au fond de ce « golfe » de nombreux abris rocheux et d’un relatif isolement, par rapport à la vallée du Loing, plus passante. Comme dans de nombreux sites de la forêt de Fontainebleau et des Trois Pignons, on trouve donc ici diverses gravures rupestres dont certaines constituent des témoignages qui confèrent au site une importance remarquable. L’on compte plus d'une centaines de cavités gravées allant de l'ensemble de sillons usés jusqu’aux patronymes et inscriptions du XVIIe au XXIe siècles.




Un patrimoine exceptionnellement riche et fragile.




Gravures Préhistoriques typiques de Fontainebleau, (C) 2016 Greg Clouzeau
Gravures Préhistoriques typiques de Fontainebleau,
mais avec hélas des dégradations modernes !
(C) 2016 Greg Clouzeau

Je ne donne pas les localisations précises pour éviter les dégradations et pillages. Ceci étant dit, dans un but de préservation, je vais quand même vous révéler ici un secret de polichinnelle : l'emplacement d'une peinture préhistorique à Bleau !
Pour commencer, disons que l'on trouve ces abris au Maunoury, pignon rocheux à l’Est du massif de la Dame Jeanne (une dizaine). autour de la Dame Jouanne avec près d'une trentaine d'abris connus mais souvent très dégradés et pollués.  Un peu plus loin, au lieu-dit « les Crottes au Fer », on trouve une vingtaine d'abris. Ensuite, au rocher de la Justice, c'est à dire autour de « l’Elephant », en bordure Nord du massif, se trouve l'exceptionnel abri de « la Croix du Petit Homme » qui lui vaut d'être classé monument historique depuis 1954 et au Nord-Est, la grande grotte du « Chamois » qui recèle de beaux ensembles de sillons et quelques grilles. Enfin, en revenant vers Larchant, le massif de « La Roche au Diable » qui compte un quinzaine d'abris gravés, en offre 2 remarquables :
- la « Cave du Diable » qui comporte, près de son entrée, une gravure de croix en ronde-bosse, d’une facture très rare dans le Bassin Parisien.
- et sur le versant Nord de la Roche au Diable, la grande grotte dite « grotte à la peinture », découverte en 1959 et très étudiée par les préhistoriens, plus connu des grimpeurs sous le nom de "bout du monde".


C'est dans cette dernière que les photos ont été prises et je vous demande, amis grimpeurs, d'apporter le plus grand soin dans vos explorations des possibilités d'escalade de la grotte en n'y pratiquant que des traversées sur le rebord de la platière. N'y faite jamais de feux.


En effet, cette peinture préhistorique, sorte de tracées digitaux à l'ocre, est l'une des 3 exemplaires connus de peinture de cette époque en forêt de Fontainebleau. C'est aussi la moins dégradée et la plus facilement accessible.


La grande grotte dite « grotte à la peinture », Fontainebleau, (C) 2016 Greg Clouzeau
NE PAS GRIMPER EN POSANT LES PIEDS SUR LE SOCLE ET LE PLAFOND
NE PAS FAIRE DE FEU !!!!! MERCI
Car c'est dans ce plafond que ce cache les tracés digitaux à l'ocre que l'on voit ci-dessous !



Tracés digitaux préhistoriques de la grande grotte dite « grotte à la peinture »,
Tracés digitaux préhistoriques de la grande grotte dite « grotte à la peinture »,
Larchant, (C) 2016 Greg Clouzeau
Vous pouvez cliquer sur les photos pour passer en plein écran.


Pour en savoir plus sur l'art rupestre, relisez ma page sur ce thème
Voir aussi l'article de Jipé sur son blog à propos de ces peintures.

mardi 14 avril 2015

Des gravures rupestres aux Grands Avaux

Les gravures rupestres de Fontainebleau sont souvent très faciles d'accès et non protégées. La plus part des quadrillages datent de la Préhistoire (lire cette page) et constituent un superbe patrimoine historique librement observable. En revanche, cette liberté entraine inévitablement une dégradation par des visiteurs peu informés de leur importance... Merci de les respecter, elles sont fragiles.

Dans la forêt départementale des Grands Avaux (91), on peut en observer plusieurs spécimens dont celles-ci dans un grand auvent très connu des grimpeurs...


Surplomb gravé des Grands Avaux, Essonne,
Surplomb gravé des Grands Avaux, Essonne,
 
Surplomb gravé des Grands Avaux, Essonne,
Surplomb gravé des Grands Avaux, Essonne,