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jeudi 11 mai 2023

[FICHE ESPECES] Bergeronnette des ruisseaux et bergeronnette grise dans les zones humides du Pays de Fontainebleau

Il est temps pour moi de reprendre un peu plus régulièrement mes publications sur mon blog tant pour l'escalade que pour les fiches espèces. Une fois n'est pas coutume, cette fiche sera consacrée à deux espèces d'oiseaux  ! En effet, je me suis peu investi ces dernières années dans l'animalier et l'ornithologie faute de temps et de matériel mais profitant de quelques congés pour explorer les rivières du Pays de Fontainebleau, j'ai fait quelques belles rencontres que je me devais de vous partager. Alors commençons pas les bergeronnettes.

Les Bergeronnettes


Les milieux humides au cœur de la forêt de Fontainebleau sont assez peu nombreux, fragiles et parfois éphémères. Pour autant, ils restent indispensables à certains oiseaux. En périphérie et jusqu'à la Seine, de nombreux rus, ruisseaux et rivières permettent à certaines espèces de s'épanouir dans le Pays de Fontainebleau. Ainsi, en suivant le Ru de la Mare aux Evées j'ai rencontré la très commune Bergeronnette grise (Motacilla alba) mais aussi l'étincelante Bergeronnette des ruisseaux (Motacilla Cinerea) !

Treize espèces de bergeronnettes constituent le genre Motacilla (ordre des Passeriformes) qui doit son appellation commune au diminutif de bergère parce qu'il se plaît au milieu des troupeaux. Les Motacillidés sont donc des passereaux de taille moyenne (11 à 24 cm), à longue queue et à longues pattes. Les Bergeronnettes se repèrent assez facilement sur une branche ou au sol car elle ont tendance à se déplacer avec des mouvements très saccadés. Elles piètent, c'est-à-dire qu'elles marchent, une patte devant l'autre, avec de brusques mouvements de la tête et de queue. Elles sont donc parfois appelées hochequeues.  Nos deux espèces du jour aiment tout particulièrement les zones humides où on peut assez souvent les voir courir à la poursuite d'insectes. Elles sont largement répandues sur la planète, y compris en altitude et ne sont donc pas menacées. 

Bergeronnette grise (Motacilla alba)

Bergeronnette grise (Motacilla alba), ENS Malécot, Pays de Fontainebleau
Bergeronnette grise (Motacilla alba), femelle, ENS Malécot, Pays de Fontainebleau


La Bergeronnette grise occupe une large gamme d'habitats ouverts, aussi bien secs que humides, mais se rencontre généralement non loin d'un point d'eau. La condition principale est que l'espace soit bien dégagé, avec un accès facile au sol où se passe l'essentiel de son activité. C'est pourquoi elle apprécie les milieux agricoles, les abords dégagés des plans d'eau, les pelouses urbaines, les terrains vagues industriels, etc. Avec sa silhouette fine, sa longue queue agitée et sa tête noire et blanche, la Bergeronnette grise attire rapidement l'attention dans les paysages dégagés qu'elle fréquente systématiquement, surtout qu'elle n'est pas vraiment farouche. Avant que l'Homme ne lui procure en abondance les anfractuosités nécessaires à la construction des nids, elle devait en trouver essentiellement le long des berges érodées, d'où probablement sa relation à l'eau.
La Bergeronnette grise est insectivore au sens large et se nourrit de toutes sortes de petits invertébrés dont la nature varie suivant l'endroit où elle se nourrit.

Bergeronnette grise (Motacilla alba), ENS Malécot, Pays de Fontainebleau
Bergeronnette grise (Motacilla alba), femelle, ENS Malécot, Pays de Fontainebleau

Les études ont montré que les diptères (mouches, etc.) étaient toujours majoritaires dans son régime car souvent naturellement abondants dans les sites qu'elle fréquente. Elle use de trois méthodes pour s'alimenter. Elle chasse tout en marchant, au sol que l'insecte soit sur terre ou sur la végétation flottante mais elle peut aussi fondre sur sa proie d'une accélération rapide. Enfin, elle peut capturer des insectes en plein vol. Avalées d'un seul coup, car ce sont en général des insectes de petite taille, les proies des Bergeronnettes, si elles sont trop grosse seront frappées sur une pierre ou au sol avant d'être consommées. Opportuniste, la Bergeronnette grise peut se nourrir dans les décharges, tas de compost, voir cadavres d'animaux qui attirent les mouches.

La saison de nidification de la Bergeronnette grise s'étale d'avril à juillet mais le calendrier varie suivant la latitude. Sous des cieux tempérés, les couples ont le temps de mener à bien deux nichées. Plusieurs mâles peuvent se quereller avec force gesticulations pour la même femelle, mais c'est cette dernière qui a le dernier mot. Puis surviennent les accouplements au bout de quelques jours de vie commune.
La nidification suivra sans délai. La Bergeronnette grise fait son nid dans une anfractuosité et ce dans des contextes très variés. Constitué d'éléments végétaux variés (brindilles, herbes, fibres diverses, radicelles, mousse), il est garni de poils, de laine et de plumes. La femelle pond cinq ou six œufs gris-bleu, tachetés de brun. L'incubation dure une quinzaine de jours, assurée majoritairement par la femelle. Les jeunes, couvés par la femelle durant les cinq premiers jours, sont nourris par les deux adultes. Ils quittent le nid au bout de deux semaines. Le couple se partage ensuite la fratrie qui sera encore sous sa dépendance une quinzaine de jours, mais la femelle peut entamer une seconde reproduction avant même que la première nichée soit émancipée.

Bergeronnette grise (Motacilla alba), ENS Malécot, Pays de Fontainebleau
Bergeronnette grise (Motacilla alba), femelle, ENS Malécot, Pays de Fontainebleau



Bergeronnette des ruisseaux (Motacilla Cinerea)


La Bergeronnette des ruisseaux est très dépendante de l'eau. En effet, c'est au bord de l'eau et même en eau peu profonde qu'elle cherche sa nourriture. Tous les cours d'eau sont susceptibles de l'héberger, mais elle a quand même une nette préférence pour les eaux agitées, où elle se nourrit sur l'écotone eau-terre en puisant dans les deux milieux. Insectivore, elle se nourrit principalement d'insectes à larves aquatiques mais capture aussi des gammares, crustacés amphipodes, et de petits mollusques. Pour cela, elle déambule en eau peu profonde.

Bergeronnette grise (Motacilla Cinerea), Ru de la Mare aux Evées, Pays de Fontainebleau
Bergeronnette des ruisseaux (Motacilla Cinerea), femelle, Ru de la Mare aux Evées, Pays de Fontainebleau

La Bergeronnette Cinerea est monogame et fortement territoriale. Le mâle défend vivement son territoire par son chant et le vol territorial associé du fait de la rareté de la ressource. Il se tient penché ailes et queue ouvertes et basses, exhibant les plumes jaunes ébouriffées de son croupion à titre de signal visuel. Le cri émis en vol est un "tjip" sonore et résonnant, souvent doublé en "tjitip", et l'oiseau n'en est pas avare. Le chant consiste en la répétition de notes aiguës, très sonores, souvent émises par séries de 3 à 5. La puissance et la fréquence de la voix permettent au chanteur d'être entendu malgré les bruits de chute ou d'écoulements d'eau.

Elle peut se trouver aussi bien en milieu ouvert qu'en forêt. On peut même la trouver en agglomération lorsqu'un cours d'eau traverse un parc et l'altitude importe peu puisque certaines ont été observées nichant à  à plus de 4 000 m dans l'Himalaya. Les oiseaux sédentaires occupent leur territoire toute l'année, mais sous climat continental à hivers froids, les bergeronnettes vont hiverner plus au sud au bord des eaux douces ou marines ainsi que dans tous les milieux inondés. Les oiseaux nichant en altitude descendent vers la plaine avant l'hiver. La saison de reproduction de la Bergeronnette des ruisseaux s'étend de mars à août. En Europe de l'Ouest, la nidification elle-même débute en avril et sera parfois suivi une seconde nichée. La femelle pond 3 à 7 œufs que les parents couvent durant 12 à 14 jours. Les petits sont nourrit au nid pendant 12 à 13 jours encore et les juvéniles s'émancipent 2 à 3 semaines après l'envol.

Bergeronnette grise (Motacilla Cinerea), Ru de la Mare aux Evées, Pays de Fontainebleau
Bergeronnette des ruisseaux (Motacilla Cinerea) femelle, Ru de la Mare aux Evées, Pays de Fontainebleau

Pour la nidification, elle a besoin d'un milieu rocheux où construire son nid. À l'origine, ce devait être assez systématiquement un pan rocheux naturel présentant des irrégularités comme des fissures, mais de nos jours, l'Homme lui fournit de nombreux sites de nidification artificiels (ponts, moulins, etc.). Le nid est le plus souvent caché à la vue par une touffe d'herbe, mais il suffit souvent de se placer sur un pont et d'observer le cours d'eau pour découvrir la Bergeronnette des ruisseaux d'autant que le jaune se détache assez bien sur son environnement et que la Bergeronnette des ruisseaux a toutes les caractéristiques comportementales du Hochequeue !

La Bergeronnette des ruisseaux présente un dimorphisme sexuel. Le mâle nuptial se reconnait tout de suite à sa bavette noire. La tête est gris-cendre. L'œil sombre possède deux arcs oculaires blancs dessus et dessous. Deux larges moustaches blanches bordent la bavette noire. En hiver, le mâle perd cette bavette et ressemble alors plus à une femelle, mais reste plus jaune dessous. La queue est très longue, noire au centre, avec 3 paires de rectrices externes blanches bien visibles au vol également. Les pattes sont rosâtres à brunâtres.
Bergeronnette grise (Motacilla Cinerea), Ru de la Mare aux Evées, Pays de Fontainebleau
Bergeronnette des ruisseaux (Motacilla Cinerea), mâle, Ru de la Mare aux Evées, Pays de Fontainebleau

La femelle nuptiale ressemble au mâle, mais n'a pas de bavette noire. En hiver, ses parties inférieures sont nettement moins jaunes, excepté au niveau des sous-caudales. Les flancs sont blanchâtres. Le juvénile ressemble à une femelle pâle. Le gris du dessus est légèrement nuancé d'olive. Le dessous est blanchâtre avec souvent la poitrine crème à saumon pâle. Critère spécifique, le jaune est confiné aux sous-caudales.
Bergeronnette grise (Motacilla Cinerea), Ru de la Mare aux Evées, Pays de Fontainebleau
Bergeronnette des ruisseaux (Motacilla Cinerea), femelle, Ru de la Mare aux Evées, Pays de Fontainebleau

On avance la possibilité de confusion entre la Bergeronnette des ruisseaux et la printanière. À mon avis, quand on voit bien les oiseaux, cela ne vaut que pour les juvéniles, et encore. Le manteau, le dos et une partie des couvertures sont gris chez notre Bergeronnette alors que la printanière est plus brune, avec un sourcil plus net, mais surtout est complètement dépourvue de jaune et avec une queue nettement plus courte.

Voilà pour cette reprise des Fiches Espèce et ce nouvel article Ornitho du Pays de Fontainebleau. Dites-moi si vous croisez ces charmantes Bergeronnettes près de chez-vous en commentaire !

La photographie animalière et ornithologique.


Un petit mot pour terminer cet article sur le matériel et le respect de la faune me semble nécessaire. Je ne suis pas photographe animalier ou naturaliste comme bon nombre de mes confrères et consœurs de la région. C'est à dire que je ne suis pas spécialement équipé pour ce type d'image, que je n'affûte pas et que je ne me réveille pas avant l'aurore pour traquer les bêtes - ils, elles, le font beaucoup mieux que moi !- Mes images sont donc prises au hasard de mes billebaudes. Pour autant, je prends toutes les précautions nécessaires pour ne pas déranger les animaux (j'évolue en silence et contre le vent) mais surtout je ne m'approche jamais des petits ou des nids. Si par hasard je vois une mère fuir un nid à cause de ma présence, je ne m'attarde pas sur place pour qu'elle puisse revenir très rapidement. En cette période de naissance, il est primordiale de respecter la tranquillité des animaux. En cas de rencontre avec un petit, ne le touchez pas ! Son isolement n'est pas synonyme d'abandon mais s'il vous prenez l'envie de le caresser, vous le condamneriez à une mort certaine. C'est aussi vrai pour de nombreux oiseaux qui, même tombés du nid, peuvent être élevés au sol par les parents. 

A 15 mètres avec un 100 mm plein format, une bergeronnette d'une dizaine de centimètres de dos
reste peu visible sur une image. Avec un gros recadrage, un tirage en 15 X 20 cm sera le
maximum possible pour ce type de photographie...



Matos photographique


Si vous aimez la nature et la photographie, vous avez sans doute déjà essayé au moins une fois de photographier un oiseau. Vous aurez alors compris que ce n’est pas la chose la plus facile à faire… Ils sont petits, rapides et fuyards ! Bref, on les entend beaucoup plus que l'on ne les voit. Donc, il faut, pour réussir ses images un appareil photographique un peu performant mais surtout, un téléobjectif d'au moins 200 mm. Et c'est un minimum. Notez que si  votre boîtier n’est pas un plein format mais un capteur APS-C, alors, bonne nouvelle, votre 200 devient un 300 mm (car il faut en moyenne multiplier par 1,5 pour obtenir l’équivalence de focale en 24x36mm par rapport au capteur). Dans l’idéal, il vous faudra un objectif lumineux, c'est à dire qui peut ouvrir à grande ouverture (le plus petit chiffre possible après le f). Par exemple dans mon cas, je peux utiliser mon 70-200mm et ouvrir mon diaphragme jusqu’à f/2.8, ce qui est une grande ouverture. Le problème, c’est que ce type d’objectifs coûte cher. Enfin, de manière générale, pour figer le vol d'un Martin pêcheur,  vous devrez pouvoir atteindre au minimum le 1/800 de secondes ce qui est faisable facilement avec ce type d'objectif même en cas de faible lumière mais devient plus problématique avec des cailloux ouvrant à partir de f5,6. Et ce d'autant que  nos micromouvements (mains, déclenchement, respiration...) sont amplifiés par les téléobjectifs s'ils ne sont pas stabilisés. Il faut donc des vitesses rapides pour obtenir des photos bien nettes et jamais inférieures à la focale (1/300 pour un 300 mm, etc.). 

Mais rassurez-vous, si vous ne pouvez pas vous offrir un tel cailloux pour le moment, ce n’est pas grave ! Toutes les images de cet article et des prochains ont été réalisé avec du vieux matériel dont les performances sont très limitées par rapport à ce qui se fait aujourd'hui.  En effet, j'ai un vieux zoom 100-300 mm f5,6 Canon d'entrée de gamme qui, monté sur un vieil EOS500, me dépanne. Les images manquent de netteté à 300 mm notamment au-delà de 30 mètres mais il fait le job si on reste à moins de 15 m de la cible ! Comme le boîtier est lui aussi très vieux, l'auto-focus et le moteur de l'objectif ont parfois bien du mal à faire une mise au point correcte et, avec un ouverture de 6,3 pour 800 ISO, la moindre vibration se ressent sur l'image. Comme il faisait souvent sombre ces derniers jours, j'ai souvent été un peu trop juste en vitesse.

Même à moins de 10, dans un sous bois sombre, une bergeronnette des ruisseaux nécessite un
matériel photographique un peu couteux ou au moins récent pour être exploitable



Les oiseaux sont des animaux sauvages, donc par essence ils sont méfiants et craintifs. Pire, ils ont une très bonne vue ! Il vous faudra donc vous déplacer de manière discrète et surtout lentement, pour ne pas effrayer l’animal qui vous observe. Parfois, il vous faudra carrément stopper tout mouvement pendant de longues minutes, afin que l’animal se rassure et vous oublie (un peu). J'ai traqué un couple de héron et un couple Martin pêcheur (images prochainement) mais ces oiseaux ont une vue extraordinaire et vous repèrent de très loin ! Anticipez vos réglages en faisant une ou deux images à vide pour vérifier l'exposition car il faudra de la réactivité pour ne pas rater une scène qui ne durera souvent que quelques secondes.

Bref, aujourd’hui, un amateur pourra très bien commencer la photographie animalière avec un boîtier à « petit » capteur (APS-C) de milieu de gamme autour des 1000 €, qui lui offrira des performances tout-à-fait honorables, comparées aux boîtiers « pro » d’il y a 10 ans. Il faudra juste beaucoup de patience pour approcher les oiseaux avec un 100 mm. 


lundi 6 février 2023

[FICHE ESPECE] L'araignée coccinelle (eresus Kollari) un petit trésor de Fontainebleau

Les visiteurs de la Forêt de Fontainebleau et des Trois Pignons sont rarement de grands fans des araignées ! Elles sont pourtant aussi inoffensives qu'utiles et sans elles, nous serions envahis par des insectes de toutes sortes. En général, plus elles sont grosses et velues, plus elles font peur et parmi les nombreuses arachnides que l'on peut observer, celle que je vais présenter ici, a de quoi surprendre au milieu des autres "fiches espèce" de ce blog. Mais que voulez-vous, Fontainebleau est une forêt d'exception à plus d'un titre. Je publie donc à nouveau cette fiche espèce suite à diverses corrections et échanges.

Eresus kollari ou l'Érèse coccinelle Trois Pignons, Fontainebleau, Oct. 2020
Eresus kollari ou l'Érèse coccinelle mâle Trois Pignons, Fontainebleau, Oct. 2020


Eresus kollari ou l'Érèse coccinelle est une araignée paléarctique qui fut appelée par le passé Eresus niger ou Eresus cinnaberinus. Comme toutes les araignées de ce genre, le mâle et la femelle ont des apparences très différentes et si la femelle est difficile à observer, le mâle se reconnaît aisément lors de ses déplacements à la recherche d'une femelle grâce à son abdomen rouge vif orné de quatre taches rondes et noires. La femelle est, elle, presque entièrement noire, à l'exception d'un semis de poils ocrés sur la tête.

C'est une araignée fouisseuse donc qui vit bien cachée et il y a assez peu de chance que vous croisiez sa route en dehors des quelques mâles qui circulent en surface dans certains coins de la forêt car cette espèce est quand même assez rare ici.

Elle vit dans l'écozone paléarctique, l'une des huit régions biogéographiques terrestres. Cette écozone correspond essentiellement aux écorégions terrestres de l'Europe, de l'Afrique du Nord (jusqu'au Sahel septentrional), des deux-tiers nord de l'Asie (jusqu'à l'Himalaya), et du Moyen-Orient (sauf l'Arabie) mais Eresus Kollari est présente surtout en Europe méridionale et centrale et le bassin méditerranéen jusque dans les Alpes du sud entre 600 et 2 000 mètres d'altitude.

Eresus kollari ou l'Érèse coccinelle Mâle, Aout 2015, Réalon, Alt. 2000m
Eresus kollari ou l'Érèse coccinelle Mâle, Aout 2015, Réalon, Alt. 2000m

L'araignée vit dans les terrains sablonneux, secs et chauds, les garrigues caillouteuses, sur les pentes recouvertes de bruyère où la femelle creuse un terrier en forme de tube d'une dizaine de centimètres de profondeur et dont l'entrée est recouverte d'une soie particulière émise par des filières spécialisées (le cribellum). À l'entrée du terrier, la soie s'élargit pour former une sorte de tapis déployé sur le sol qui se termine par des fils de capture. Ce sont généralement des coléoptères qui se font piéger par la toile, mais aussi des mille-pattes ou encore d'autres animaux au sol Cette araignée chasse donc avec ses pattes attrapent ceux qui ont le malheur de passer à proximité de son trou.

La femelle fabrique un cocon pour contenir les œufs et le porte à la surface durant la journée pour le réchauffer. La nuit, elle le cache à nouveau dans son terrier. Le cocon est constitué d'une enveloppe interne, blanc nacré, qui contient les œufs et d'une enveloppe externe, épaisse et plus sombre à laquelle s'accrochent des débris. Les jeunes restent avec leur mère pour une longue période : ils peuvent muer six fois avant de sortir. Si la mère meurt de vieillesse elle peut être mangée par ses enfants. 

Une fois arrivé à maturité, en automne ou au printemps, les mâles quittent leur trou en septembre octobre et se mettent à la recherche d'une femelle qui, elle, reste sédentaire. Les femelles peuvent vivre quatre ans et ne quittent pas leur terrier où a lieu l'accouplement. Les femelles ne mangent pas le mâle.

Si les femelles sont donc quasi invisibles, les mâles sont facilement repérables et identifiables malgré leur petite taille (8 à 11 mm pour le corps et les femelles de 9 à 16 mm). Cette araignée compacte, aux allures de mygale couverte de poils épais jusqu'aux pattes est inoffensives pour l'homme mais de très rares morsures pourraient causer quelques réactions fortes. Laissons - là tranquille et merci de ne pas leur faire de mal.

Le céphalothorax du mâle, légèrement surélevé, est noir avec quelques soies blanches. Le bouclier céphalothoracique rectangulaire et les petits yeux sont caractéristiques de la famille.  L'abdomen est couvert de soies rouge orangé avec deux ou trois paires de taches noires dorsales, parfois cerclées de blanc. Les pattes sont noires avec des anneaux blancs aux articulations. Les pattes III et IV portent des soies rouges. Jusqu'à sa dernière mue, le mâle a la même couleur que la femelle.

Il existe deux espèces de ce genre en France mais l’observation des pièces génitales est indispensable pour une certitude d’identification bien que les colorations soient un peu différentes.

Eresus kollari ou l'Érèse coccinelle Trois Pignons, Fontainebleau, Oct. 2020

Photographier, l'érèsus est assez difficile. Outre le fait qu'il faut déjà la croiser, les mâles courent assez vite. C'est finalement au smartphone que j'ai eu les meilleurs résultats. Croisé une première fois en montagne, nous avons la chance de retrouver ce mâle lors d'une balade dans la Vallée Chaude. Dans le Massif de Fontainebleau, il y a plusieurs colonies dans les environs de la Justice de Larchant et dans la Plaine de Chanfroy. C'est pour ce genre de rencontres qu'il est important de maintenir des milieux ouverts en forêt et que soit conduit régulièrement des chantiers d'arrachage des pins sur les platières comme celui-ci en 2016 qui avait permis la redécouverte de certaines stations d'Eresus.


mardi 12 avril 2022

[ESPECE] La mouche de Saint Marc et le lézard glouton

La mouche de la Saint Marc (Bibio marci) ou Bibion est une espèce d'insectes de l'ordre des diptères, de la famille des Bibionidae. Cette mouche noire au corps allongé et velu s'envole dès les premières chaleurs de la fin mars et traditionnellement à partir du 25 avril (d'où son petit nom). Commun et répandu dans toute l’Europe, ce diptère de 8 à 15 mm a un vol assez lent et maladroit. Du coup, ce week-end, il faisait le régal de ce très beau lézard des murailles (Podarcis Muralis). Il ne lui aura fallu que deux minutes pour gober la dizaine de Bibions qui volaient à moins de 50 cm du sol.  Un spectacle captivant dont hélas, je n'ai pu saisir les bonds tant ce lézard était rapide !

Lézard des murailles en chasse dans les Grands Avaux, PNR du Gâtinais, Pays de Fontainebleau
Lézard des murailles en chasse dans les Grands Avaux, PNR du Gâtinais, Pays de Fontainebleau

Et me voilà donc en train de vous proposer une fiche espèce, sans aucune image de la mouche ! Les bibions sont de plusieurs espèces et seul une observation attentive et pointue permet de les distinguer... Ainsi, Bibio hortulanus a la pilosité des côtés du thorax et de l’abdomen grise, Bibio anglicus a les deux nervures de l’apex de la cellule près du ptérostigma de longueur égale, Bibio clavipes vole en automne. Il parait plus mince, avec des pattes plus longues et fines, Bibio leucopterus a les ailes laiteuses, Bibio venosus a toutes les nervures alaires noircies alors que Bibio Marci est entièrement noire, y compris les pattes et les poils. L’apex des tibias possède un éperon fort en forme de bec. Les antennes sont courtes et robustes, insérées sous les yeux. Les yeux sont nettement séparés chez la femelle, contigus et sensiblement plus gros chez le mâle. Le mâle a les ailes subhyalines et la cellule costale noirâtre alors que la femelle a les ailes brunies et noirâtres le long de la costale.

Lézard des murailles gobe une mouche de Saint Marc dans les Grands Avaux, PNR du Gâtinais.
Lézard des murailles englouti une mouche de Saint Marc dans les Grands Avaux, PNR du Gâtinais.

Très communs, les bibions volent peu et souvent à basse altitude En vol, les pattes arrières des bibions restent pendantes et bien visibles. On les trouvent dans des endroits plutôt humides d'autant qu'ils affectionnent les sols en décomposition où ils vont pondre à partir du mois de juin. Les larves vont s'y développer, souvent en amas, avant l'éclosion a lieu de mi-avril à mi-mai. Se nourrissant des litières végétales forestières en décomposition, ils affectionnent donc les rives des cours d'eau. L'apparition des mouches adultes provoque une véritable frénésie alimentaire chez la truite rendant difficile toute tentative d'utilisation d'un autre appât ce qui explique son " imitation " chez les pêcheurs à la mouche !

Lézard des murailles gobe une mouche de Saint Marc dans les Grands Avaux, PNR du Gâtinais.
Lézard des murailles gobe une autre mouche de Saint Marc dans les Grands Avaux, PNR du Gâtinais.


Lézard des murailles gobe une mouche de Saint Marc dans les Grands Avaux, PNR du Gâtinais.
En quelques secondes mon lézard des murailles aura englouti tous mes sujets du jour


Promis, la prochaine fois, j'en fais des photographies et je mets à jour la fiche ! 

En attendant, je vous invite vivement à parcourir les hashtags Faune et Flore (ou cette page) pour découvrir les nombreuses espèces du moment à commencer par les orchidées sauvages dont les premières font actuellement leur apparition dans le Pays de Fontainebleau (mes guides papier et pdf sont encore disponibles) A observer en ce moment, vous avez par exemple : l'Anémone Sylvie, la sublime Anémone Pulsatille, la non moins belle Jacynthe des bois, l'étrange Corydale solide, ou le succulent et très convoité Ail des ours...

Lézard des murailles gobe une mouche de Saint Marc dans les Grands Avaux, PNR du Gâtinais.
Un dernier regard et mon Lézard des murailles, repu, s'échappe...



jeudi 22 juillet 2021

[FICHE ESPECE] Lucanus cervus, le petit cerf volant de la forêt

Il y a quelques mois, je vous présentais le Rhinocéros, un des plus gros coléoptères de nos forêts avec le Grand Capricorne et je m'étais engagé à mettre en ligne cet article de présentation du célèbre cerf-volant pour compléter le tableau des 3 plus grands scarabées. Juin, juillet étant la période de vol de Lucanus cervus (famille des Lucanidae, genre Lucanus, en voici quelques images ! De ces trois coléoptères, le Cerf-volant (pour le mâle) ou Grande biche (pour la femelle) est sans doute le plus commun et le plus connu en France.

Lucanus cervus mâle sur la défensive !
Lucanus cervus mâle sur la défensive !



L'imago se présente sous la forme d'un gros scarabée brun-noir avec des nuances bordeaux. Le mâle est doté de mandibules très impressionnantes parfois plus longue que le corps de l'insecte qui font immédiatement penser aux bois des cerfs (d'où le nom). La femelle est non seulement un peu plus petite mais ne possède pas de telles décorations mais de petites mandibules crochetantes et pointues. Comme les autres grands coléoptères, notre cerf est inoffensif pour l'homme. En revanche, méfiez-vous quand même de Madame car la femelle peut le pincer très fort et jusqu'au sang lorsque l'on tire fort pour tenter de lui faire lâcher le doigt du gamin auquel elle s'est accrochée !


Lucanus cervus mâle sur la défensive !
Les adultes ont une activité principalement crépusculaire et nocturne et vous le le remarquerez que par son vol bruyant. Dans les airs sa silhouette est caractéristique car outre le fort bourdonnement, l'insecte vole quasiment à la verticale. Les cerfs-volants sont particulièrement actifs par les chaudes nuits du début juillet (fin juin parfois) lors de la reproduction. Mâles et femelles se retrouvent sur des troncs d'arbres souvent malades (avec une préférence pour les chênes, hêtres ou tilleuls). S'ils ne se nourrissent plus une fois adulte, ils peuvent quand même lécher la sève coulant des plaies de l'arbre ou du nectar d'une fleur. Le mâle utilise ses grandes mandibules pour ramener sous lui une femelle et attraper et éjecter ses rivaux.

La femelle ira pondre dans la terre. Elle choisit un site capable de nourrir les larves qui ne consomment que du bois en décomposition (saproxylophage). On peut donc parfois la trouver dans un composte à ciel ouvert ou un pot de fleur au terreau végétal très riche ! La larve blanche à tête orangée  va s'y nourrir durant 3 à 6 années pour atteindre 8 à 10 cm chez les futurs mâles. Voilà qui n'a rien à envier à certains vers de palmiers servis aux héros de certaines émissions ! Le moment venu, elles s'enterrent et se confectionnent une loge pour se transformer en nymphes, puis en insectes volants qui n'émergeront qu'au début de l'été suivant.

Confrontation de Lucanes (Lucanus cervus) mâles dans un tilleul !
Confrontation de Lucanes (Lucanus cervus) mâles dans un tilleul !
Celui de droite possède de "très petit bois"



Lucane femelle
L'espèce n'est pas protégée en France et continue de se raréfier dans certaines zones. C'est pourquoi, vous pouvez aider à son suivi en participant à la campagne éco-responsable d'inventaire lancée par INPN (renseignement dans cet article notamment) Le lucane cerf-volant est quand même inscrit à l'annexe II de la directive européenne « habitats faune flore » depuis 1992, ce qui a obligé la mise en place par les États-membres de zones spéciales de conservation. Dans nos forêts, où la gestion forestière élimine souvent les vieux arbres et le bois mort, il est en forte régression faute de bois pour nourrir les larves.

mardi 4 mai 2021

[ESPECE] Le Rhinocéros à poils roux, dernier des plus gros scarabées métropolitains

Je pensais avoir présenté ici les plus grands scarabées de la forêt de Fontainebleau mais non. Il manquait les fiches du Méloé (diffusée hier), du Lucane Cerf-Volant (à venir) et du Scarabée Rhinocéros européen,  Oryctes nasicornis. Difficile de confondre celui là avec un autre scarabée tant son apparence évoque son nom. Je les croyais disparus n’en ayant pas croisé sur Fontainebleau depuis bien longtemps mais il faut dire que ces scarabées sont plutôt nocturnes et volent de juin à août. Avec le Lucane Cerf-volant, et le Grand Capricorne , le rhinocéros européen est l'un des plus gros coléoptères d’Europe. Il pourrait transporter jusqu’à 850 fois son propre poids ! 

Avec une longueur pouvant atteindre les 4 cm, ce rhino poilu, roux  et brillant, du fait de son dimorphisme sexuel très marqué, est facilement identifiable au moins pour le mâle grâce à sa longue corne recourbée sur le devant de la tête alors que la femelle ne possède un simple petit tubercule à la place. Après, il y a quand même 4 sous-espèces en France mais c’est là une affaire de spécialistes ! 

Scarabée Rhinocéros européen,  Oryctes nasicornis, Fontainebleau
Scarabée Rhinocéros européen,  Oryctes nasicornis, Fontainebleau



Comme beaucoup de ses cousins, ils se nourrissent de feuilles et de bois en décomposition principalement dans les chênaies blanches et les hêtraies de faible et moyenne altitude. Heureusement pour lui, notre Scarabée rhinocéros a réussi à s’adapter à la présence de l’Homme, à tel point qu’on peut aussi le trouver en milieu boisé urbain et dans les compostes à ciel ouvert !

Comme le Lucane Cerf-volant, les mâles se battent entre eux et le Rhino utilise sa corne pour soulever son adversaire puis le projeter au sol. Après l’accouplement, la femelle pond 20 à 50 œufs dans de la matière végétale en décomposition. Les larves qui sortiront des œufs se nourriront de petites racines dans les 5 à 10 cm supérieur du sol puis de bois en décomposition. Leur développement dure de 2 à 3 ans en milieu naturel. Arrivée à maturité la larve de 13 cm, la plus grande de tous les coléoptères, s'enterre à environ 20 cm de profondeur et s'aménage une loge, dite nymphale, de la taille d'un œuf de poule. Le passage de l'état de nymphe à celui d'adulte se fera de l'été à l'automne mais l'insecte ne sortira à l'air libre qu'au printemps suivant, voire à l'été avant de mourir dans les 3 à 6 mois.

La nuit, il est attiré par la lumière. Notez que si par malheur il tombe sur le dos après avoir heurté un obstacle, il meurt ainsi de façon tragique car il ne peut plus se remettre sur ses pattes !

Scarabée Rhinocéros européen,  Oryctes nasicornis, Fontainebleau
Scarabée Rhinocéros européen,  Oryctes nasicornis, Fontainebleau



Avec la Tribune Libre de Bleau, nous avons évoqué (notamment ici et là )les divers programmes participatifs d'inventaire de ces espèces dont on aimerait mieux connaître la répartition. Si l'aventure vous tente, le Rhino fait partie de la mission. C'est même la numéro 30 et pour vous aider dans son identification, découvrez la fiche descriptive du Scarabée rhinocéros européen sur le site de l’INPN en cliquant ici.

lundi 3 mai 2021

[ESPECE] La drôle de vie des Méloés.

Il y a bien longtemps que je n’ai plus partagé avec vous mes observations naturalistes en Pays de Fontainebleau. Le Printemps est déjà bien avancé mais à l’occasion du déconfinement, vous allez sans doute reprendre les chemins de la forêt et vous aurez encore la possibilité d’observer la flore et la faune printanière. J’ai publié au fil du temps de très nombreuses fiches espèces pour la Flore et la Faune et dont vous retrouverez la plupart dans le menu également. C’est à la faveur d’une petite balade dans la forêt départementale des Grands Avaux que j’ai croisé ce drôle de coléoptère. Ce scarabée plutôt facile à reconnaitre est un Méloé. Un gros bonhomme aux reflets bleutés, totalement inoffensif et incapable de voler pour prendre la fuite. D’ailleurs ses élytres ne parviennent même pas à recouvrir son abdomen rebondi. J’ai écrit inoffensif, ce n’est pas tout à fait vrai !
Méloé violacé (mâle), Grands Avaux, 91


On les observe entre avril et juillet surtout le long des chemins, en bordure de talus plutôt dénudés et bien exposés au soleil mais aussi dans les landes basses, les bois ouverts ou sur leurs lisières et les prairies sèches fleuries. Globalement, ils recherchent plutôt des sites sablonneux secs et bien exposés. Rien d’étonnant donc à les croiser dans nos massifs gréseux d’Ile-de-France. On les associe donc aux régions chaudes et steppiques et leur diversité augmente vers le bassin méditerranéen ou vers les steppes d’Europe centrale. Ils évitent donc les végétations buissonnantes et recherchent les endroits avec du sol nu et des touffes d’herbes éparses. Mais, leurs exigences précises varient selon les espèces. Ainsi, en Europe centrale, le méloé violacé habite plutôt des boisements assez humides en bords de rivières. Il semble plus précoce ce qui lui permet de profiter de l’éclairement au sol tant que les feuillages ne sont pas sortis. Le méloé ténébreux serait lui, plus « xérophile », amateur de lieux secs, ouverts et chauds. On peut observer ces méloés jusque dans les jardins (à la campagne ou dans les petits villages) non aseptisés par les traitements chimiques ou un entretien excessif. Si les grands épisodes de déforestation massive en Europe de l’Ouest au cours des siècles passés ont favorisé les méloés, depuis le milieu du vingtième siècle, avec le recul des pratiques pastorales et la reforestation de nombreux espaces autrefois défrichés, les méloés connaissent maintenant un net déclin.

Lent mais pas si inoffensif !


Comme d’autres coléoptère, le Méloé pratique la saignée réflexe en cas de danger. Autrement dit, il sécrète un liquide répulsif. Il s’agit de gouttes d’hémolymphe (l’équivalent de notre sang) qui suintent au niveau des articulations des pattes. Ce liquide jaune orangé, de consistance huileuse, leur vaut le surnom anglais de « oil-beetle », scarabées à huile ou enfle bœuf. En effet, ce liquide renferme un poison (au moins pour les vertébrés), la cantharidine qui inhibe une enzyme clé du cycle du glycogène et induit des effets de vasodilatation. Le nom vernaculaire, enfle-bœuf, fait référence aux conséquences de ce poison sur les bovins qui auraient ingéré un méloé avec de l’herbe. Bon, à mon avis, il faut en manger plus d’un… Ce qui vaut aussi au méloé d’être parfois désigné à tort sous le nom de cantharide puisque c’est en réalité à une autre espèce de coléoptère. Au contact de la peau, elle peut provoquer des réactions sous forme de cloques mais il faut manipuler ces insectes longuement pour subir de tels effets. Donc pas de panique et lavez-vous les mains…

Autre singularité de cette charmante bestiole, sa larve se développe en parasitant les nids d’abeilles solitaires. Un vrai profiteur ce Méloé ! En effet, si les adultes se nourrissent de végétaux et de pollen (notamment les fleurs de ficaires), sa larve, le triongulin, mange des œufs d’abeille ! Notre femelle Méloé pond ses œufs sur le sol. A l’éclosion, les larves se rassemblent souvent en masse sur une fleur et s’accrochent au premier butineur venu en espérant qu’il s’agisse d’une abeille solitaire. Pour cela, la larve est munie des trois griffes qui lui permettent de s’accrocher (d’où « triongulin »). Parvenu dans une cellule d’abeille solitaire, une andrène généralement, le triongulin mange l’œuf, puis les réserves de nectar et de pollen et se transforme alors en un deuxième type de larve, qui ressemble cette fois à un asticot. Après avoir mué, cette larve quitte le nid de l’abeille et mue encore deux fois avant de se nymphoser. On comprend vite à la lecture de ce cycle de vie combien la probabilité qu’un triongulin devienne un Méloé adulte est faible…


Méloé violacé femelle (Meloe violaceus) Grand Avaux, 91
Méloé violacé femelle (Meloe violaceus) Grand Avaux, 91

Primo, il leur faut d’abord trouver une abeille. En début de printemps, sil la période fraîche se prolonge, les abeilles ne volent pas. Deusio, il faut qu’il choisisse une abeille solitaire. Il n’aurait aucune chance avec les abeilles sociales vivant dans les ruches ou un autre insecte velu. Tertio, il faut qu’il s’accroche à une femelle ! Bref, c’est pas gagné d’avance. Du coup, les méloés compensent par une extrême fécondité. L’abdomen démesuré des femelles est un véritable « sacs à œufs ambulant ». Selon les espèces, une femelle méloé peut pondre plus de 25 000 (M. rugosus) et jusqu’à 40 000 (M. proscarabeus). De tels chiffres ne se retrouvent que chez des insectes sociaux avec par exemple les reines des abeilles ou des termites. Selon les espèces de méloés, ces milliers d’œufs sont soit pondus en gros paquets dans quelques terriers seulement ou en petits lots dans de multiples terriers. A cela s’ajoute la sélection de sites de ponte proches de colonies installées d’abeilles solitaires. L’habitat des méloés se trouve ainsi intiment lié à celui des hôtes de ses larves.

Donc, si vous croisez un insecte aux allures de fourmi géante noire aux reflets métalliques à gros ventre, c'est peut être un Méloé. Ces insectes mesurent jusqu’à 3,5 cm pour les femelles (les mâles sont un peu plus petits). Pour distinguer les deux espèces les plus répandues, il faut d’abord vérifier si les antennes possèdent une partie centrale avec des articles (articulations) épaissis ; si oui, vous êtes sur une de ces deux espèces. Ensuite, observer de près le thorax (pronotum) qui porte chez le méloé violacé (Meloe violaceus) un sillon transversal vers sa base inférieure et une échancrure, sillon absent chez le méloé ténébreux (M. proscarabaeus) ; ce dernier est, en général plus noir que l’autre et la ponctuation de sa carapace plus grossière. Donc si vous photographiez un de ces insectes pensez à zoomer sur le thorax vu de dessus pour pouvoir discriminer ces deux espèces. Les antennes des mâles présentent un coude marqué (presque à 90°) au niveau du sixième ou septième article mais ceci ne vaut que pour les deux espèces les plus communes.

Critères d'identification Méloé violacé femelle (Meloe violaceus)
Critères d'identification Méloé violacé femelle (Meloe violaceus) 



REMARQUES : D’autres espèces de Meloe sont très proches notamment Meloe variegatus.

vendredi 15 mai 2020

[ESPECE] Pics et pic épeiche à Fontainebleau

Le Pic épeiche (Dendrocopos major) est sans doute l'espèce de pics la plus répandue et la plus commune en Europe et France. Du coup pas il n’est pas trop difficile à observer en forêt de Fontainebleau mais aussi dans les parcs et jardins. Il sont en fait 6 espèces de pics à fréquenter notre forêt : le noir, le vert (tous deux difficiles à repérer car bien camouflés), les pics épeiche, épeichette et mar (tous trois assez ressemblants de loin pour être confondus) et le très rare pic cendré dont aucune observation à ma connaissance n’a eu lieu depuis 2013. Notre pic épeiche fait donc partie des pics de taille moyenne au plumage rayé blanc et noir. Du coup comment le distinguer des autres pics noir et blanc ? Outre la taille de l’oiseau, c’est sa tache rouge écarlate qui va nous aider. Petit récapitulatif à la faveur de quelques images capturées ces jours-ci par ma fille ! Forcément, je laisse toujours un boîtier à sa dispo.

Toc, toc, toc...qui est tu cher pic ?
Pour le pic noir, c’est facile, il est tout noir avec une pointe rouge sur la tête. C’est d’ailleurs ce qui peut trahir sa présence à nos yeux. Pour le pic épeiche, c’est plus compliqué

Sa tâche rouge vif est placée sur le bas-ventre près de la queue, et le mâle porte en plus une petite tache rouge sur la nuque. De loin il peut cependant encore se confondre avec son cousin le Pic épeichette (Dendrocopos minor), mais sa taille nettement plus grande et le dessus de la tête rouge vif de l’épeichette aident à les différencier. Quant au pic mar (Dendrocoptes medius) il porte lui une couleur rouge qui se délave jusqu’au rose pâle sur le bas-ventre. Pas toujours facile à repérer suivant l'angle de vue… 

Pic épeiche (Dendrocopos major), Fontainebleau
Pic épeiche (Dendrocopos major), Fontainebleau


Descriptif Pic épeiche (Dendrocopos major), mâle, Fontainebleau


Et attention, il y a des pièges… le jeune pic épeiche (un juvénile) affiche une large calotte rouge bordée de noir et un bas-ventre dans les tons rosés qui peut le faire passer pour son cousin. Celui-là, le pic mar, est un peu plus frêle, porte une calotte rouge sans bordure et des joues blanches sans moustaches ! Son ventre est rose et strié, les flancs sont ornés de petites virgules noires.

Alors pic épeiche juvénile ou Pic mar ?




Pour les plus observateurs, les stries noires sur les flancs et les taches noires discontinues sur les joues et sur le cou sont aussi des traits distinctifs. Par exemple sur notre Pic épeiche, une moustache noire relie la base du bec à la nuque et descend vers la poitrine pour former un large demi-collier sur le haut.

Adulte, notre pic a une taille de 20 à 25 cm, pèse moins de 100 g et a une envergure de 35 à 40 cm.

Ce formidable grimpeur monte le long des troncs et branches, y compris tête en bas et descend à reculons. Il utilise comme support, pour se maintenir à la verticale des branches qu'il parcourt, des plumes spéciales de sa queue, les rectrices, qui sont rigidifiées et portées par un pygostyle volumineux. La spécificité des rectrices est encore plus poussée lorsque l'oiseau tambourine ou creuse le bois : la queue joue alors le rôle d'une lame de ressort qui amortit le mouvement.

Pic épeiche (Dendrocopos major), Fontainebleau
Pic épeiche mâle (Dendrocopos major), Fontainebleau

D'autres adaptations anatomiques favorisent sa stabilité quand il est accroché à un tronc : largeur du bassin, allongement des fémurs et ses doigts. Les doigts dont deux orientés vers l'avant et deux vers l'arrière (zygodactyles) se terminent par des griffes robustes, courbes et acérées qui constituent de merveilleux crampons. Des muscles fléchisseurs et extenseurs puissants permettent d'escalader les troncs et de circuler aisément sur les branches


L’autre arme des pics c’est bien entendu leur bec puissant, pointu et noir. La langue des pics épeiches est effilée, très longue, visqueuse et pourvue de nombreux corpuscules, avec une petite extrémité plate et pointue qui est ornée de petits crochets. Le pic peut la propulser loin en avant et les insectes y restent collés. Le régime alimentaire du pic épeiche est plus varié que chez les autres espèces de pics. Très insectivore pendant la période de reproduction, il se nourrit d'insectes xylophages, de fourmis, d'araignées, de larves, il ajoute à son régime toutes sortes de végétaux, tels que des graines et des baies (noisettes, noix, glands et noyaux de fruits dont il extrait l'amande), des pousses (bourgeons), voire la résine et la sève sucrée des arbres. Pour décortiquer les fruits durs, le pic coince les noix et les cônes dans des « forges », c'est-à-dire des fourches de branches, des fissures de l'écorce qui servent d'étau pour y bloquer ses prises et les déchiqueter plus facilement.

L’ouïe des pics leur permet de repérer les larves et insectes xylophages en train de grignoter, ou de subtiles différences de résonance (dues à la présence de tunnels dans lesquels logent ses proies) provoquées par les coups de bec dans le bois.  Le martèlement lent du tronc des arbres (coups de bec espacés et brefs) dont il se sert pour localiser et chercher sa nourriture est différent du « tambourinage » (coups de bec puissants très rapides, entre 5 et 20 coups par seconde, à une vitesse estimée de 25 km/h) qui a lieu surtout à la fin de l'hiver et au début du printemps). Ce tambourinage a pour fonction la recherche d'une partenaire et l'affirmation du territoire (parade territoriale). Ces violents coups de bec sont amortis par un système d'absorption des chocs : une tête en forme de marteau (car le trou occipital est à la face inférieure du crâne) ; une boîte crânienne plus stable, plus large relativement et plus épaisse que celle des autres oiseaux ; un cou court ; la partie osseuse de sa mandibule inférieure, un peu plus longue, disperse via les côtes renforcées le choc ; une structure osseuse spongieuse qui assure la transition entre le bec et l’os du crâne.

Opportuniste, le pic épeiche n’hésite pas à venir piller dans les mangeoires des jardins notamment l’hiver en période de disette, par temps de neige et de gel persistants. On dit que le pic épeiche picasse et pleupleute. Son cri est très typique avec une note explosive courte et sèche. Il émet aussi des "chick" plus doux et plus bas.

Couple Pic épeiche (Dendrocopos major), Fontainebleau
Couple Pic épeiche (Dendrocopos major), Fontainebleau
Le pic épeiche loge dans une cavité de tronc ou d'une branche pendant la période de reproduction mais également tout au long de l'année. Le diamètre du trou d'entrée est de 5 - 6 cm (plus grand que celui du pic épeichette). Ce sont les deux adultes qui creusent la loge. Un travail de 3 à 4 semaines pour une loge de 20 à 30 cm de profondeur et 15 cm de large, dans un tronc mort ou vieillissant de préférence, en mars et avril. La nidification peut aussi avoir lieu dans d'anciennes cavités, dont il chasse les occupants tels que l'Étourneau sansonnet ou d'autres espèces de pics comme la Sittelle torchepot qu'il agrandit si nécessaire. La femelle y pond 4 à 7 œufs blancs, entre fin avril et début juin. L'incubation dure environ de 10 à 16 jours, assurée par la femelle dans la journée, et par le mâle la nuit. Les poussins sont nidicoles et sont nourris par les deux parents. L'élevage des jeunes au nid dure de 20 à 23 jours, après quoi ils sont encore nourris pendant 8 à 14 jours avant leur émancipation.

Comme tous les pics, le pic épeiche a sans doute beaucoup souffert de la raréfaction des bois morts et arbres sénescents en forêt. L'abondance du pic épeiche varie aussi en fonction du milieu, les chênaies à charme étant plus peuplées que les hêtraies ou les forêts de conifères. Il vit donc préférentiellement dans les boisements âgés, bocages, parcs, parfois jardins avec de vieux arbres, les haies d'arbres et les vergers, de la taïga arctique jusqu'aux régions méditerranéennes.

Le Pic épeiche bénéficie d'une protection totale sur le territoire français depuis l'arrêté ministériel du 17 avril 1981 relatif aux oiseaux protégés sur l'ensemble du territoire. Il est donc interdit de le détruire, le mutiler, le capturer ou l'enlever, de le perturber intentionnellement ou de le naturaliser, ainsi que de détruire ou enlever les œufs et les nids, et de détruire, altérer ou dégrader son milieu. Qu'il soit vivant ou mort, il est aussi interdit de le transporter, colporter, de l'utiliser, de le détenir, de le vendre ou de l'acheter.

Pic épeiche (Dendrocopos major), Fontainebleau
 Pic épeiche (Dendrocopos major), Fontainebleau

Voir aussi le travail de mon ami Djamal sur les pics



jeudi 16 janvier 2020

De l'importance des Platières comme celle du Rocher de Milly

Notre belle forêt de Fontainebleau et des Trois Pignons doit principalement son originalité à sa géologie presque unique en Europe. Sable, platières et chaos rocheux gréseux constituent les éléments les plus pittoresques du paysage mais aussi un véritable refuge pour une faune et une flore de plus en plus rare en France face à la disparition de ces milieux spécifiques.  Par conséquent, Bleau n’est pas une forêt comme les autres et doit être gérée dans ce sens, c'est à dire en privilégiant le maintient de milieux ouverts spécifiques et rares dont c’est un espace les plus emblématiques d'Europe !

Ainsi, sur les sables et les grès de Fontainebleau, les landes sèches abritent les espèces banales de la lande classique (Callune, Bruyère cendrée, Fougère Aigle, bouleau et pin) auxquelles viennent s'ajouter, parfois, quand les conditions sont réunies des espèces beaucoup plus rares. Les zones ouvertes comme les pelouses et zones dunaires attirent quant à elles de nombreux insectes affectionnant les milieux secs et ensoleillés. Les groupes des orthoptères (criquets et sauterelles) et des lépidoptères (papillons) y sont particulièrement bien représentés. On y rencontre aussi certains reptiles (Lacerta agilis,  Elaphe longissima…) et oiseaux rares dont l'Engoulevent d'Europe (Caprimulgus europaeus) et la Fauvette pitchou (Sylvia undata) mais aussi des orchidées sauvages par exemple. C'est ce qui fait des platières gréseuses des départements de Seine et Marne et de l'Essonne un biotope retenu comme prioritaire dans le cadre de la protection et restauration des espaces naturels. C'est encore plus vrai pour les mares des platières, rares zones humides de la forêt de Fontainebleau qui cachent bien des espèces menacées. Certaines, comme le lézard vivipare (Lacerta vivipara) ont sans doute déjà disparues de la forêt de Fontainebleau et n'ont plus été observées depuis quelques décennies.


Hélas, ces biotopes fragiles disparaissent peu à peu sous les pins dont la productivité est remarquable à Fontainebleau ce qui contraint parfois le gestionnaire à réaliser de grandes coupes de restauration comme ici, au Rocher de Milly, dont le chantier s'est déroulée en 2018 sur les ruines de la parcelle incendiée en 2015. Il vaudrait quand même mieux que l'ONF puisse faire des coupes plus régulièrement sur ce type de projet qu'une grande coupe rase... Il ne reste plus qu'à attendre la recolonisation par les espèces pionnières et communes comme sur les autres platières décrites sur ce blog… En tous cas, ici le paysage à retrouvé toute sa force pittoresque qui fait des Trois Pignons une forêt très différente des landes de pins !