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lundi 17 octobre 2016

Des coccinelles par milliers ! L'invasion automnale a débuté à Fontainebleau

Invasion de coccinelles asiatiques à Fontainebleau. Octobre 2016 Greg Clouzeau
Si comme moi vous étiez en forêt hier dans un site d'escalade un peu ensoleillé, en début d'après-midi vous avez sans doute du faire face à un petit problème. Comment grimper ces murs baignés de soleil et couvert de centaines coccinelles multicolores ? Des noirs à points rouges aux rouges à pois noirs en passant par les jaunes orangées multipoints, les coccinelles volaient par milliers dans de nombreux sites d'escalade de Fontainebleau et des Trois Pignons mais aussi à Saint Vaast les mello dans l'Oise. Un phénomène sympathique quoique un peu flippant pour certains... et qui conduit inévitablement le curieux que je suis à se poser quelques questions. Qu'elles sont ces coccinelles, pourquoi une telle concentration et pourquoi ici et maintenant ?

Je ne suis pas entomologiste et il faut faire le tri sur les nombreuses affirmations trouvées sur la toile. Mais voici quand même quelques éléments de réponses à mes questions. Mon enquête a commencé par l'identification des coupables. En France nous avons deux coccinelles autochtones: la rouge à sept points dont je parlais ici et celle à deux points. Mais parmi les centaines observées ce week-end il n'y avait ni l'une ni l'autre. Renseignements pris et observations des photos ne laissant aucun doute, il s'agissait de nuées de coccinelles asiatiques. La Coccinelle asiatique (Harmonia axyridis) est une espèce de coccinelle aphidiphage (qui se nourrit de pucerons), originaire de Chine.

Une charmante bête introduite massivement dans les années 90 pour servir d'insecticide biologique du fait de la voracité de leurs larves. Sauf que très rapidement on s'est aperçu que cette espèce proliférait bien plus que souhaité au point de menacer nos espèces locales ! Du coup en une dizaine d'années, la coccinelle asiatique est passée du statut de meilleure amie du jardinier à celui d'espèce invasive ! Bref, comme d'habitude, à jouer les apprentis sorciers, l'homme est souvent perdant !

La Coccinelle asiatique (Harmonia axyridis) sur les grès de Fontainebleau.
La Coccinelle asiatique (Harmonia axyridis) sur les grès de Fontainebleau.



Deuxième question qui s'est posée à moi, pourquoi un tel rassemblement ?


De mes recherches j'ai retenu que la coccinelle est un insecte migratoire et qui hiverne ! Si vous résidez non loin d'une forêt, vous avez sans doute déjà été envahi par ces charmantes coccinelles qui rentrent dans votre maison par dizaines à la fin de l'automne. Vous aurez beau essayer de vous en débarrasser, rien à faire, elles profitent de la moindre fentes pour pénétrer votre maison, notamment dans les joints de fenêtres.

Rien à craindre toutefois sauf pour certains grands malades fortement allergiques ou asthmatiques. En fait le seul désagrément est le liquide jaunâtre qu'elles sécrètent pour se défendre qui est très nauséabond et tâchant ! J'ai noté la présence de nombreuses punaises que je pensais des prédatrices mais après examen, il s'agit d'une autre étrangère, une américaine, répondant au doux nom de Leptoglossus occidentalis facilement reconnaissable à ses fémurs postérieurs épineux, ses tibias élargis et ses losanges blancs. Celles-ci s'attaquent aux pins (j'y reviendrais dans un autre article mais semble utiliser les mêmes processus d'agglomération à l'approche de l'hiver) et doit donc être sensible aux "appels" des coccinelles !

Invasion de coccinelles asiatiques à Fontainebleau. Octobre 2016 Greg Clouzeau
Invasion de coccinelles asiatiques à Fontainebleau. Octobre 2016 Greg CLOUZEAU



Reste une troisième question comment s'effectue cette migration et comment choisissent-elles de se rassembler ici plutôt que là en même temps ?

Chez les papillons, en Europe il est possible d’observer des vols migratoires et notamment celui du Vulcain. Au début du printemps, la végétation se dessèche en Afrique du Nord. Les Vulcains qui émergent à cette période de l’année entreprennent alors un long voyage de plusieurs milliers de kilomètres vers le nord de l’Europe où ils trouveront de bonnes conditions de reproduction et de survie pour leur descendance (orties fraîches). Des centaines de milliers de papillons quittent ainsi le Maroc ou l’Algérie, longent les côtes espagnoles ou portugaises, puis les côtes françaises ou remontent la vallée du Rhône pour se diriger vers la Grande-Bretagne, la Belgique, la Scandinavie.
Les côtes ou les fleuves sont de très bons repères pour les migrations des papillons. À la fin de l’été, de très nombreux Vulcains repartent vers l’Afrique. Ces migrations font l’objet d’un suivi national comme il en existe pour les oiseaux. Hier, au Rocher Fin (Trois Pignons) j'en ai croisé quelques uns.
Du côté des coccinelles, on sait,  par quelques recherches, qu'Harmonia axyridis est attirée à l'automne par des éléments proéminents dans le paysage, se détachant clairement sur l'horizon : montagnes, collines, bâtiments imposants, maisons isolées, etc, Rien d'étonnant donc à ce qu'elle vise nos rochers d'escalade luisants au soleil ! Mais comment savent-elles où se regrouper ? La réponse semble chimique d'après un dossier de notre planète info.

Invasion de coccinelles asiatiques à Fontainebleau. Octobre 2016 Greg Clouzeau
Invasion de coccinelles asiatiques à Fontainebleau. Octobre 2016 Greg Clouzeau


"A l'Unité d'entomologie fonctionnelle et évolutive de Gembloux Agro-Bio Tech (Université de Liège), on travaille de longue date à une meilleure connaissance d'Harmonia axyridis. L'un des principaux objectifs des chercheurs consiste à mettre au point des techniques de piégeage respectueuses à la fois des écosystèmes fréquentés par les animaux et de la sécurité des utilisateurs.
Delphine Durieux, chercheuse au service d'entomologie du professeur Eric Haubruge, a réalisé des recherches consacrées aux rôles des chaînes hydrocarbonées dans la formation des agrégats de coccinelles au sein des habitations. 
Invasion de coccinelles asiatiques à Fontainebleau. Octobre 2016 Greg Clouzeau
Invasion de coccinelles asiatiques à Fontainebleau. Octobre 2016 Greg Clouzeau



La chercheuse s'est penchée sur les molécules non-volatiles présentes sur la cuticule des insectes. Celles-ci - pouvant jouer un rôle de phéromones - sont déposées passivement sur les supports par simple contact avec les pattes ou l'abdomen. (...) "Par chromatographie en phase gazeuse, nous avons identifié deux types de marquages, l'un lié aux alentours de l'endroit d'agrégation, l'autre spécifique au lieu de rassemblement lui-même. Dans le premier cas, le marquage est destiné à guider les animaux vers le lieu d'agrégat. Dans le second, à maintenir la cohésion du groupe tout au long de l'hivernage. Dans les deux cas, il s'agit des mêmes hydrocarbures, mais les analyses chimiques ont révélé des différences de profils : la proportion d'hydrocarbures insaturés est plus importante dans le cas du marquage périphérique à l'agrégat"."

Invasion de coccinelles asiatiques à Fontainebleau. Octobre 2016 Greg Clouzeau
Invasion de coccinelles asiatiques à Fontainebleau. Octobre 2016 Greg Clouzeau



Source  : notre-planete.info,

vendredi 7 octobre 2016

Sus au raisin d'Amérique, l'envahissant Phytolaque !

Fleur de Phytolaque, ou Raisin d’Amérique (phytolacca americana)
Après l'article sur l'envahissant Prunus, je vais vous (re) parler de l'invasive "star" de la forêt de Fontainebleau : le Phytolaque, ou Raisin d’Amérique (phytolacca americana). Voilà déjà pas mal d'années que les bleausards ont été sensibilisés à la colonisation de nos parcelles forestières par cette pante d'ornement importé au XVII pour les teintures. Et pourtant, malgré de nombreux chantiers d'arrachage, elle est toujours là, tuant à petit feu certains milieux protégés !
En Ile-de-France, outre Saclay et la forêt départementale des Grands Aveaux en Essonne, la forêt de Saint-Germain-en-Laye dans les Yvelines, on rencontre le Raisin d'Amérique surtout dans les forêts de Fontainebleau, des Trois Pignons, ainsi qu'à la Commanderie, Darvault et Nanteau. S'il apprécie particulièrement les clairières créées par la coupe ou la chute d’arbres, il prospère ensuite rapidement dans tout l’éventail de luminosité possible. En fait, il pousse un peu partout, et même parfois au contact des grès. Mais c'est dans les réserves biologiques intégrales (RBI) où il bénéficie d’une totale impunité, puisqu’il est actuellement interdit d’y intervenir, qu'il fait le plus de dégâts. Il prospère également dans toutes les parcelles grillagées par l'ONF !

Une peste végétale non reconnue par le Ministère de l'Environnement !


Le Raisin d'Amérique est classé comme peste végétale par l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature). Pourtant, il est en vente dans de nombreuses jardineries et recommandés par certains magazines comme plante d'ornement ! Un paradoxe qui a été le sujet, en juin 2015, d'une question de Jean Vincent Placé (Question écrite n° 16869 )à notre Ministre de l'environnement devant le Sénat. Cinq mois plus tard, la réponse de la ministre tombait démontrant une très mauvaise connaissance du sujet qui met en péril les efforts de nos amis de l'ASABEPI et ceux de l'ONF dans la lutte contre cette plante (voir l'article de la Tribune Libre de Bleau)

A quoi ressemble ce Phytolaque ?



La plante ne passe pas inaperçue ! Elle se reconnaît aisément à ses tiges creuses allant du rouge violacé au vert tendre et se divisant en rameaux secondaires. Les plus grosses cannes atteignent un diamètre de 4 cm et une hauteur de 1 à 3 mètres. Ses grandes feuilles ne sont pas sans rappeler celles du tabac. Au printemps, elle se pare de fleurs blanches en épi qui donneront à partir du mois d’août des fruits verts qui deviendront noirs rappelant les grappes de raisin. En hiver, on retrouve le Phytolaque sous la forme de cannes blanchâtres cassées. Mais c'est son système racinaire très profond en forme de carotte qui rend son élimination complexe !

Phytolaque, ou Raisin d’Amérique (phytolacca americana)
Phytolaque, ou Raisin d’Amérique (phytolacca americana)
Rocher Saint Germain, Fontainebleau (C) Greg Clouzeau


Invasif et toxique !


 
Comme le Prunus et bon nombre de plantes invasives, c'est la dispersion des graines par les oiseaux sur de vastes territoires qui assure son extension ! La lumière plus forte dans les trouées forestières
favorisent la levée des nombreuses graines en dormance et marque le début de l'invasion. C'est ainsi qu'il prospère, généreusement protégé par des grillages, dans les parcelles mises en coupe de régénération !

Il semble que la consommation de ses feuilles et de ses racines puisse provoquer la mort des chevaux et des porcs et des dommages chez les moutons et les chèvres. Pourtant, aucune mortalité de chevreuils ou de cerfs n’a pu lui être imputée avec certitude et on constate parfois que des jeunes feuilles, peu toxiques, sont activement broutées, en forêt. Mais la consommation du Phytolaque par les grands herbivores sauvages reste très faible ! En revanche, les oiseaux, semble raffoler de ses baies et sèment ses graines dans leurs fientes.



Feuille de Phytolaque, ou Raisin d’Amérique (phytolacca americana)
Les fleurs de Phytolaque (phytolacca americana) donnent des fruits qui lui valent son nom
Les fleurs de Phytolaque (phytolacca americana) donnent des fruits qui lui valent son nom
de Raisin d’Amérique quand ils vont prendre cette couleur bordeau
Chez les humains, outre des effets inflammatoires cutanés, et des effets laxatifs, on évoquera une modification de la proportion de leucocytes, des affections cardiaques, des diarrhées sanglantes « incoercibles », des brûlures buccales, œsophagiennes, gastriques, des vomissements, des embolies, des attaques rénales, etc. en cas de consommation ! Du coup, pour les chantiers d'arrachage, on ne saurait trop vous recommander de porter des gants !

Hélas, comme pour bien d’autres plantes toxiques, le Phytolaque est aussi une source de molécules à étudier pour la pharmacologie, notamment en homéopathie. Il contient une protéine anti-virale, étudiée pour lutter contre le sida. Ses applications médicales en justifient la culture, mais il convient alors d’empêcher, par des filets ou autres, la dispersion de ses graines.



Et pourquoi limiter l'invasion en forêt de Fontainebleau ou ailleurs ?



Le Phytolaque pour assurer sans domination détruit hélas la microfaune et la microflore du sol. D'ailleurs à ses pieds, rien de pousse et même les vers de terres, acteurs majeurs de la fertilité des sols, disparaissent. Très gourmant, il pompe énormément d'eau et épuise l'humus. Du coup, dans les parcelles en régénération, les plantules meurent, les graminées et les champignons disparaissent, obligeant les grands herbivores à se rabattre sur les cultures si l’invasion s’aggrave. Bien entendu, les glands, privés de lumière, ne germent plus ce qui pour le forestier est une catastrophe !

Un beau pied de Raisin d’Amérique en parcelle de régénération
Un beau pied de Raisin d’Amérique en parcelle de régénération
Gorges d'Apremont, Fontainebleau, (C) 2016 Greg Clouzeau
Vu la situation, seul l'arrachage de la plante avec ses racines, à l’occasion de chantiers spécifiques, permet de limiter les dégâts ! Mais Bleau c'est déjà plus de 27000 hectares ! Bien entendu, un suivi régulier est nécessaire jusqu’à épuisement du stock de graines. Malheureusement, la tâche est rude et les bénévoles ne se bousculent pas. Dans le même temps, il faudrait cesser les plantations ornementales de ce mauvais raisins dans les jardins et autres espaces verts ! A Bleau, la lutte débutée par Thierry Pain a été reprise par Danielle et Jean Claude Perré


Renseignements :
Site Internet : http://phytolaque.wifeo.com/
Danielle et J Claude Perrée
phyto[@]netcourrier.com
tél 068053882six

Je  vous invitons aussi à relire ce très bon article sur les espèces invasives en général
http://www.calameo.com/read/001079350593488be28ff

Les fleurs de Phytolaque (phytolacca americana) donnent des fruits qui lui valent son nom
Les fleurs de Phytolaque (phytolacca americana) donnent des fruits qui lui valent son nom
de Raisin d’Amérique quand ils vont prendre cette couleur bordeau

mercredi 31 août 2016

Sus à l'envahissant Prunus serotina ou cerisier tardif

Comme mes nombreux confrères photographes et amoureux du Pays de Fontainebleau, je suis sensible à l'état des paysages des sites naturels où je vais faire mes photos. En tant que photographe illustrateur, je ne peux que regretter les nombreuses dégradations constatées sur ces sites, en témoigner et inciter aux changements, quand ils sont encore possibles !

Outre le portail d'information de la Tribune Libre de Bleau qui y participe, je souhaite que vous puissiez trouver sur mon blog photo les informations nécessaires à la sauvegarde de nos sites. Dans cette optique, je diffuserai régulièrement des informations sur les programmes de sciences participatives liés aux inventaires de la faune et de la flore mais aussi aux espèces invasives ! Je commence donc cette série avec celui que l'on appelle  Cerisier d'automne, Cerisier noir ou Cerisier tardif et qui répond au nom de Prunus serotina !


Cet arbre est une espèce originaire de l'Est du continent Nord-Américain (parfois confondu avec Prunus padus). Le genre Prunus regroupe plus de 200 espèces d'arbres et arbustes de la famille des Rosacées, dont beaucoup sont cultivées pour leurs fruits (Abricotier, Amandier, Cerisier, Pêcher, Prunier) ou pour leur valeur ornementale (Cerisier du Japon, Cerisier de Virginie, Laurier-cerise...).

Prunus Serotonia lorsqu'il prend la taille d'un arbre est donc un beau cerisier même s'il n'a que peu d'intérêt dans la production de fruit. Les feuilles, les rameaux et les graines contiennent des substances toxiques (glycosides cyanogènes).



Feuille de Prunus serotina
Feuille de Prunus serotina

Alors pourquoi donc s'inquiéter de sa présence à Fontainebleau ou en Ile-de-France ?






Son introduction en Europe remonte à 1623 ou 1629 par Robin, près de Paris. Il fut rapidement planté dans les parcs et arboretums dans les décennies suivantes. Il aurait été planté en forêt vers le 18ème siècle, soit comme plante ornementale, soit pour la production de bois, puisqu’on y voit alors une sorte de « merisier à croissance rapide ». Jusque dans les années 1950 on recommande de le planter en sous étage des plantations de résineux, pour limiter la dégradation des sols. Parallèlement, on en fait la promotion comme parefeu !
Depuis quelques décennies, il est reconnu comme une espèce exotique envahissante présente dans presque tous les pays d’Europe occidentale  du fait de sa très forte colonisation d'espaces !

En effet, ce Cerisier colonise les espaces forestiers semi-naturels, en particulier sur les sols acides, pauvres et bien drainés. Il peut s’établir dans des clairières et le long des lisières forestières.

En forêt de Compiègne, dans l'Oise, il couvre désormais 80 % de la surface de la forêt domaniale ! Sur la TL²B, nous avons plusieurs fois relayé le cris d'alarme des associations de sauvegarde (voir l'article d'hier). A Fontainebleau, autour de Bois le Roi, sa très rapide propagation, me fait craindre le pire car s'en débarrasser est très complexe et surtout extrêmement couteux !

Son impact est surtout économique puisqu'il altère considérablement la fonction de production Sylvicole notamment dans la phase de régénération des parcelles. Depuis plusieurs décennies, les forestiers ont pu constater l’envahissement total de parcelles forestières mises en régénération. Par sa rapide croissance et le couvert qu'il développe, il entraîne un gros retard dans le développement . Pour une période de référence de 30 ans, la perte financière à l’hectare sur sol podzolique et sec (type de station le plus touché par l’invasion) représenterait 288 euros/ha/an en moyenne pour une régénération artificielle de chêne sessile, ou 114 euros/ha/an en moyenne pour une régénération naturelle de hêtre (Decocq 2008).

Le coût de l’éradication du cerisier tardif pour la forêt de Compiègne est estimé à environ 48 millions d’euros soit 4137euros/ha !

Les autres massifs de la région sont en phase de colonisation par Prunus serotina et les surfaces d’intervention seraient limitées à un total de 96 ha répartis sur 5 massifs. Le coût total d’éradication du Cerisier tardif dans ces massifs est estimé à 387 000 euros. Si les coûts d’intervention rendent utopique toute éradication du Cerisier tardif en forêt de Compiègne, il n’en n’est pas encore de même pour les autres massifs de la région où l’invasion est pour l’instant très localisée. Traiter 96 ha permettrait théoriquement de protéger une surface cumulée de 30 000 ha de l’invasion !



 Que sait-on sur son pouvoir invasif ?


Un programme de recherche sous la responsabilité de G. Decocq (Université de Picardie) intitulé « Dynamique invasive du cerisier tardif, Prunus serotina Ehrh., en système forestier tempéré : déterminants, mécanismes, impacts écologiques, économiques et socioanthropologiques » a été engagé en 2003. L’objectif principal de cette recherche était d’explorer les modalités de l'invasion des massifs forestiers du nord de la France par Prunus serotina et d’en évaluer les conséquences écologiques, économiques et socio anthropologiques.

Feuille de Prunus serotina
Feuille et fruit Prunus serotina

Mode de propagation

Les graines sont dispersées par gravité et par les animaux notamment les mammifères (grande faune, rongeurs, renards) et les oiseaux. Bien que les animaux puissent transporter les graines sur de longues distances, il a été évalué que 50% des semis sont présents à moins de 200 m du pied mère et un tiers entre 200 et 400 m. Le Cerf élaphe (Cervus elaphus), le Chevreuil (Capreolus capreolus) et le Sanglier (Sus scrofa) consomment les fruits de l’arbuste mais en présence d'autres sources de nourriture (glands) ils préfèrent les délaisser. En raison de composés cyanhydriques toxiques présents dans les feuilles, ces dernières ne sont pas sonsommées par les herbivores

Cette étude a permis de montrer que l’invasion par Prunus serotina est la conséquence de certaines perturbations récentes, en partie liées à la gestion forestière, mais qu’à court terme, cette invasion a peu d’effet direct sur l’écosystème forestier, n’altérant pas son fonctionnement à court ou moyen terme. Il y aurait suffisamment d’énergie disponible dans l’écosystème pour que l’envahisseur puisse se développer sans nuire aux essences indigènes, tout au moins dans les premières décennies suivant son implantation (Decocq 2008).

Les différences entre parcelles envahies et parcelles non envahies observées sur le site de la forêt de Compiègne répondent à un déterminisme complexe et multifactoriel. Mais quels seront les effets à long terme de Prunus serotina sur cette forêt ? Cette espèce semble avoir les atouts lui permettant de se maintenir durablement et massivement dans l’écosystème. Un impact sur le fonctionnement des écosystèmes forestiers envahis est donc naturellement attendu...

"Etant donné le pas de temps très long sur lequel évolue un système forestier tempéré, un tel impact ne pourra certainement pas être objectivé avant plusieurs décennies, voire plusieurs siècles (Decocq 2008)". Pour autant, doit-on laisser faire et jouer aux apprentis sorciers ?


Fleurs de Prunus serotina , Rocher Saint Germain, Fontainebleau 2016


Paradoxalement, alors que le Cerisier tardif peut devenir l'espèce dominante de la canopée dans les forêts gérées, peu de changements ont été observés sur la composition et la richesse spécifique de la strate herbacée, ce qui suggère que l’espèce peut se naturaliser avec peu d'impacts sur la communauté d’accueil, du moins dans les premières décennies après l'invasion du couvert forestier (d'après Chabrerie et al. 2008; Godefroid et al. 2005; Verheyen et al. 2007).

Chabrerie et al. démontrent en 2009 que le Cerisier tardif induit une baisse de la diversité fonctionnelle dans les sites envahis. Il devient en fait une « espèce structurante » dans l’écosystème envahit en induisant la convergence des traits biologiques des espèces présentes et la spécialisation de la communauté végétale (adaptation à l’ombre). Il favorise ainsi des traits qui permettent aux espèces de capturer les ressources dans le nouvel environnement qu’il a crée, et réduit les hétérogénéités locales du milieu.


Les résultats du programme de recherche engagé en 2003 a permis de proposer trois stratégies de gestion différentes en fonction de l’état des parcelles forestières envahies.

- pour éviter l’extension du Cerisier tardif dans de nouveaux sites : mise en place d’un système de suivi visant à détecter le plus précocement possible la présence de l’espèce aux stades de plantule et de très jeune arbuste (augmenter la fréquence de visite des parcelles, élimination systématique des sources de graines, en coupant les arbres adultes avant la maturité des fruits en septembre. Pour éviter les rejets, un traitement chimique des souches est souhaitable).

- pour éviter que les parcelles déjà colonisées par les plantules atteignent le niveau 2 (i.e., l’établissement d’arbres adultes) : allongement des rotations de coupes de manière à réduire la fréquence d’arrivée de la lumière au niveau du sol. Des coupes « pied à pied » devraient être préférées aux coupes « à blanc » pour accélérer la fermeture de la canopée, et donc réduire le risque que le Cerisier tardif comble la trouée avant les essences indigènes. Eviter la destruction des arbustes du sous étage et favoriser leur développement afin d’augmenter la compétition entre les plantules du Cerisier tardif et les espèces indigènes.

- pour empêcher que les parcelles présentant déjà des arbres adultes établis atteignent le niveau 3 (i.e., invasion complète), les mêmes mesures que précédemment  peuvent être recommandées. De plus, tous les arbres matures du Cerisier tardif devraient être abattus pour éviter la dispersion de graines et la mise en place d’une banque de plantules. Pour éviter que les individus juvéniles déjà présents en sous bois atteignent la canopée, il serait intéressant de démarrer artificiellement une phase d’aggradation dans les trouées en plantant des essences indigènes tolérant l’ombre et à croissance rapide (e.g. hêtre, charme, érable sycomore) qui sont associés à de faibles indices de risque partiels.


Pas moins d'une dizaine de jeunes Prunus serotina , sur quelques mètres carrés ! L'invasion a débuté...
 Rocher Saint Germain, Fontainebleau 2016

- Enfin, pour les parcelles déjà complètement envahis (niveau 3), un seuil irréversible a été probablement atteint et aucune solution immédiate ne peut être proposée. Cependant, il est recommandé d’éliminer tous les individus du Cerisier tardif sur une bande de terrain de plus de 100 m de large le long du front d’invasion. Même si une végétation forestière indigène ne peut être restaurée dans ces parcelles, cela pourrait au moins réduire l’invasion des parcelles voisines.


Voilà ! Donc, si comme moi vous souhaitez que notre belle forêt de Fontainebleau ne se transforme pas dans ses sous étages en forêt de Prunus, rejoignez le mouvement des Arracheurs de plantes invasives et notamment l'ASABEPI dont parle la TL²B.

WANTED !


En attendant, voici à quoi ressemble Prunus serotina Ehrh.
Arbre à feuillage caduc pouvant atteindre jusqu'à 30 m de hauteur mais qui s’observe fréquemment comme arbuste ou petit arbre.




Ecorce de Prunus serotina ,
Rocher Saint Germain, Fontainebleau 2016
L’écorce du jeune tronc est lisse, de couleur brun rougeâtre, foncé à noire. Avec l’âge, elle se fracture et laisse apparaître des écailles plus ou moins rectangulaires dont les bords inférieurs et supérieurs tendent à se recourber vers l’extérieur.

Les feuilles sont entières, alternées, légèrement denticulées et effilées à l’extrémité. La face supérieure est d'un vert luisant tandis que la face inférieure est mate.  Le Cerisier tardif commence à fleurir à l'âge de sept ans. La floraison s'étale de mai à juillet. Les fleurs blanches sont organisées en une grappe terminale de 10 à 15 cm de long et de forme oblongue cylindrique.
Les fruits ressemblent à de petites cerise de couleur rouge foncé à noir et larges et contiennent une graine.

Dernier conseil, réfléchissez avant de planter de tels arbres dans votre jardin... Nul doute que ceux qui ont envahi le Rocher Saint Germain viennent tout droit de Bois le Roi. Autour de cette ville, l'invasion ne cesse de s'étendre... et ce n'est pas la seule ville limitrophe de la forêt de Fontainebleau.