mercredi 29 juin 2022

[ESPECE] Epipactis des marais le plus beau représentant du genre !

Epipactis palustris, Epipactis des marais, Fontainebleau
Epipactis palustris
est sans doute le plus bel épipactis visibles dans le Pays de Fontainebleau. En effet, ses délicates fleurs blanches ne sont pas rappeler certaines orchidées horticoles. Comme son nom le laisse supposer, l'épipactis des marais pousse dans des lieux humides, en pleine lumière, ainsi que dans des sous-bois clairs et humides et jusqu'à 1 500 m d'altitude. 

Bien que rare, il est présent dans de nombreux départements de France métropolitaine, mais l'espèce est en régression du fait de la destruction de son habitat, en particulier la diminution des zones humides. Elle est donc classée NT : Quasi menacée mais ne bénéficie d’aucune protection particulière ce qui fait qu’on la trouve parfois chez des revendeurs ! Les zones propices à sa rencontre en forêt de Fontainebleau et dans le sud de la région Ile-de-France sont donc assez limitées.

Epipactis palustris, Epipactis des marais, Fontainebleau
Epipactis palustris, Epipactis des marais, Fontainebleau



Les jeunes pousses d’Epipactis sont visibles dès le début du printemps tandis que la floraison s’étale de la fin du printemps jusqu’à l’été (juin, juillet). Suite à la floraison, le feuillage fane puis disparaît complètement en hiver. Durant cette saison, les Epipactis persistent sous forme de rhizomes. Ces orchidées sont très résistantes au froid et peuvent localement former des colonies importantes. En Île-de-France, il fleurit de fin juin à début juillet. Ses pollinisateurs sont des coléoptères (Rhagonycha fulva), des œdémères (Oedemera nobilis), des diptères (Sphaerophoria scripta, Chloromyia formosa) ou des hyménoptères – (fourmis, abeilles, guêpes, bourdons) qui se cachent souvent derrière la fleur lorsque le photographe approche... 
Epipactis palustris, Epipactis des marais, Fontainebleau
Epipactis palustris, Epipactis des marais, Fontainebleau

L'épipactis des marais possède une tige (20 à 60 cm) verte teinté de pourpre et couverte de poils au niveau des fleurs. Les feuilles sont ovales à lancéolées, réunies au bas de la tige, pliées et dirigées vers le haut. Les bractées sont étroites et courtes. Les fleurs sont grandes (12 à 18 mm), assez nombreuses, généralement horizontales à légèrement pendues. Les sépales sont verts veinés de pourpre et les pétales sont de couleur générale blanche et carmin à la base contrastant avec le labelle blanc. Le labelle est formé de deux parties distinctes, bien séparées par un étranglement : l'hypochile en forme de coupe contient peu de nectar, il est blanc veiné de rouge violacé ; l'épichile en forme de gouttière est blanc avec des crêtes jaunes près de l'étranglement. L'ovaire duveteux est attaché à la tige par un long pédicelle.

Epipactis palustris, Epipactis des marais, Fontainebleau
Epipactis palustris, Epipactis des marais, Fontainebleau



mardi 14 juin 2022

[ESPECE] A quoi ressemble l'Épipactis rouge sombre, cette petite orchidée sauvage présente à Fontainebleau ?

Épipactide rouge sombre, Épipactis rouge sombre, Épipactis brun rouge, Épipactis pourpre noirâtre, ou encore Helléborine rouge sont autant de noms pour désigner la même petite orchidée sauvage l'Epipactis atrorubens

J'ai déjà évoqué ce genre sur le blog avec la découverte en 2020 de l'une des plus rares en forêt de Fontainebleau, l'Epipactis microphylla Il est temps de parler de sa sœur aux fleurs colorées.

Epipactis artorubens, Forêt de Fontainebleau
Epipactis atrorubens, Forêt de Fontainebleau


Le genre Epipactis est assez peu représenté en France et le nombre d'espèces dans le Pays de Fontainebleau est assez limité avec seulement 4 à 5 espèces. Ce sont des plantes à rhizomes, dont certaines sont très inféodées à leur biotope (forêt, marais…). 

Notre Atrorubens quand elle fleurit mesure de 15 à 50 cm de haut. Ses feuilles sont ovales, lancéolées et ses toutes petites fleurs d'un magnifique rouge sombre au très léger parfum de vanille s'agitent au bout d'une tige plus ou moins longue de début juin à mi-juillet dans la région... C'est une plante assez commune des sols squelettiques, des éboulis ou des sols sableux sur substrat calcaire et secs. Héliophile, on peut la rencontrer sur des dunes, des pelouses ou bois clairs, du niveau de la mer jusqu'à 2 400 m d'altitude environ.







Sa tige est légèrement velue, ses feuilles sont alternées et engainantes. L’épichile des fleurs (partie extérieure du labelle) est pourvu de boursouflures très développées et rugueuses, ce qui constitue le principal critère d’identification même s'il y a peu de risques de confusion, d'autant que cette espèce est assez peu variable. Les rosettes des feuilles sont aussi très caractéristiques de l'espèce et apparaissent au début du mois d'avril avec feuilles vertes nervurées et bordées de pourpre. Elle peut être localement abondante mais devient rare sur la partie ouest de la France. 

Epipactis artorubens, Forêt de Fontainebleau
Epipactis atrorubens, Forêt de Fontainebleau




vendredi 10 juin 2022

[ALBUM] La boulaie de Fontainebleau

J'ai finalement publié assez peu de photographies des futaies de la forêt et mes images de paysages sont souvent celles des remarquables vallées sableuses, platières et autres chaos rocheux. Pourtant, quand vient l'été et que le feuillage devient plus sombre, j'aime la fraîcheur sous les arbres. Parmi eux, le bouleau tient une place particulière. J'aime sa fragilité, sa légèreté et la luminosité de son écorce. 

Voici quelques images d'une boulaie que les scientifiques préfèrent appeler bétulaie ou boulinière. Je suis tombé sous le charme des lumières d'été et elle m'a fait penser à un tableau du peintre russe Isaac Levitan : la boulaie 


La Boulaie (ou Petit Bois de bouleaux ; Russe : Березовая роща) est donc un tableau d'  Isaac Levitan (1860-1900), réalisé entre les années 1885 et1889. Le petit bois de bouleaux, que Levitan a choisi pour créer sa toile, était situé en périphérie de la petite ville, non loin de l'église du cimetière appelé Poustinka près de Moscou. Il a emporté avec lui le tableau qu'il avait commencé pour le terminer à Ples quatre plus tard.


Sa toile est construite sur le jeu d'ombre et de lumière sur les troncs des bouleaux, dans un petit bois. Il utilise une large gamme de nuances de vert et une texture expressive qui crée un rayonnement optimal de la lumière. En représentant les reflets du soleil sur les arbres, les vibrations et l'alternance de l'ombre et de la lumière, le peintre utilise en fait une partie des techniques de l' Impressionnisme.

Bien que très présent à Fontainebleau, le bouleau a souvent été négligé par les artistes peintres romantiques français qui lui préfèraient le chêne. Il en est de même dans la littérature du XIXe à l'exception de George Sand et Senancour. 




vendredi 3 juin 2022

Dammarie Les Lys autorise la destruction d’une centaine orchidées sauvages pour la construction d’un Burger King !

Vous le savez, je suis assez fan des orchidées sauvages. Comme je l'ai déjà écrit ici plusieurs fois, sur les 160 espèces observables en France métropolitaine, seule une trentaine sont présentes dans le sud de l’Ile-de-France dont certaines sont très menacées. La récente découverte de 4 panneaux de permis de construire à Dammarie les Lys (77) m'amène donc à pousser un appel à l'aide et un coup de gueule !

Lors de la rédaction de mon guide photographique sur l’identification des orchidées, j’ai pu observer la présence d'au moins 3 espèces en pleine ville sur le territoire de la commune :

- l'orchis bouc (Himantoglossum hircinum)

- l'orchis Pyramidal (Anacamptis pyramidalis)

- l'Ophrys abeille (Ophrys apifera)


Anacamptis pyramidalis
Anacamptis pyramidalis


Himantoglossum hircinum
Himantoglossum hircinum


Ophrys apifera
Ophrys apifera


L'orchis bouc est présente sur divers talus et friches de la ville en petites colonies d'un à dix pieds. Ils  sont hélas régulièrement tondus par les services d'entretien de la voirie mais sa présence ne semble pas menacée.

En revanche, l'orchis Pyramidal et l'Ophrys apifera ne sont, à ma connaissance, visibles qu'en un seul secteur de la commune. En effet, Dammarie a la chance d’abriter l'une des plus belles stations  de Seine-et-Marne pour l'observation de ces trois espèces en un seul lieu : les pelouses humides des abords du rondpoint de la Justice (Chamlys). Sur celle qui fait face à Roc Eclerc, la floraison des trois espèces débute en mai et s'étale jusqu'à la fin juin. Plus trente pieds d'apifera y côtoient une soixantaine de Pyramidal et une dizaine d'orchis bouc ! La pelouse face à l'avenue de la liberté n'abrite que quelques pieds d'Orchis bouc. Enfin, le petit triangle face à l'allée du maraîcher abrite lui plus d'une trentaine de pied de cette même orchis.

Rond point de la Justice à Dammarie les Lys (77), les deux zones en rouge abritent plus d'une centaine d'orchidées sauvages qui seront sacrifiées pour un parking à droite, un BK à gauche... 

Hélas, déjà menacé par leur fauchage régulier en pleine période de floraison, le site fait maintenant l'objet de plusieurs permis de construire. L'un concerne un parking, l'autre un restaurant Burger King. Je ne doute pas de l'intérêt économique de ces projets pour la ville (qui compte déjà plusieurs de ces fastfood sans compter ceux des communes voisines) mais ils vont détruire le seul endroit de la commune où deux de ces orchidées peuvent être vues et l'un des sites les plus importants du Département hors ENS.

Alors, certes au regard de la Loi, ces petites plantes ne sont pas suffisamment menacées pour justifier l’arrêt du projet. En 2021 elles sont classées "Espèce de préoccupation mineure (LC)" par l'UICN. Mais Anacamptis et Apifera sont tout de même considérés comme étant des espèces déterminantes des Znieff (Zone naturelle d'intérêt écologique faunistique et floristique). 

Apifera (à gauche) et pyramidal


Pyramidal et O. Bouc


Pyramidal au pied du panneau


Localement ces espèces peuvent se raréfier. Par exemple, Apifera est considérée Quasi menacée (NT), proche du seuil des espèces menacées ou qui pourrait être menacée si des mesures de conservation spécifiques n'étaient pas prises, dans la région Haute-Normandie et Vulnérable (VU) en Picardie et Nord-Pas-de-Calais. En France, elle est protégée en Franche-Comté, Limousin, Nord-Pas-de-Calais et Meurthe-et-Moselle.

Mais quand même ! La ville sacrifie ici une bonne partie de sa biodiversité sur l’hôtel de la malbouffe ! Et ce d’autant plus que ces espaces sont aussi le refuge d’une importante faune aquatique présente dans les deux bassins qu'ils abritent.



Ce sont d’ailleurs ces bassins de drainage et de rétention des eaux qui auraient pu empêcher le projet de voir le jour car la loi protège depuis 1992 l’ensemble des zones humides (Art 211-1 et 2146-1 du Code de l’environnement). Hélas, il semble que le Conseil Municipal n’ait pas considéré ces zones comme essentiel à la biodiversité de la commune. Visiblement, Dammarie préfère fleurir artificiellement ses trottoirs de plantes horticoles que de protéger l’environnement.

 

O. Pyramidal


O. Bouc sur le futur parking


O. Pyramidal


Par ailleurs, les espaces qui bordent le rond-point sont indispensables au drainage de la chaussée les jours de pluie. Déjà très glissante et sujette aux inondations en cas d’orage, la bétonisation de ces pelouses risque fort d’augmenter la dangerosité de la chaussée de ce rondpoint déjà accidentogène. 

Le délai légal pour s'opposer aux permis est hélas dépassé et le Conseil Communautaire du 7 mars dernier n'a pas ne s'y est pas opposé ! Je sollicite votre aide pour faire imposer, à défaut d'empêcher ces constructions, des mesures permettant d’assurer la protection des automobilistes, des zones humides et, pour tenter de sauver ces rares orchidées sauvages. 

Les orchidées sont très fragiles et il est presque impossible de tenter une transplantation sur d’autres pelouses calcaires de la commune. Toutefois, certains orchidophiles passionnés semblent avoir obtenus de bons résultats (voir cet article de France Orchidées). Je propose donc que des mesures conservatoires soient prises immédiatement (avant fin juillet) pour prélever un maximum de pieds d'orchidées avec leur terre (10 cm autour et 20 cm de profondeur au moins) et de les installer sur d'autres pelouses calcaires et talus de Dammarie-les-Lys. 

À l'heure où la sauvegarde de l'environnement est devenue une urgence climatique, je ne doute pas que vous ferez le nécessaire. N’hésitez pas à interpeller vos élus locaux et régionaux, les candidats aux législatives, la préfecture, le Département, etc.

mardi 10 mai 2022

[EXPO] Photo Bleau 5ème édition c'est les 13, 14 et 15 mai prochain à Fontainebleau

C'est désormais le rendez-vous photographique incontournable du Pays de Fontainebleau ! Photo Bleau, toujours montée par une petite équipe d'artistes et photographes 100% locale de notre
collectif Artmotsphère IDF revient pour la cinquième fois à Fontainebleau, dans la grande Salle du Théâtre Municipal, les 13, 14 et 15 mai 2022.

Malheureusement, je n'y serai pas présent physiquement aux côtés de mes amis mais j'y exposerai à nouveau sur le thème des Bl'Origines du monde ! Vous le savez très certainement (sinon, je vous invite à lire ceci), le Pays de Fontainebleau abrite l'un des plus grands sites d'observation de l'art pariétal préhistorique en Europe avec plus de 2000 cavités rocheuses gravées. Mais comme bien souvent à Fontainebleau, nos ancêtres n'ont rien fait comme leurs contemporains ! En effet, ils ont laissé très peu de témoignages figuratifs de la faune de l'époque. Toutefois, l'un d'entre eux, classé par les monuments historiques, fait cohabiter deux chevaux à un jeu de fissures retravaillées pour représenter un sexe féminin : L'origine de Bleau 

Plus loin, dans la forêt, d'autres signes laissent eux aussi à penser qu'un culte était rendu à la femme ou à une déesse Mère. Mais le plus surprenant finalement ce sont les flancs de certaines cavités, couverts de centaines de lignes énigmatiques qui font l'objet d'interprétation parfois les plus farfelues...

Inscrite dans le cadre des Naturiales, cette exposition photographique, fait la part belle à la forêt, sa flore et sa faune remarquable. Outre les photographies naturalistes et de paysages, vous découvrirez les nouvelles créations de Daphné Beauvais basées sur la technique du Cyanotypes, les céramiques de notre ami Laurent Barthel qui tient aussi le bar à thé pour joindre l'utile à l'agréable et les chorégraphies de Claire Morin. Bien entendu, vous pourrez profiter en ce beau week-end de la grande terrasse extérieure et de son Bar Ephémère !

Retrouverez les autres artistes et leurs travaux sur le blog de l'évènement: Photo-Bleau

En cette période très difficile pour la culture et les artistes, nous vous attendons nombreux. 

En attendant, vous pouvez retrouver une sélection de mes tirages des Bl'Origines ici à petits prix !















[ESPECE] Ophrys araignée ou petite araignée, les deux sont menacées par le réchauffement climatique

Critères de détermination de l'Ophrys araignée (O. Sphegodes ou aranifera) Pays de Fontainebleau
Ouvrir un guide et tenter l'identification d'une ophrys sur une seule photographie ou se plonger dans Internet où il y a tellement d'articles et photos contradictoires, c'est le cauchemar garanti ! Accrochez-vous bien car les variations sont telles et les hybridations si nombreuses qu'un doute subsistera souvent. Il faut donc parfois se faire une raison : il existe au sein des Ophrys de très nombreuses variations et qui ont été en plus, parfois décrites comme des espèces locales. En fait, le plus souvent ce ne sont que des sous espèces ! C'est le cas des Ophrys araignée et petite araignée... Comme c'est la période de floraison de nos orchidées sauvage dans le sud Ile-de-France (77 et 91), il est temps de vous présenter l'Ophrys araignée dont je viens de mettre à jour la description dans mon guide PDF à télécharger ! L'occasion aussi de vous parler d'une étude scientifique sur l'incidence du réchauffement climatique sur la reproduction de ces fragiles petites fleurs et de remercier Christine pour leur localisation.

L'Ophrys petite araignée (Ophrys araneola) par exemple dite aussi Ophrys litigieux (Ophrys litigiosa) ou Ophrys verdissante (Ophrys virescens) est une petite orchidée sauvage qui est désormais considérée comme une sous espèce de l'Ophrys araignée (O. sphegodes). La petite se nomme donc désormais scientifiquement : Ophrys sphegodes subsp. araneola. Cette fleur a longtemps été considérée comme une espèce à part entière mais qui hélas, ne se distinguait de sa grande sœur, que par une difficile et incertaine comparaison.

Les différences sont minimes et d'ordre morphologique (fleurs plus petites, sépales plus ou moins grands par rapport au labelle, couleurs des pétales et sépales), d'ordre géographique mais aussi donc calendaire (floraison plus ou moins précoce). 

Araneola est donc réputé plus précoce en date de floraison (début mars) qu'Aranifera début avril (dans les régions où on peut trouver les deux) mais les deux cohabitent souvent sur la même pelouse et, suivant la période de visite, il y avait plus de l'une ou de l'autre. Les fleurs de la petite araignée, comme son nom le laisse supposer, sont un peu plus petites (de quelques millimètres sur un labelle qui dépasse rarement un centimètre (la taille d'un ongle) c'est difficile à estimer. Généralement ce labelle semble "minuscule" car entouré par de longs pétales et sépales. Il est souvent plus rond et margé de jaune mais sans gibbosité (alors qu'Aranifera est plus allongé et aussi margé de jaune mais cette partie étant repliée vers l'arrière la plupart du temps, cela ne saute pas aux yeux). 

Bref, mieux vaut parler d'Ophrys araignée donc Sphegodes ou aranifera que de se risquer à la sous-espèces finalement assez rare dans notre région. D'ailleurs, pour revenir à ce que je disais en introduction, vouloir identifier une espèce à travers les photographies laisse souvent un doute. Mieux vaut ne pas se fier au dessin de la macule. C'est pourquoi, sur les photographies de mes guides et fiches espèces, j'indique clairement les critères de détermination. 

Critères de détermination de l'Ophrys araignée (O. Sphegodes ou aranifera) Pays de Fontainebleau
Critères de détermination de l'Ophrys araignée (O. Sphegodes ou aranifera) Pays de Fontainebleau


Ophrys araignée et petite araignée se caractérisent par des feuilles vert-bleu à aspect réticulé en rosette basale (comme les autre Ophrys), par une inflorescence de 4 à 10 petites fleurs sur des tiges de 10 à 30 cm. La fleur comporte deux petits pétales latéraux plus étroits à bords ondulés-crénelés de couleur verdâtre à brunâtre. Les trois sépales verts forment une structure protégeant le « gynostème ». Le labelle est brun rougeâtre pratiquement entier, à pilosité marginale claire et bordure généralement jaune (parfois orange) et il porte des marques grises ou bleutées voir violettes en forme de ‘H’ ou X au centre de la partie supérieure du labelle, ce qui le fait ressembler à l’abdomen d’une araignée. De chaque côté du champ basal, il y a deux petites boules luisantes, dont l’aspect globuleux et la couleur leur donnent l’aspect d’yeux, c’est pourquoi, on les appelle les « pseudo-yeux ». 

C’est grâce à cette morphologie spécifique du labelle et aux substances attractives émises, que la pollinisation se fait par l’abeille Andrena nigroaenea

C'est une plante de pleine lumière poussant sur un substrat calcaire dans les pelouses, garrigues, et bois clairs. Elle est plutôt précoce en Seine et Marne avec une floraison début avril, voir mi-mars sur certaines pentes dans la variante petite araignée. Les fleurs fanant très rapidement après la fécondation ce qui amène souvent à penser à tort que certains pieds sont hypochromes. On le voit bien quand il ne reste que la fleur sommitale pour comparer.

Ophrys araignée (O. Sphegodes ou aranifera) Pays de Fontainebleau
Critères de détermination de l'Ophrys araignée (O. Sphegodes ou aranifera) Pays de Fontainebleau


Critères de détermination de l'Ophrys araignée (O. Sphegodes ou aranifera) Pays de Fontainebleau


Critères de détermination de l'Ophrys araignée (O. Sphegodes ou aranifera) Pays de Fontainebleau


Des plantes menacées par le réchauffement climatique !

Le professeur Michaël Hutchings de l’université du Sussex (Grande-Bretagne) affirme avoir prouvé que le réchauffement climatique perturbe bien les interdépendances entre la plante et son polinisateur. Ses travaux publiés dans Botanical journal of the Linnean society démontrent en effet que les relations entre l’ophrys araignée, Ophrys sphegodes, et son pollinisateur associé, l’hyménoptère Andrena nigroaenea, se dérèglent à mesure que les températures printanières montent. La démonstration court sur les trois derniers siècles, période où la température moyenne mondiale n'a crû que de 1°C.

Le succès de la reproduction de l’ophrys araignée repose sur un timing précis. Outre son appendice velouté et son labelle, qui imite à la perfection l’abdomen d’une femelle d’Andrena nigroaenea, la fleur. diffuse également des substances chimiques similaires aux phéromones pour attirer les mâles. Ceux-ci émergent quelques jours après la floraison et avant les femelles. Pour sa pollinisation, l’orchidée sauvage profite donc d’une petite période où elle n’est pas concurrencée pour attiser la visite des hyménoptères bernés par une pseudo-copulation. Mais la plante et son pollinisateur ne réagissent pas de la même façon à la hausse des températures.

Ophrys araignée (O. Sphegodes ou aranifera) Pays de Fontainebleau

Critères de détermination de l'Ophrys araignée (O. Sphegodes ou aranifera) Pays de Fontainebleau


Critères de détermination de l'Ophrys araignée (O. Sphegodes ou aranifera) Pays de Fontainebleau


Critères de détermination de l'Ophrys araignée (O. Sphegodes ou aranifera) Pays de Fontainebleau


Ce que l’équipe de Michaël Hutchings a découvert, c’est qu’avec la hausse des températures, ces trois étapes se produisent plus tôt dans l’année mais pas à la même vitesse. Pour 1°C supplémentaire, le pic d’émergence des insectes mâles se déroule 9,2 jours plus tôt, celui des femelles 15,6 jours tandis que les fleurs ne glissent que de 6,4 jours. Lorsque le printemps est chaud, l’intervalle de temps entre l’émergence des insectes mâles et femelles diminue fortement, mais plus grave, la sortie de l’hibernation du pollinisateur s’opère avant que l’orchidée ait eu le temps de fleurir. La fleur se retrouve donc en compétition avec les femelles. Et les insectes mâles préfèrent évidemment s’accoupler avec les membres de leur espèce plutôt que d’opérer une pseudo-copulation avec une fleur.

Pour mesurer ces évolutions, les chercheurs se sont appuyés sur les observations de terrain de la démographie des orchidées effectuées depuis le milieu des années 1970. Ils ont ensuite pu remonter jusqu’en 1848 pour calculer la date de floraison des ophrys grâce aux herbiers du Royal Botanic Gardens Kew et du British Museum de Londres tandis que les collections entomologiques du Natural History Museum et de l’université d’Oxford ont permis d’établir les dates annuelles des émergences des insectes depuis 1893. Grâce aux mesures de températures effectuées depuis 1659, les chercheurs ont pu estimer les dates d’émergence des insectes sur trois siècles. On sait ainsi désormais qu’entre 1659 et 1710, la sortie d'hibernation des insectes femelles ne précède la floraison des ophrys que dans 40 % des années. Entre 1961 et 2014, ce sont 80 % des printemps qui se révèlent défavorables à la reproduction de la fleur !

Très documentée, cette étude fournit une preuve indiscutable que la hausse des températures fausse des relations entre espèces essentielles pour leurs survies. Les écosystèmes sont ainsi remplis d’interactions entre espèces végétales et animales et entre animaux entre eux. Ainsi, la date de naissance des oisillons de la plupart des espèces d’oiseaux coïncide avec le pic de prolifération des insectes dont ils se nourrissent. La hausse des températures bouleverse ces équilibres, provoquant des effets que les écologues tentent d’évaluer. Bref, il est urgent d'agir...


mardi 12 avril 2022

[ESPECE] La mouche de Saint Marc et le lézard glouton

La mouche de la Saint Marc (Bibio marci) ou Bibion est une espèce d'insectes de l'ordre des diptères, de la famille des Bibionidae. Cette mouche noire au corps allongé et velu s'envole dès les premières chaleurs de la fin mars et traditionnellement à partir du 25 avril (d'où son petit nom). Commun et répandu dans toute l’Europe, ce diptère de 8 à 15 mm a un vol assez lent et maladroit. Du coup, ce week-end, il faisait le régal de ce très beau lézard des murailles (Podarcis Muralis). Il ne lui aura fallu que deux minutes pour gober la dizaine de Bibions qui volaient à moins de 50 cm du sol.  Un spectacle captivant dont hélas, je n'ai pu saisir les bonds tant ce lézard était rapide !

Lézard des murailles en chasse dans les Grands Avaux, PNR du Gâtinais, Pays de Fontainebleau
Lézard des murailles en chasse dans les Grands Avaux, PNR du Gâtinais, Pays de Fontainebleau

Et me voilà donc en train de vous proposer une fiche espèce, sans aucune image de la mouche ! Les bibions sont de plusieurs espèces et seul une observation attentive et pointue permet de les distinguer... Ainsi, Bibio hortulanus a la pilosité des côtés du thorax et de l’abdomen grise, Bibio anglicus a les deux nervures de l’apex de la cellule près du ptérostigma de longueur égale, Bibio clavipes vole en automne. Il parait plus mince, avec des pattes plus longues et fines, Bibio leucopterus a les ailes laiteuses, Bibio venosus a toutes les nervures alaires noircies alors que Bibio Marci est entièrement noire, y compris les pattes et les poils. L’apex des tibias possède un éperon fort en forme de bec. Les antennes sont courtes et robustes, insérées sous les yeux. Les yeux sont nettement séparés chez la femelle, contigus et sensiblement plus gros chez le mâle. Le mâle a les ailes subhyalines et la cellule costale noirâtre alors que la femelle a les ailes brunies et noirâtres le long de la costale.

Lézard des murailles gobe une mouche de Saint Marc dans les Grands Avaux, PNR du Gâtinais.
Lézard des murailles englouti une mouche de Saint Marc dans les Grands Avaux, PNR du Gâtinais.

Très communs, les bibions volent peu et souvent à basse altitude En vol, les pattes arrières des bibions restent pendantes et bien visibles. On les trouvent dans des endroits plutôt humides d'autant qu'ils affectionnent les sols en décomposition où ils vont pondre à partir du mois de juin. Les larves vont s'y développer, souvent en amas, avant l'éclosion a lieu de mi-avril à mi-mai. Se nourrissant des litières végétales forestières en décomposition, ils affectionnent donc les rives des cours d'eau. L'apparition des mouches adultes provoque une véritable frénésie alimentaire chez la truite rendant difficile toute tentative d'utilisation d'un autre appât ce qui explique son " imitation " chez les pêcheurs à la mouche !

Lézard des murailles gobe une mouche de Saint Marc dans les Grands Avaux, PNR du Gâtinais.
Lézard des murailles gobe une autre mouche de Saint Marc dans les Grands Avaux, PNR du Gâtinais.


Lézard des murailles gobe une mouche de Saint Marc dans les Grands Avaux, PNR du Gâtinais.
En quelques secondes mon lézard des murailles aura englouti tous mes sujets du jour


Promis, la prochaine fois, j'en fais des photographies et je mets à jour la fiche ! 

En attendant, je vous invite vivement à parcourir les hashtags Faune et Flore (ou cette page) pour découvrir les nombreuses espèces du moment à commencer par les orchidées sauvages dont les premières font actuellement leur apparition dans le Pays de Fontainebleau (mes guides papier et pdf sont encore disponibles) A observer en ce moment, vous avez par exemple : l'Anémone Sylvie, la sublime Anémone Pulsatille, la non moins belle Jacynthe des bois, l'étrange Corydale solide, ou le succulent et très convoité Ail des ours...

Lézard des murailles gobe une mouche de Saint Marc dans les Grands Avaux, PNR du Gâtinais.
Un dernier regard et mon Lézard des murailles, repu, s'échappe...



vendredi 25 mars 2022

[BLOC] Envole-toi avec JC Airlines au 95,2

Je ne suis pas adepte des très grands jetés mais certains m'ont fasciné par leur ampleur. Pour beaucoup de grimpeurs de ma génération, le jeté était presque un aveu de faiblesse. Il aura fallu attendre l'ouverture de blocs comme l'Ange Naïf par Alain Ghersen en 1984 et Futurs barbares par Marc Le Ménestrel pour que l'on prenne vraiment conscience du potentiel de ces grandes envolées.

Toutes deux sont situées au 95,2 et si les Futurs barbares se trouvent à l'arrivée du circuit rouge, l'Ange et ses variantes se situent au départ du circuit blanc. C'est donc sur ce très gros cailloux (L'ectoplasme) que je vous invite à découvrir Jaffesse Conexion Airlines, un gros jeté en 7B/7B+ comme les aime la jeune génération, beaucoup plus habituée à ce type de jeu depuis l'ouverture des salles de blocs et les jeux télévisés comme Ninja Warrior.

Le jeu est très simple, atteindre le haut depuis le bas en un seul jeté...ou comment transformer le 5C du Kilo de beurre (1 blanc) en un 7B+ de haut vol !

 

Jaffesse Conexion Airlines 95,2 TROIS PIGNONS


Jaffesse Conexion Airlines 95,2 TROIS PIGNONS


Jaffesse Conexion Airlines 95,2 TROIS PIGNONS


Jaffesse Conexion Airlines
95,2 TROIS PIGNONS

lundi 21 mars 2022

[BLOC] La défroquée du Bas Cuvier, une histoire de génération

Ce samedi fut très particulier et très riche en émotions. Outre ce dixième grand chelem du XV de France partagé en très bonne compagnie (merci Francis), je me suis offert un magnifique voyage dans le temps en photographiant mon ami Christophe Paragot dans la très célèbre dalle de la Défroquée bloc mythique du Bas Cuvier ouvert par son père il y a plus de 60 ans ! 

Vous avez aussi peut-être vu dans le dernier magazine Grimper, que j'ai regroupé plusieurs témoignages des amis bleausards d'Igor Bogdanoff. L'occasion pour moi de raconter ma rencontre avec lui mais surtout d'évoquer l'histoire et l'ambiance très particulière de ce secteur de Bleau qu'il affectionnait tant. Profitant donc de ce beau soleil printanier, nous nous sommes tous retrouvés pour grimper quelques uns de ses blocs préférés : La Marie-Rose, Les Bretelles, La Moussette et bien entendu, la Défroquée qu'il randonnait systématiquement !

La défroquée, c'est cette dalle de la plus célèbre place du Cuvier, ouverte au début des années 1960 par le grand bleausard et alpiniste Robert Paragot (1927-2019) et qui nécessite de lever le pied gauche assez haut...Un mouvement pour lequel, mieux vaut avoir un minimum de souplesse (ou une main solide comme Christophe) et un pantalon un peu ample sous peine de finir en slip comme le fit Robert, pour retrouver sa liberté de mouvement ! C’était aussi ça l’esprit du Bas Cu.
 



















Nul doute que Christophe avait la pression samedi en grimpant tant sur les traces de son père que sur celles d'Igor avec qui il avait une relation quasi filiale. Qui plus devant une telle assemblée !







et pour les fans, retrouvez la vidéo hommage d'un fils à son père via cet article https://fanatic-climbing.com/video-paragot-par-paragot/