mardi 16 juillet 2019

Le sphinx du Tilleul, le roi du camouflage


Dans la famille des lépidoptères, les Sphingidae (sphinx) jouent parfois les "m'as-tu vu" en affichant des couleurs éclatantes comme par exemple le rose du sphinx de la vigne. A l'inverse le Mimas tiliae ou Sphinx du tilleul sait se fondre dans le décor. Cette semaine j'ai eu la chance d'assister à l'émergence d'un d'entre eux.

Le Sphinx du tilleul, comme la plupart des sphinx, est essentiellement nocturne. En France, on compte une bonne vingtaine d'espèces de sphinx dont certains assez gros comme celui-ci qui affiche une envergure moyenne de 6 cm. Vous aurez sans doute la chance de le croiser car il est très commun y compris en ville. Forcément, puisque son arbre hôte est très largement utilisée comme essence d'ornement le long des routes et des places et autres espaces publiques. Si celui-ci est sorti à la mi-juillet, il n'y a en général, qu'une génération annuelle volant entre Mai et Juin. Mais une seconde génération peut émerger à l'automne dans les régions les plus chaudes.


Le roi du camouflage militaire


La livrée du Sphinx du tilleul est susceptible de varier selon les individus mais la teinte générale se situe le plus souvent dans la gamme des verts et des bruns avec parfois une tendance au rosé-rougeâtre. Les femelles sont souvent plus claires.



Son camouflage par mimétisme des couleurs et des formes lui permet de se dissimuler de ses prédateurs. On parle d'homochromie (ou coloration cryptique) et du caractère disruptif de ses formes et ornementations graphiques. Notez que ce pacifique papillon nocturne et doux comme du velours affiche une très classique "tenue de combat" que ne renierait pas bon nombre de militaires en tous genres qui usent exactement des mêmes principes, ce que les anglo-saxons traduisent par "Disruptive Pattern Material". C'est sans aucun doute un moyen pour avoir plus de chance de se reproduire en échappant à ses prédateurs durant sa très courte vie. Sa durée de vie est d'autant plus brève qu'il ne peut s'alimenter du fait de l'atrophie de sa trompe. Sa seule raison d'être étant donc de perpétuer  son espèce. L'expérience montre qu'une femelle née au cours de l'après-midi (fréquente période d'émergence chez les Sphinx) est le plus souvent fécondée le soir même, l'accouplement pouvant se prolonger des heures durant, voire toute la nuit ... mais ce n'est pas exceptionnel chez les papillons nocturnes ! 

Emergence d'un Sphinx du tilleul à 17h10
Emergence d'un Sphinx du tilleul à 17h10


A 17h40, les ailes du sphinx du tilleul sont déjà beaucoup plus étendues
A 17h40, les ailes du sphinx du tilleul sont déjà beaucoup plus étendues
Elles seront totalement ouvertes et déployées à 19h40.




Les œufs sont pondus au revers des feuilles de l'arbre nourricier (le tilleul mais à l'occasion aulne, orme voire bouleau ou même le chêne). La durée d'incubation est de l'ordre de 2 à 3 semaines avant la naissance des chenilles particulièrement longues par rapport à la taille des œufs. A terme la chenille de Mimas tiliae peut atteindre les 6 cm ! Comme toutes celles des sphinx, elle n'est pas poilue et porte une corne.  Etrangement, la chenille qui est d'un superbe vert tilleul printanier va changer de couleur pour un brun sombre, prélude à sa nymphose, moment où elle quitte l'arbre nourricier. En principe elle emprunte la voie normale et désescalade le tronc, mais il n'est pas rare qu'elles se laissent tomber avant de s'enterrer à faible profondeur. Comme chez tous les Sphingidae la chrysalide est sans cocon.  On trouve parfois ces chrysalides sous quelques millimètres de mousses. Si elle est vivante et pleine, elle bouge ! Elle possède un apex épineux permettant l'amarrage de la chrysalide ce qui facilitera l'émergence du papillon.

Chrysalide de sphynx
Chrysalide de sphynx



A l'heure où bon nombre de papillons disparaissent, Mimas tiliae, "Sphinx des villes", se porte plutôt bien alors que ses cousins "des champs" à l'image du célèbre Sphinx tête de mort (Acherontia atropos), le plus grand de nos Sphinx, sont en très nette régression ! La faute sans doute aux biocides en tous genres et à l'abandon de certaines cultures à commencer par les pommes de terre !

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