mardi 12 mai 2020

[ESPECE] La Corydale une histoire de bractée

Juste avant le confinement, j’ai découvert le sentier bleu n°20 qui parcourt le chaos rocheux de Recloses (77) et les très belles mares des bois alentours (dont celle de la Ricarde). En bord de chemin, dans le fond du vallon, un tapis de fleurs avait aiguisé ma curiosité. En effet, c’était la première fois que je voyais dans le Pays de Fontainebleau ces grappes de grosses fleurs tubulaires roses pendant d'une tige balancée par le vent. Un examen un peu plus poussé s’imposait assorti de quelques recherches pour vous présenter cette Corydale, finalement plutôt rare.



Tapis de Corydalis solida à Recoles Fontainebleau
Tapis de Corydalis solida à Recoles Fontainebleau

Les corydales sont nombreuses et parfois difficiles identifier d’un simple coup d’œil. Elles font parties de la famille des fumeterres mais présentent des fleurs beaucoup plus grosses. Ici, j'ai hésité entre la Corydale solide (corydalis solida) et la Corydale creuse (Corydalis cava) qui se différencie par l'aspect de leurs bractées et la présence d'écailles sur la tige et, bien entendu, et de leurs bulbes (mais là, il faut déterrer la plante donc je m’y oppose !). Du coup, il me faut peut-être rappeler ce qu’est une bractée ?

Tapis de Corydalis solida à Recoles Fontainebleau
Tapis de Corydalis solida à Recoles Fontainebleau

Une bractée n’est ni une fleur, ni une feuille mais un peu des deux ! En effet, la bractée ressemble très souvent à une feuille (on parle alors de « bractée foliacée ») mais peut aussi ressembler à une fleur ou à un pétale. Enfin, beaucoup de bractées sont membraneuses et ont une consistance particulière, translucide et coriace, avec une couleur cuivrée, argentée ou dorée. C'est cette dernière particularité qui est à l'origine du nom latin, bractea (ou brattea) qui désigne en effet une feuille de métal souvent en or. Mais tout ceci n’est sans doute pas très éclairant. En fait, des bractées, vous en connaissez plein !

Je m’explique : dans l’artichaut, les « feuilles » que nous consommons sont des bractées. C’est le cas chez les Astéracées, dont l’inflorescence forme un capitule appelé fleur de façon impropre. En fait c’est un groupe de fleurs ou fleurons. Toutes ces fleurs sont entourées d'un involucre de bractées parfois épineuses, assurant notamment la protection du capitule avant l'éclosion des fleurs. Certaines de ces bractées sont spectaculaires (chardon-Marie)
Chez les Centaurées, on s'aperçoit que l'involucre est finalement assez semblable à celui d'un artichaut. Elles sont fréquemment entourées ou terminées par des cils ou des épines qui permettent souvent aux botanistes de les différencier.
Dans un autre genre, les euphorbes sont des plantes dont les fleurs n'ont ni pétales, ni sépales. Leur inflorescence (appelée cyathe) est formée d'une fleur femelle entourée de quelques fleurs mâles et de glandes nectarifères. Tous ces éléments reposent sur un couple de bractées formant une sorte de coupe. Les bractées sont bien souvent semblables aux feuilles par leur forme, mais elles s'en distinguent par leur couleur, tirant généralement sur le jaune. Elles peuvent aussi être arrondies alors que les feuilles sont oblongues.
Vous connaissez aussi sans aucun doute la carotte sauvage (Daucus carota) qui possède des ombelles blanches à nombreux rayons.  Chaque rayon est terminé par des bractées, généralement trilobées. Après la floraison, les rayons et les bractées se referment, formant une sorte de panier qui maintient les fruits en position verticale jusqu'à leur maturation. L'inflorescence elle-même repose sur de longues bractées découpées, elles aussi trilobées, très visibles au début de la floraison.
Enfin, et là, vous serez sans doute surpris, les tilleuls ont des inflorescences en cymes à long pédoncule qui porte à leur base une bractée (et une seule) plus ou moins elliptique, jaune blanchâtre, et membraneuse, et qui reste en place jusqu'à l'hiver. Cette bractée est, elle aussi utilisée, avec les fleurs, dans la confection des tisanes.

Tapis de Corydalis solida à Recoles Fontainebleau
Une plante de sous bois clair (ici sous les robiniers)

Mais revenons à nos Corydalis.
La corydale est donc une plante vivace à tubercule rond qui produit à sa base un bourgeon de remplacement qui formera la tige fleurie de l’année suivante. Ses fleurs ressemblent à celles des digitales mais en plus petit. Ces fleurs tubulaires de 1 à 3 cm de long sont roses ou violacées avec un long éperon sous lequel on trouve une bractée foliacée découpée à la base du pédicelle et qui ressemble aux feuilles. C'est une plante que l'on trouve dans les bois clairs et qui fleurit tôt dans le printemps alors que les feuilles ne couvre pas les arbres (mi-mars). Elle est plutôt rares et de fait, protégée en Ile-de-France.

Tapis de Corydalis solida à Recoles Fontainebleau
Tapis de Corydalis solida à Recoles Fontainebleau


C'est l’observation des bractées qui permet de distinguer Corydalis cava (Corydale creuse) de Corydalis solida (Corydale pleine).
La Corydalis solida présente des bractées lobées, une écaille à la base de la tige et un tubercule plein.
La Corydalis cava présente des bractées entières, pas d'écaille sur la tige et un tubercule creux.

La corydale intermédiaire ressemble beaucoup à la corydale à bulbe plein mais elle n'a pas de bractées foliacées sous l'éperon des fleurs. 

Fiche Espèce de Corydalis solida à Recoles Fontainebleau


Cette plante est toxique du fait de la présence d'alcaloïdes : la corydalline et la bulbocapnine. Ces substances peuvent provoquer des troubles nerveux importants. Néanmoins, ces alcaloïdes sont utilisés dans des médicaments traitant les troubles cérébraux dans le traitement de la maladie de Parkinson. (source Wikipedia)

Tapis de Corydalis solida à Recoles Fontainebleau
Tapis de Corydalis solida à Recoles Fontainebleau


Genre : Corydalis
Taille plante : de 15 à 25 cm de hauteur
Taille fleur ou inflorescence : de 1 à 3 cm
Nombres de pétales : zygomorphe, 1 seul plan symétrique
Feuilles : deux fois triséquées à segments profondément incisés
Fruits : silicules un peu plus larges que longues
Dissémination : myrmécochore (fourmis)
Pollinisation : entomogame
Altitude maximale : 2000 mètres

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